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Marius

© Photo Y.P. - (Avec toutes mes excuses à Honorine...)

© Photo Y.P. - (Avec toutes mes excuses à Honorine...)

Uzerche et Marseille en force !

Le Centre Ancien et la Cannebière, même combat !

 

Les membres de la Compagnie La Luzège avec leur metteur en scène Maxime Bonnand, ont eu l’excellente idée de nous donner leur version du premier volet du chef d’oeuvre La Trilogie marseillaise de Marcel Pagnol.

Ou comment, de façon la plus fine et la plus intelligente qui soit, comment s’approprier l’univers de celui que je considère comme le plus important dramaturge français du XXe siècle.

 

La Compagnie corrézienne La Luzège sillonne depuis de nombreuses années les routes du département. Leur première production, Geoffroy Tête-Noire, en 1987, était mise en scène par Pierre Vial, Sociétaire de la Comédie Française.

 

Un théâtre de tréteaux.

Les comédiens ambulants qui viennent à la rencontre du public ont installé leur décor minimaliste sur la place du Centre Ancien d’Uzèrche dans un dispositif bi-frontal.

D’un côté, le célèbre Bar de la Marine, tenu par César Ollivier et de l’autre, la poissonnerie d’Honorine Cabanis.

Quelques planches, quelques tables, quelques chaises et pourtant, nous allons croire tout à fait à l’ambiance portuaire méridionale.

 

Alors que le public s’installe, Marius est déjà au boulot, qui sert ici et là les clients-spectateurs que nous sommes. Cette première immersion est tout à fait réjouissante et nous rend pratiquemement acteurs et partie prenante du spectacle.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

La pièce a été adaptée pour les besoins. S’il est hors de question de procéder à des coupes dans le texte de Pagnol, personne n’interdit en revanche de mettre en scène un choeur qui va nous présenter le contexte et surtout les personnages.

C’est l’ancien marin devenu mendiant, Piquoiseau, qui s’en charge. Il est campé de façon formidable par Coralie Leblan, qui l’incarne avec gouaille et puissance.

Tout peut commencer.

 

Maxime Bonnand a usé d’un parti-pris fort judicieux : celui de la farce.

Ayant définitivement banni l’accent marseillais (nous en serons avertis), il va s’agir pour les comédiens de traduire l’humour contenu dans le texte en force cris, embrassades, empoignades et autres prises à partie des spectateurs.

Le procédé fonctionne pleinement d’autant que de savoureux anachronismes, en termes musicaux, nous tirent beaucoup de rires.

 

Les comédiens ne vont ménager ni leur peine ni leur énergie, et leur jeu exacerbé va ravir le public.

Cette façon de se distancier de l’oeuvre originale et notamment du film d’Alexander Korda, permet une vraie relecture de la pièce.

 

Pour autant, la puissance du jeu et de la vis comica des comédiens ne nous fera pas passer à côté de l’émotion et de la subtilité contenue dans le texte.

Si nos zygomatiques vont fonctionner à plein régime, certaines scènes, les plus poignantes, se dérouleront dans un silence le plus complet.

La petite troupe nous fera hurler de rire mais aussi nous bouleversera.

 

Cette petite troupe, ce sont huit comédiennes et comédiens qui incarnent ces Marseillais de manière la plus fine qui soit, et avec une justesse jamais prise en défaut.

 

Vincent Pouderoux et Léa Squarcio sont des Marius et Fanny on ne peut plus convaincants.

On croit tout à fait à ce couple confronté à un épineux dilemme.

Les deux jeunes comédien comédienne nous touchent beaucoup en jouant avec une grande intensité et une belle fraîcheur ces héros de tragédie.

Dans deux magnifiques scènes symétriques, le metteur en scène leur permet de déployer toute leur palette de jeu. Nous sommes à chaque fois très émus.

 

Le César de Fabrice Henry nous fera beaucoup rire. Le comédien a su s’affranchir de l’interprétation du célèbre Jules Raimu. Il tire son personnage du côté de la Comedia dell’ Arte, tout en mettant en avant, dans des scènes mémorables, la tendresse et la grande humanité de cet homme bourru.

 

Félix Escartefigue est quant à lui interprété par… Clémentine Haro. Elle aussi a des scènes jubilatoires, notamment dans la célèbrissime partie de cartes.

À cette occasion, Maxime Bonnand nous en livre une version épatante, en la transformant en un ballet très joliment chorégraphié. C’est l’un des moments les plus ciselés du spectacle.

 

Un autre qui va nous enchanter, c’est Emmanuel Demonsant, qui nous propose un très beau maître Panisse, à la fois drôle, débonnaire, facétieux mais aussi grave et sérieux.

Le comédien sait parfaitement jouer avec le public, improvisant parfois des petites scènes drôlatiques avec certains spectateurs.

 

Honorine, c’est Romane Ponty Bésanger. Elle aussi nous amusera beaucoup.

Tout comme le monsieur Brun de François Copin. En vérificateur des douanes mais aussi initiateur des transitions entre certaines scènes, fan de certains chanteurs très contemporains, l’acteur remporte, lui aussi, tous les suffrages.
 

Au final, ce spectacle poignant, intense et sensible, nous rappelle combien la langue de Pagnol est admirable, vivante, et populaire au sens noble du terme.

 

Le public ne s’y trompera pas, qui réservera une standing-ovation des plus méritées à cette entreprise artistique.

 

Oh peuchère, fan de chichourle, ça vous étonne ? Allez, vaï, César, remettez-nous quatre tiers de Picon-Citron-Curaçao !
 

 

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

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