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Maupassant, Octave et moi

© Photo Y.P -

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Maupassant au Lucernaire ? Premières nouvelles !

Lorsque l’on connaît un vrai succès public et critique en adaptant le célèbre Boule de Suif, du non moins célèbre Guy de Maupassant, la tentation est grande de vouloir continuer à rester en compagnie du très grand écrivain et journaliste normand puis parisien.

C’est ainsi que Sylvie Blotnikas n’a pu se résoudre à abandonner cet auteur de six romans mais d’un nombre considérable de contes, de chroniques et surtout de nouvelles.
Ces nouvelles, estimées au nombre de trois cents, ont été rédigées entre 1881 et 1890, et publiées dans les journaux Le Gaulois, Gil Blas et L’écho de Paris.

Mademoiselle Blotnikas a donc eu l’épatante idée d’adapter pour le plateau 1,4 % de ces merveilleuses et délicieuses tranches de vie, soit quatre nouvelles plutôt peu ou mal connues du grand public. (C’était mon cas, dois-je l’avouer...)
A savoir Regret (1883), Mon oncle Jules (encore 1883), Décoré ! (toujours 1883) et Le rendez-vous (1889).

La solution de facilité eût été d’interpréter ses quatre adaptations en les séparant par un noir plateau.
Ici, nous allons être plongés dans un véritable récit, avec un liant pour que la mayonnaise dramaturgique puisse prendre de façon autrement plus intéressante.

 

Pour ce faire, elle nous présente deux personnages qui vont se lancer dans une véritable histoire, avec ses développements et ses péripéties, incluant donc les quatre adaptations.

Le premier de ces personnages est historique.
Il s’agit de Madame Pasca, comédienne amie de Maupassant, qui éprouvait pour elle une véritable admiration, envers ses talents de comédienne.
Elle fera partie des six dernières personnes à rester devant la tombe encore ouverte, lors de l’enterrement de l’écrivain.
Voici pour l’Histoire.

La fiction, imaginée par Sylvie Blotnikas, se passe un an après ce décès.
Madame Pasca envisage de rendre hommage à son défunt ami lors d’une soirée caritative destinée à recueillir des fonds, afin de faire ériger une statue.
En raison de la défection d’un comédien, elle trouve en la personne d’Octave Lacombe un acteur-remplaçant peu connu, qu’elle va faire répéter.
C’est donc le deuxième personnage principal de la pièce.

La narration peut donc commencer, nous faisant comprendre immédiatement après la première nouvelle ce à quoi nous allons finalement assister.

Madame Pasca est interprétée bien entendu par l’auteure de ce spectacle, Octave, c’est Julien Rochefort.

Les deux (qui co-signent la mise en scène) vont nous proposer une heure et quart de pur délice.
Tous autant que nous sommes allons être suspendus aux dires et au jeu de la comédienne et du comédien, nous allons véritablement déguster ce qu’ils vont nous montrer.

Entre les deux, l’alchimie est immédiatement palpable, de celles qui permettent de passionner un public, de le subjuguer, de faire en sorte de le rendre complètement dépendant de ce qui se passe sur le plateau.

Les deux sont de très grands diseurs et raconteurs, nous faisant comprendre de façon magistrale à quel point la langue de Maupassant est subtile, délicate, nous faisant toucher du doigt la façon unique qu’il a de décrire le quotidien et la vie de personnes du peuple ou de la bourgeoisie, de nous dire leurs petites et grandes misères.

Cet homme qui déclarera trop tard sa flamme à l’être aimée, cet Oncle Jules devenu pauvre écailler sur le bateau reliant la côte normande à Jersey, ce bourgeois qui ne rêve que d’une chose, à savoir obtenir la légion d’honneur, cette parisienne qui nous raconte sa répulsion à l’idée d’un rendez-vous qui n’est plus du tout amoureux, ces hommes et cette femme nous les avons devant nous, en chair et en os. Ils deviennent vivants !

Il nous est impossible de nous désintéresser d’eux, tellement l’adaptation et le jeu sont savoureux, tellement la précision, l’engagement sans oublier l’humour également déployés par les deux artistes sont manifestes. (En matière d’humour, Julien Rochefort nous fera bien rire, avec son interprétation d’Octave...)

Nous sommes par ailleurs tout autant séduits par la dramaturgie de Sylvie Blotnikas, et notamment par les rapports qu’elle a imaginés entre Mme Pasca et cet obscur Octave Lacombe.

Ces rapports seront très fidèles au style de Maupassant, notamment à la toute fin du spectacle, qui constitue en quelque sorte un intelligent retour à la source. La boucle sera bouclée.
Et non, je n’en dirai pas plus. A vous de découvrir !

Vous l’aurez compris, ce très beau spectacle est de ceux qui se dégustent avec une gourmandise et une délectation non feintes. Je vous le recommande vivement.

On ressort d’ailleurs du Lucernaire avec une irrépressible envie : celle de relire toutes les autres nouvelles du grand Guy.

La statue de Maupassant, par Edouard Varlet, au Parc Monceau.

La statue de Maupassant, par Edouard Varlet, au Parc Monceau.

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