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Coupures

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Vous avez un cerveau disponible ?
Ne manquez surtout pas ce temps d’antennes !

Au pluriel, antennes…

Ces antennes-relais, ce sont celles qui vont occuper noter soirée, nous autres spectateurs devenus les habitants de cette petite commune rurale réunis par Louise dans la salle polyvalente.

Louise, la militante écologiste, qui voudrait bien comprendre et faire en sorte que ses concitoyens puissent eux aussi comprendre.

Oui, comprendre pourquoi Frédéric, le maire de la commune, exploitant agricole d’une exploitation de 200 hectares certifiés bio, engagé dans le recyclage et les circuits, lui qui a fait aménager des pistes cyclables et organisé un festival de « musique débranchée », pourquoi ce Frédéric a-t-il fini par donner seul et en grand secret son accord en grand secret à l’érection d’antennes-relais de dernière génération.
(On aura très vite compris qu’il s’agit de la cinquième…)

Paul-Eloi Forget et Samuel Valensi ont écrit une remarquable (je pèse sciemment cet épithète), une remarquable pièce politique au sens noble du terme.
Ici, sans donner de leçons, en plaçant chacun face à ses responsabilités de citoyen, les deux nous parlent de démocratie.
La vraie. Pas celle qui consiste à seulement voter (quand on vote… La scène d’ouverture est épatante… Je vous laisse découvrir…).
Non. La démocratie participative. Celle qui consiste pour les élus à permettre à leurs administrés de se saisir de la Res Publica, la chose publique.

Ici, la démonstration est d’une magnifique puissance. Ce maire qui finalement décide seul, on en connaît hélas tous… Suivez mon regard d’habitant d’une petite commune rurale du sud Seine-et-Marne…

Avec une vraie écriture, à la fois limpide et percutante, sans aucun fumeux verbiage et comportant de formidables formules d’une drôlerie avérée qui font mouche
à tout coup, avec également une grande habileté dramaturgique, cette démonstration est imparable et d’une totale lucidité.

Sur scène, six artistes, comédiennes, comédiens et musicienne.

Ces six-là vont interpréter pas moins de trente-et-un personnages ! Oui, vous avez bien lu : trente-et-un personnages !
Avec une grande fluidité, grâce à une scénographie simple mais d’une redoutable efficacité, nous ne serons jamais perdus.

Deux grands panneaux serviront de caches pour les accessoires, les costumes et également d’écrans pour des projections vidéo très abouties.

Un rythme soutenu, une succession de tableaux plus réussis les uns que les autres, des moments très drôles, des répliques acérées, mais également des instants poignants et prenants nous attendent.
Ou comment nous retrouver en une heure et trente minutes dans une ferme, sur de bonnes terres arables, dans des jeux télévisés, dans un ascenseur, dans une préfecture, dans une maternité, dans la salle du conseil municipal ou encore à Bruxelles ou Strasbourg...
Oui, on peut vraiment parler d’une certaine virtuosité dramaturgique.

Outre la dénonciation de cette démocratie finalement confisquée, nous sont démontrées de façon jubilatoire mais très signifiante les difficultés de citoyens-lambdas, certes ici des agriculteurs, face à une administration à la fois décentralisée et déconcentrée.

Cette dénonciation prendra plusieurs formes, toutes aussi parlantes les unes que les autres.

Les deux auteurs, ainsi que June Assal interprètent le trio principal : le maire-agriculteur, son épouse, et son beau-frère, tous trois travaillant à l’exploitation familiale. Ca doit être un GAEC…
Les trois sont irréprochables et d’une totale justesse, avec un engagement de tous les instants. Ils nous rendent parfaitement concernés par le drame quasi-cornélien de cette histoire.

Michel Derville nous fera beaucoup rire, notamment en « potiche télévisée » très peu vêtue (si si…). Il excellera également en maire-adjoint très cynique...

Valérie Moinet elle aussi endossera plusieurs casquettes, dont celle de Louise, la militante, celle qui nous apostrophe d'entrée de jeu. Son rôle d’huissier de justice nous ravit !

Et puis hier soir, Lison Favard était au violon, excellente musicienne, aussi bien Antonio Vivaldi que chez Antonio Carlos Jobim. (Vivent les Antonio !...) Et là non plus, vous n’en saurez pas plus.

Ne passez surtout pas à côté de cette très habile et très intelligente entreprise artistique, l’une de celles où le fond et la forme se rejoignent en terme de totale réussite.

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