17 Septembre 2022
Ah ! M’asseoir sur un banc,
Cent-cinquante minutes avec eux…
Eux, ce sont ces seize personnages, qui pourraient reprendre en chœur la chanson de Paul Misraki et André Hornez Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?
Pour la cinquième fois depuis 2011, Stéphane Braunschweig monte sur un plateau un texte du dramaturge norvégien Arne Lygre.
Ce qui semble séduire en grande partie le patron de l’Odéon dans l’œuvre du dramaturge, c’est l’étonnante et finalement assez rare capacité de celui-ci à modifier la forme de son écriture au fil de sa production dramaturgique.
De plus, cette fois-ci, Arne Lygre a sciemment écrit cette pièce pour un grand plateau, à savoir le Det Norskee Teatret d’Oslo, où elle a connu dès sa création voici quelques mois un très grand succès.
Et qui dit grand plateau, dit souvent « grande distribution », comme nous l’allons très vite constater.
Ici, va nous être proposée une réflexion autour d’une notion beaucoup plus complexe à appréhender qu’il n’y paraît : le bonheur.
Avec une question à la fois simple et étrange : comment donc s’y prendre pour atteindre un état de bonheur et de joie ?
Le bonheur, la joie, des notions assez éloignées des thèmes de prédilection de Lygre, qui d’habitude décrit plutôt un univers inquiet, aux situations extrêmes, générant angoisse et grande instabilité.
Au fond, l’auteur et son metteur en scène vont nous tendre un miroir, et nous raconter la Vie, dans ce qu’elle a de plus banal, de plus « normal ».
Finalement, nous ne sommes pas si loin que çà d’un certain Tchekhov.
C’est bien de cette banalité et de cette « normalité » qu’émergeront les points communs avec nous autres spectateurs, ce qui provoquera notre propension à sonder notre propre rapport au bonheur.
Et nos rires.
Car l’humour est également présent dans ce que vont nous dire et nous montrer ces seize personnages en quête de bonheur.
Ce miroir sociétal est renforcé par l’arrivée successive des personnages qui eux-mêmes, dans un premier temps, se présenteront sous la forme « Une mère dit.... », « Une sœur pense… », « Un orphelin de père dit… » , etc, avant d’enchaîner avec le texte à proprement parler.
L’effet est d’une remarquable efficacité, d’autant que ces « auto-didascalies » sont légèrement amplifiées avec un zeste de réverbération au moyen de micros HF personnels très discrets.
Trois groupes de personnages vont donc se rencontrer successivement autour puis sur ce banc. La scène se déroule devant une rivière et un cimetière au-delà du quatrième mur.
Une mère et sa fille, puis deux ex-conjoints, et enfin une veuve et ses deux fils orphelins.
Chaque groupe expose tour à tour ses problèmes, ses difficultés, de celles qui sont monnaie courante, dans nos étranges sociétés contemporaines.
Un couple qui s’est séparé, une mère qui retrouve ses grands enfants éloignés d’elle, une famille recomposée qui se retrouve pour un enterrement...
Nous allons les écouter nous dire, nous raconter finalement nos propres problèmes, nos propres difficultés existentielles.
Tous autant que nous sommes pouvons nous reconnaître dans tel ou tel personnage.
L’humour va naître en grande partie du fait que chaque groupe va s’intéresser aux autres, chacun posant des questions à ces inconnus, proposant des solutions, des « recettes », comme si une volonté de pédagogie du bonheur était mise en place.
Ce qui va rendre passionnant le propos, c’est bien cet ordre de l’intime qui émerge de ces dialogues aux tirades courtes, de ces confessions très personnelles exposées au grand jour.
Un propos qui nous questionne sur notre propre aptitude au bonheur.
Huit excellents comédiens incarnent ces hommes et ces femmes, ces personnages banals, ces héros ordinaires de tous les jours.
Il faut l’être excellent, parce qu’il s’agit-là d’incarner très finement et précisément la vie dans ce qu’elle a de plus réel et de mettre en avant une normalité à la fois dérisoire et sublime.
Autre difficulté totalement surmontée, ces personnages parlent, bien entendu, mais ont une autre qualité : ils savent écouter.
Ne manquez donc pas de regarder aussi les comédiens qui écoutent ceux qui s’expriment. C’est un aspect très réussi de la mise en scène.
La petite troupe est emmenée par Virginie Colemyn qui est cette mère puis cette autre mère, hautes en couleur, jamais avare de propos péremptoires, de déclarations définitives.
C’est elle qui bien souvent fait émerger avec une vraie force comique l’humour de cette comédie.
Car oui, Arne Lygre a eu la bonne idée d’écrire sa comédie de la vie, grâce à laquelle, en ces temps incertains, il nous donne certes son point de vue sur le monde qui l’entoure, mais dans laquelle, surtout, il nous engage à venir puiser une bonne dose d’énergie positive.
Oui, pour reprendre les trois derniers mots de la pièce, la joie existe.
Ces deux heures et demie en sont la preuve.
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Jours de joie - Spectacles - Odéon-Théâtre de l'Europe
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https://www.theatre-odeon.eu/fr/saison-2022-2023/spectacles-22-23/jours-de-joie