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Quai des orfèvres - Légitime défense

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

« Bon sang, mais c’est bien sûr ! », s’exclama le commissaire Maria, figure haute en couleurs du 36, en découvrant à son bureau dans les cinq dernières minutes de son enquête l’identité de l’assassin de Paul Weylberg, le célèbre mécène et collectionneur d’art.

Le 36 ?
Le 36 Quai des Orfèvres, mythique siège de la Police Judiciaire de la préfecture de police de Paris, sur l’Ile de la Cité.
Avec notamment la célèbre Brigade criminelle, la Crim', à laquelle appartient ce commissaire Honoré Maria, héros de la pièce de l’auteur et illustrateur belge Stanislas-André Steeman (1908-1970).
Steeman est notamment connu pour avoir publié le roman L’assassin habite au 21, adapté pour le grand écran par Henri-Georges Clouzot en 1942.

Raphaëlle Lémann a donc mis en scène cette pièce, pour en tirer un réjouissant et passionnant huis-clos reprenant tous les codes esthétiques du cinéma des années 40.

Durant une heure et demie, nous nous retrouvons dans l’atelier du peintre Noël Martin, et de sa femme Belle, les amis de Weylberg.
Ce Noël Martin, à l’annonce du meurtre, se montre particulièrement nerveux. Aurait-il quelque chose à cacher ?
Nous ferons également la connaissance d’une « amie » de la famille Martin, d’un concierge parisien assez envahissant et surtout du fameux commissaire sus-nommé.

Huis-clos, donc, avec une ambiance lourde propice au mystère et au drame.
La scénographie très réussie de Camille Vallat, les toujours beaux costumes de Virginie Houdinière (Ah ! Ces robes évasées, ces turbans très avant-guerre…), les lumières et les clairs-obscurs de Denis Koransky nous replongent dans ces ambiances cinématographiques si particulières.

A Jardin, une coiffeuse devant un paravent translucide propice aux contres, à cour l’atelier proprement dit.
La déclinaison de ce décor et de ces costumes en noir et blanc, avec une subtile palette de gris nous évoque également les célèbres photographies Harcourt…
Seules quelques petites touches de couleur seront très utiles à l’enquête. Et non, vous n’en saurez pas plus.

On pense également aux films du grand Alfred Hitchcock, même si ici, il s’agit d’un « whodunit », comme l’immense réalisateur, à l’inverse de ses films, qualifiait ces œuvres policières dans lesquelles l’assassin n’était révélé qu’à la toute fin.

Raphaëlle Lémann a joué avec habileté de tous ces codes du polar noir.
Sa direction d’acteurs et sa mise en scène se révèlent précises, enlevées, sans aucun temps mort.
Elle a profité des changements d’actes pour nous projeter une petite phrase résumant ce qui va suivre, un petit message humoristique commençant systématiquement par l'adverbe « où ». Le procédé fonctionne lui aussi à la perfection.

Les fidèles lecteurs de ce site connaissent bien la petite troupe qui va nous captiver durant tout le spectacle.
Quel bonheur de retrouver la comédienne et les comédiens qui, dirigés naguère par Salomé Villiers, nous ravirent dans une merveilleuse version du Jeu de l’amour et du Hasard !

Le couple Martin, c’est François Nambot et Raphaëlle Lémann en personne.
Ces deux-là sont parfaits dans ces rôles ambigus, tous deux sur la corde raide, tous les deux suspects potentiels.
Ils parviennent parfaitement à nous troubler dans leur relation pour le moins étrange, formant un couple presque « maudit ».
En permanence, nous sentons bien que leur personnage a quelque chose à cacher, à dissimuler.

Mais que regarde donc le couple Martin ? © Photo Y.P. -

Mais que regarde donc le couple Martin ? © Photo Y.P. -

Malvina Morisseau est cette autre amie du collectionneur assassinée. La comédienne excelle elle aussi à brouiller les cartes, jouant quant à elle sur les codes de la femme fatale, croqueuse d’hommes. Une autre suspecte en puissance, en somme.

Bertrand Mounier dans son rôle de concierge est épatant.
Une nouvelle fois, portant ici à merveille la gapette parisienne et la cravate beaucoup trop courte, il met à profit sa vis comica pour nous proposer un personnage très drôle, qui n’œuvre certes pas pour les relations diplomatiques sino-françaises. (Ce passage du spectacle est très drôle..)

Il interprète également avec beaucoup de force et de puissance un autre peintre, tout aussi suspect, pouvant lui aussi avoir pu mettre un terme à sa relation au trucidé !

Et puis, dans ce rôle du flic bourru, voici l’encore et toujours excellent Philippe Perrussel.
Il a fait de son personnage un mélange des commissaires Maigret, Bourrel, sans oublier des allusions et des running-gags à la Columbo.

En trench gris tout au long de la pièce, forcément, il incarne cet officier de police judiciaire opiniâtre, ne négligeant aucun indice.
Philippe Perrussel nous ravit avec ses ruptures, sa capacité à faire « tomber » les répliques de façon définitive (« Oh ! Ben ! J’ai pas dis le mot !... ») nous fait beaucoup rire.

Clins d’œil à l’inspecteur Columbo donc, s’épongeant le front à chaque arrivée sur le plateau (il faut dire que son personnage ne prend pas l’ascenseur pour arriver chez les Martin, lui qui se coltine en permanence au 36 le fameux escalier de 148 marches qui a fait trembler plus d’un coupable !)
Les pseudos oublis du commissaire, prétextes à de faux départs sont eux aussi jubilatoires.

Une nouvelle fois, à chacun de ses apparitions sur le plateau, Philippe Perrussel nous plonge dans une grande félicité !

Allez donc au Petit Montparnasse vous laisser embarquer dans ce polar très réussi.
Raphaëlle Lémann est parfaitement parvenue à porter un texte certes moins ambitieux que L’assassin habite au 21 pour en faire une heure et demie de théâtre passionnante.
De la très belle ouvrage.

Comme vous m’êtes dans l'ensemble sympathiques, je m’en vais vous donner pas plus tard que maintenant un indice quant à l’identité de l’assassin : il figure dans le papier que vous venez de lire !
Non, ne me remerciez pas !

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