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Jocelyn Mienniel et Christophe Chassol en concert à l'Astrada / Jazz in Marciac

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Je crée, donc je suis.
Je suis, donc je crée.

Mais au fait, est-ce si facile que cela de créer ? Et puis surtout, est-ce si facile de créer en toute liberté ?
Ces questions, d’apparence simples, le flûtiste Jocelyn Mienniel et le pianiste Christophe Chassol nous les posent, à juste titre et ce, en toute connaissance de cause.

Pour ce faire, ils nous proposent ce spectacle étonnant au premier abord, car dans un concert de jazz, on ne s’attend pas forcément à que tout commence par une voix off.
Même celle de Tania de Montaigne.

C’est pourtant l’écrivaine qui entreprend de nous raconter le début d’une histoire un peu étrange, presque à la David Lynch.
C’est en effet dans cet esprit que le dramaturge Amaury Chardeau a conçu cette heure un quart de spectacle, comme une sorte de film dans lequel les deux musiciens seraient non seulement les acteurs, les musiciens, mais également les réalisateurs.

Nous voici donc dans une grande maison, au bord de l’océan, près d’une falaise.
Nous entendons les sons des vagues et des oiseaux du rivage.
Une soirée festive va devoir se dérouler. Nous allons suivre tout au long du concert une femme qui va déambuler à la manière d’un spectre, se demandant ce qu’elle fait là…

Le format de ce spectacle relève donc d’une sorte de théâtralisation mise en musique, à moins que ce ne soit le contraire…

A jardin, le pôle clavier, avec un piano Fend
er Rhodes, un piano Yamaha CP-80 joliment coloré, sans oublier un synthétiseur et un Mac et son progiciel Ableton-live.

Au centre du plateau, deux flûtes.
Une flûte traversière et une flûte alto, plus longue.

Les deux musiciens pénètrent sur le plateau, avec également à la batterie côté cour Mathieu Edouard.

C’est Jocelyn Miennel qui débute le set avec une pièce pour flûte solo.
Le musicien annonce immédiatement la couleur avec la technique et la virtuosité qu'on lui connaît.
Le son de la flûte est mélangé en direct avec des bruits de bouche, des petits cris, ou des effets numériques générés par des pédales d’effet.
Le nez appuyé contre le micro pour que l’embouchure en soit également plus près, il se lance dans de magnifiques volutes musicales.


Le flûtiste bouge beaucoup sur scène, accompagnant par le corps ses lignes mélodiques, sautant sur place, avançant et reculant, se hissant sur un pied.
Quelle énergie !


Ce que nous entendons nous emmène dans des contrées lointaines, nous permettant à chacun un vrai voyage intérieur. Il est impossible de rester hors de ces longues envolées de notes délicates et intenses à la fois.

Ses deux compères ne vont pas tarder à le rejoindre.
Et nous de comprendre que nous allons baigner dans une musique très funk, haute en couleurs, avec une rythmique dense et au fond du temps : le batteur délivre un groove puissant,
très technique, avec des breaks réjouissants, la basse étant assurée à la main gauche de Christophe Chassol lui-même.

Le duo s’amuse beaucoup, et l’on a l’impression par fois qu’ils plaisantent, cherchant quelque pu à se déstabiliser l’un l’autre.

Un quatrième homme ne va pas tarder à faire son apparition, en la personne du rappeur américain Mike Ladd.

Mike Ladd, les fidèles lecteurs de ce site le connaissent
bien, puisque nous l’avions déjà croisé dans le remarquable spectacle de David Lescot (oui, je viens d’écrire un pléonasme) au théâtre de la ville de Paris-Les Abbesses, La chose commune, un spectacle dans lequel il pratiquait déjà le spoken word.

Mister Ladd va donc poser ses mots américains sur les parties musicales, et conférer ainsi à l’ensemble une universalité de bon ton.

De temps en temps, il se posera sur un fauteuil à jardin, et regardera avec une grande attention ses trois compères, mesurant la qualité de ce qui est joué sur scène.


Durant tout le spectacle, de multiples références musicales vont nous êtres proposées : Frédéric Chopin, Nirvana, Jimmy Hendrix, ou encore Moondog.

Ces compositions au nom souvent assez surréaliste
Dehors, Pour l’heure, Vague de chaleur, Stern (on comprend très vite l’hommage au grand Mike), ou encore Les derniers invités, ces compositions emportent toutes l’adhésion du public.
Ce que nous attend provoque l’envie de bouger, de nous retrouver nous aussi dans cette fête, parmi ces invités, dans cette maison un peu mystérieuse.

Les quatre musiciens se complètent admirablement, dans une volonté commune de groover, de délivrer une vibration commune entre eux et nous autres spectateurs.
Les quatre nous démontrent tout leur savoir-faire, avec une technique qui côtoie une grande sensibilité.

Il faudra é
videmment se soumettre au rituel du rappel. Comment se quitte sans ?

Ce concert est de ceux qui dégagent une vraie joie, un sentiment de bonheur réel.
On sort de l’Astrada avec ce sentiment d’avoir assisté à un spectacle unique en son genre, dans lequel tous les parti-pris plus judicieux ont participé à une totale réussite, tant sur le fond que sur la forme !

Un spectacle qui aura répondu avec une grande évidence à la question posée en début de papier !

Mike Ladd © Photo Y.P. -

Mike Ladd © Photo Y.P. -

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