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Baptiste Trotignon, Bojan Z. , Eric Legnini et Pierre de Bethmann en concert à Jazz in Marciac

© Photo Y.P. -

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Qui va piano va forte.
Qui va pianos, avec un s, va à Marciac écouter jouer Baptiste Trotignon, Bojan Z. , Eric Legnini et Pierre de Bethmann.

Et surtout va assister à deux heures merveilleuses, qui relèvent d’un véritable moment de grâce.

Le projet est simple, sur le papier tout du moins.
Vous prenez quatre des plus importants pianistes jazz de l’hexagone, vous leur demandez de choisir un répertoire constitué de leurs propres compositions ainsi que d’immortels standards que tous ont envie d’interpréter, et le tour est joué.

Vous les réunissez sur scène, vous mettez à leur disposition deux pianos à queue et deux pianos Fender Rhodes, et voilà, pas besoin de plus pour plonger le chapiteau de Jazz in Marciac dans la félicité la plus totale.


Ce projet est né voici deux ans déjà, juste avant la pandémie que l’on sait. Les quatre musiciens étaient donc impatients de se retrouver sur une scène, devant un public entièrement conquis à leur cause, pour interpréter les onze titres choisis.

Il serait vain d’énumérer ici les qualités propres de chaque pianiste.

Comme le dira si bien Bojan Zulfikarpašić, il est ici question « de joindre nos différences et faire une même musique. »

Les quatre mousquetaires des touches blanches et noires pénètrent sur le plateau à cour, et vont s’installer chacun à leur clavier respectif.
Aucun instrument n’est attribué de manière définitive.

La lenteur. C’est paradoxalement cette composition de Pierre de Beethmann, ce clin d’œil à Milan Kundera qui débute le programme.

Paradoxalement, car les quatre jouent vite, très vite, sans jamais céder à la facilité et au championnat de virtuosité. Ici, ce n’est pas un concours, mais bien un lieu et un moment où chacun va pouvoir pleinement s’exprimer.

Et nous de comprendre immédiatement que nous serons ce soir des privilégiés.
L’organisation du discours musical est particulièrement élaborée. Chacun à son tour interprétera la thème, chacun assurera la rythmique ou bien encore les basses au Fender Rhodes, chacun se lancera dans d’impressionnantes et réjouissantes improvisations.
Un vrai et subtil dialogue va régner en permanence.

Boda boda, le titre fétiche d’Eric.
Après une longue et passionnante exposition, voici la jolie petite phrase musicale qui constitue le leit-motiv de cette pièce. L’arrangement et la mise en place sont impressionnantes.
Et nous de jubiler à écouter cette « petite ritournelle » déclinée de façon subtile et humoristique à la fois.
La dernière note commune du morceau arrivera après un long break qui ravit le public et amuse également les quatre pianistes.

Voici venir Moods, une longue et intense pièce calme puis plus agitée de M. Trotignon, qui se lancera dans un solo très lyrique, comme à son habitude.
Les trois autres lui assurent un tapis rythmique à la limite de la bossa nova.
Bojan Z. quant à lui a toujours une ou deux pédales d’effet, dont il va se servir un première fois à cette occasion. Les sons cristallins du Rhodes deviennent un peu étrange.


Barbados, d’un certain Charlie Parker, dans lequel nous comprenons très bien grâce aux huit mains la forme et la mécanique birdienne précède Zingaro, d’Antonio Carlos Jobim.
L’un des autres intérêts de ce concert est de mesurer l’éclectisme des quatre compères qui ne se cantonnent pas dans un seul domaine musical.

It could happen to you va peut être constituer le climax de la soirée. Pierre de Bethmann va nous régaler d’un magnifique solo, porté par Eric Légnini. (Les deux autres ont quitté la scène)

C’est d’une rare beauté. Tous sommes subjugués.

Il y aura également Seeds, de Bojan Z.
Un morceau qui lance quelques graines mélodiques, des graines qui vont lever pour arriver à une progression rythmique et harmonique à la fois subtile et colorée.

Un grand tube va suivre, toujours pour le plus grand plaisir des spectateurs.
Le célébrissime Caravan, de Duke Ellington, Juan Tizol et Irving Mills, va déclencher un tonnerre d’applaudissements.
Nous voyons combien les quatre s’amusent à jouer ensemble, et surtout combien ils se respectent, aucun ne cherchant jamais à tirer la couverture à soi.

Le dernier morceau constituera un hommage à Lyle Mays, le compositeur, pianiste, claviériste récemment disparu, grand collaborateur de Pat Metheny.
C’est l’élégant Chorinho, qui clôture ce grand concert dans une salve d’applaudissements on ne peut plus nourris, par les spectateurs qui se sont levés.

Deux rappels, quand même !

Un surprenant et jubilatoire arrangement de We are the Champions du groupe Queen qui étonne et ravit tout le monde.

Et puis nous nous quitterons avec Um Anjo, du compositeur brésilien Egberto Gismonti.
Un sentiment de sérénité envahit alors le chapiteau
Nous avons compris que nous avions vécu un moment intense et rare.

Marciac se souviendra longtemps de ce magnifique concert, de ceux qui comptent vraiment.
La grâce, vous dis-je !

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