22 Octobre 2023
Les cigales et le fourbi.
Vous avez dit bazar ? Comme c’est bazar !
Une pénombre à la fois bienveillante et un peu mystérieuse nous attend dans la salle n°11 du 104.
Des sièges sont installés en trois rangées circulaires, autour d’une table.
Mais pas n’importe quelle table.
Une table sur laquelle on pourrait commencer un inventaire à la Prévert.
Des clochettes, des claves, des kalimbas, des petits dentiers qui se remontent, des lamelles sonores, des métronomes, des petits instruments électroniques, un melodica, des boîtes à musique, des baguettes, j’en passe et non des moindres.
Tout près de cette table, un tambour d’eau, une guitare, une cymbale suspendue, un petit mégaphone, et d’autres objets étonnants.
Claire Diterzi a élu domicile ici même, deux fois par mois, pour nous proposer une passionnante et très poétique relecture d’une dizaine de ses chansons.
Démontrer que l’on peut chanter sans micro, sans amplification, sans instruments électriques en tous genres, sans recours à la technologie, simplement avec sa voix, une guitare et une percussionniste, en l’occurence Lou Renaud-Bailly, venue avec ses multiples et réjouissants idiophones.
Revendiquer le fait de chanter autrement, comme pour faire la nique à toute l’industrie discographique et au business associé !
Elle a donné ! Faut-il rappeler ici son grand prix du disque de l’Académie Charles-Cros, en 2010, pour son album Boucle ?
Ce soir, ce sera une aire libre, pour des airs qui ne le sont pas moins…
Mademoiselle Diterzi nous a donné rendez-vous pour un concert intime, tout en subtilité, un peu comme si nous étions autour d’un feu de camp, entre copains venus l’écouter.
Comme un retour à l’essence même de la chanson, sans artifices, sans trucages.
Comme une expérience sensorielle, presque, qui va nous plonger durant une heure dans une douce et fine ambiance très particulière.
Tout commence avec le titre 69 battements par minute.
Et nous de retrouver les mots de la chanteuse, des mots que le format du concert met particulièrement en valeur, comme si le côté dépouillé augmentait leur portée.
La poésie délicate nous saute aux oreilles.
Et puis la voix. Unique, à la fois claire et chaude, une voix qui vous prends immédiatement aux tripes, une voix qui ne peut laisser personne indifférent, avec des envolées dans le registre aigu, dans des moments plus sauvages, plus chocs, réminiscences d’expériences musicales plus rock, voire punk.
La chanteuse cultive également un humour ravageur.
« Vous vous demandez si c’est le moment d’applaudir? », nous demande-t-elle après les premiers titres doucement enchaînés, dans une intimité que nous n’osons troubler ?
« Oui, c’est maintenant ! » poursuit-elle dans un grand éclat de rire.
Et nous de nous exécuter !
En face d’elle, Lou Renaud-Bailly ne donne pas sa part au chat.
La percussionniste installe des climats tranquilles et sereins, au moyens des objets que je commençais à recenser un peu plus haut.
Des ambiances parfois un peu surréalistes, comme avec ces petits dentiers montés sur ressort, ou ces petits nageurs mécaniques plongés dans le bac du tambour d’eau.
De ce bric à brac, elle parvient à tirer des sons, mais aussi des pulsations, des rythmes, quitte à utiliser la petite machine analogique à rythme Korg Volca Beats ®, et sa sœur, la bass machine analogique Volca Bass ®, reliées à de toutes petites enceintes acoustiques qui suffisent amplement en terme de niveau sonore.
La musicienne nous fait parfaitement comprendre que tous ces objets inanimés ont définitivement une âme.
Claire Diterzi s’accompagne souvent à la guitare, mais la délaisse parfois au profit du chant seul, ou d’autres petits instruments comme une petite boîte musicale à carte perforée.
La complicité qui lie les deux artistes est patente. L’osmose est parfaite.
Il n’y a pas une musicienne qui accompagne une chanteuse, mais au contraire deux artistes qui jouent véritablement ensemble.
Les deux s’amusent beaucoup, et leur rire communicatif nous gagne nous aussi.
Durant cette heure, Claire Diterzi et Lou Renaud-Bailly nous embarquent donc dans un univers onirique, fait de poésie, de sons et de notes délicats, de mots intenses, brûlants et tendres.
Un sentiment de grâce se dégage en permanence.
Je vous conseille vivement de venir rejoindre cet univers, le temps d’un inoubliable concert, de ceux dont la grâce fait qu'ils restent longtemps en mémoire.
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Assise à une table, sous un éclairage tamisé, Claire Diterzi chante, lit, joue de la guitare ou d'autres instruments. Face à elle, le musicien Stéphane Garin ou la musicienne Lou Renaud-Bailly...
https://www.104.fr/fiche-evenement/claire-diterzi-concert-a-table-23-24.html