31 Juillet 2023
Un pur moment de grâce, un moment de grâce pure, c’est comme vous voudrez !
Un concert inoubliable !
Charlotte is back !
Ou comment passer de la scène des bénévoles au camping de Marciac à la salle conventionnée jazz de l’Astrada, après une étape album salué à sa juste valeur par la critique et le public.
Oui, Charlotte Planchou pouvait nous faire part de sa grande émotion, en repensant à ce parcours magnifique.
Le parcours d’une artiste sur qui il va falloir dorénavant compter. Et pas qu’un peu.
Mademoiselle Planchou nous propose un jazz habité, à la fois solaire et teinté d’un intense clair-obscur, un jazz exigeant, un jazz d’oxymores.
Charlotte Planchou, la douce force et la puissante fragilité.
Charlotte Planchou. Une voix.
Claire, chaude, suave, aux délicieux et puissants aigus, aux délicats pianissimi intimistes, au vibrato saisissant et totalement maîtrisé.
Digne des plus grandes chanteuses brésiliennes, à la technique vocale irréprochable.
Le Brésil qui occupera une place importante dans le concert de cette après-midi, que ce soit avec des titres originaires de là-bas, ou des compositions personnelles au rythme de la bossa-nova, comme cette très belle chanson, Berceuse.
Durant une heure et demie, le chanteuse va nous bouleverser, avec une interprétation on ne peut plus habitée d’un répertoire très éclectique.
Des chansons de son dernier album, donc, Petite, comme Leïla et Léa, Cancion de Cuna, ou Toi, Petite ou encore une reprise complètement hallucinante des célèbres Moulins de mon cœur.
C’est bien simple, je n’avais jamais entendu auparavant une version aussi poignante du célèbre standard de Michel Legrand.
Je n’étais pas loin des larmes, à la fin de la chanson, tellement ce que j’ai entendu était bouleversant.
La chanteuse, outre ses qualités d’auteure-interprète habite complètement ce qu’elle nous propose.
Elle a cette qualité assez rare de mettre en œuvre une réelle couleur dramatique à ses chansons, avec une capacité à communiquer au public une intense émotion.
Elle sait véritablement installer un vrai climat en très peu de temps.
Il en va de même pour ce standard The peacocks, composé en 1977 par le pianiste Jimmy Rowles.
Un standard à la mélodie très exigeante, que peu d’artistes se risquent à interpréter d’un point de vue vocal.
Hier, Charlotte Planchou s’est jouée de toutes les difficultés de ce titre, pour en tirer un magnifique et émouvant moment musical.
Elle n’est pas seule sur scène.
A ses côtés, un talentueux trio, avec Clément Simon au Piano, Thomas Posner à la contrebasse et Pierre Demange à la batterie.
Les compositions comme les reprises sont d’une redoutable mise en place, on sent une véritable osmose au sein du quartet, avec un plaisir et une grande jubilation à jouer ensemble.
On ressent en permanence une grande culture jazzistique et une belle appropriation, notamment de la musique brésilienne déjà évoquée un peu plus haut.
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? chantait Léo Ferré.
Charlotte Planchou reprend à son compte cette chanson elle aussi peu interprétée par une artiste féminine.
Là encore énormément d’émotion générée. Dans la salle, on entend vraiment les mouches voler.
Le prochain programme de la chanteuse fera la part belle à la culture occitane.
C’est ainsi qu’elle interprétera quelques unes des chansons d’un futur album.
Nous comprenons l’importance des racines de la jeune femme, et le besoin de les évoquer sur scène, dans cette langue admirable qu’est l’Occitan.
C’est le cas par exemple de cette chanson de Jan-Màri Carlotti, avec cette chanson qui évoque une transe, un peu comme une tarentelle, une chanson convoquant les sorcières la nuit de la Saint-Jean.
Elle est également capable de se lancer dans de délicieuses vocalises, dans les aigus, avec beaucoup de présence, de chaleur, pour en faire un remarquable moment musical.
Ce qui se joue alors sur scène est fascinant de beauté formelle.
Vous l’aurez compris, j’ai assisté hier à l’un des moments phares de ce 45ème festival de Marciac.
Standing Ovation.
Non pas parce que l’artiste est une locale de l’étape.
Tout simplement parce que tous les spectateurs sont conscients d’avoir vécu un moment rare. Musical et humain.
Charlotte Planchou. Retenez bien son nom.