29 Septembre 2024
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Lève-toi et Marx !
Ou quand Sylvain Creuzevault nous fait une cène, un grand banquet où treize personnages vont nous donner une petite leçon d’histoire et de philosophie politique, par le biais du prisme marxiste.
Oui, dans ce réjouissant et passionnant spectacle, après s’être passionné et nous avoir passionné pour Dostoïevski, le dramaturge fin connaisseur de l'œuvre de Karl Marx s’empare une nouvelle fois de la chose politique avec les armes qui sont les siennes : les outils du théâtre.
Nous voici en 1848, Le lendemain de la proclamation de la 2ème République.
Des hommes et des femmes se rassemblent.
Des anonymes, mais également des figures historiques, qui donneront leur nom à des stations parisiennes de métro. Mais ça, ils ne savent pas encore….
Je vous laisse les découvrir.
Alors qu’il est toujours interdit dans cette France bourgeoise de créer des syndicats professionnels, depuis la loi Le Chapelier de 1791, ces militants cherchent au sein de leur club à savoir comment transformer leur insurrection en révolution.
Nous allons donc assister à leurs discussions enflammées, leurs vues divergentes, leurs vues politiques qu’ils nous détaillent avec force conviction, et surtout, leurs engueulades.
Tous, au fond, se retrouvent sur un seul sujet : la dénonciation du capitalisme. S’ils sont là, c’est bien pour nous dire, encore et toujours les méfaits de ce système économique-là.
Bien entendu, des clins d’œil fort judicieux nous ramènent à notre monde contemporain.
Il y a là une altercation principale entre les tenants d’une doucereuse sociale-démocratie et des tenants d’un extrémisme très à gauche.
Alors que se déchirent les figures de gauche, la bourgeoisie en profite pour tisser sa toile et asservir le peuple.
Ca ne vous rappelle rien ?
Nous sommes souvent pris à témoins. Les comédiens se tournent de nombreuses fois, comme pour nous demander notre assentiment.
Parfois, le développement de certains concepts énoncés par certains personnages sont assez complexes, mais, qu’on se rassure, nous ne sommes jamais perdus. Même ceux qui n’ont jamais lu Marx s’en sortent.
Pour autant, il n’est pas question pour Creuzevault de prendre partie. Chacun se fera son opinion, ou chacun confortera la sienne.
Alors que nous restons à nous faire notre propre opinion, voici que surgit sans être annoncé le deuxième acte.
Un procès.
Une formidable scène de comédie, hilarante, parfois délirante, nous faisant nous esclaffer à de nombreuses reprises.
Nous voici cette fois-ci en 1849, à Bourges, où la Haute cour de Justice instaurée par la constitution du 4 novembre 1848 doit rendre sa sentence, dans l’affaire de la tentative de coup de force du 15 mai de la même année.
Pour faire simple, l’Assemblée nationale fut envahie…
Les figures politiques évoquées ci-dessus s’étant retrouvées parmi les meneurs, celles-ci sont donc jugées.
Durant une bonne demi-heure, même si le propos historique est rigoureusement exact, nous allons énormément rire.
Le metteur en scène et ses treize comédiens s’en sont donné à cœur joie.
Ici, il est question de ridiculiser le pouvoir en place, notamment en ridiculisant le Président de la Cour, et le procureur.
Un troisième acte nous attend.
Autour d’un Iphone, prêté hier soir par une spectactrice, qui a bien cru que….
Encore une scène épatante !
Durant cette dernière partie, nous est démontré s’il en était encore besoin l’asservissement mis en place par le capitalisme, et ce, par le biais d’une marchandise.
Là encore, le propos est très judicieux et fait mouche.
Maître en la matière, Creuzevault créé un joyeux bazar sur la scène et le plateau en bi-frontal.
Une énergie de tous les instants se dégage, une vraie force dramaturgique émerge en permanence, les accessoires volent, se brisent, nouss sentons bien que tous, sur le plateau, sont partie prenante.
Nous sentons bien l’écriture collective, la puissance de jeu de chacun des treize excellents comédiens, ainsi que la subtilité qui se dégage dans ces instants de farce.
Il faut d’ailleurs regarder ceux qui ne jouent pas et les voir rire devant l’interprétation de leurs camarades.
Voici donc un spectacle nécessaire et salutaire, qui, par la mise en lumière de ce qui s’est passé en 1848/49, jette un regard lumineux sur notre contemporanéité.
N’aurait-on pas besoin en octobre 2024 d’envahir l’Assemblée nationale ?
En tout cas, ce qui est certain, c’est qu’il ne faut surtout pas manquer d’assister à ce spectacle maîtrisé et réussi de bout en bout.
A la MC93, le brillant théâtre de Sylvain Creuzevault nous oblige pour notre plus grand plaisir à réfléchir intensément sur notre monde.
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Banquet Capital - Sylvain Creuzevault ◂ Saison 2024-2025
Avec Banquet Capital, Sylvain Creuzevault fait revivre l'effervescence révolutionnaire de 1848. Entre joutes verbales, discussions passionnées et leçons théâtrales, ce spectacle offre une éne...
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Malakoff scène nationale - Banquet Capital
Malakoff scène nationale - Théâtre 71, Cinéma Marcel Pagnol, Fabrique des arts arts du mouvement, théâtre, marionnettes, théâtre d'objets, danse, musique, jeune public, aux portes de Paris.
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