12 Juillet 2022
Un événement !
Stanley Clarke a posé ses deux basses électriques Alembic, ses pré-amplis EBS, ses amplis Ampeg et sa magnifique contrebasse sur la scène du Théâtre Traversière pour deux soirées exceptionnelles.
Stanley Clarke ! Une véritable légende dans le monde du jazz-rock-fusion !
Celui qui en 1976, alors âgé de 25 ans, devait révolutionner le monde très fermé de la basse électrique avec la sortie du mythique album School Days : désormais, la basse ne serait plus cantonnée au seul rôle de support et d’assise rythmiques, mais deviendrait un instrument de premier plan à part entière, Mister Clarke jouant des lignes mélodiques intenses et passionnantes au même titre que tout autre soliste.
Grâce à lui et à une autre légende, un certain Jaco Pastorius, la vision de la basse électrique allait radicalement changer et évoluer. La révolution dans le monde des quatre cordes était en marche !
Stanley Clarke qui se définissait lui-même comme un contrebassiste qui joue de la basse a commencé par apprendre l’accordéon, le piano et le violoncelle, avant de passer à la taille au-dessus et au grave en dessous.
Cette approche pluri-instrumentiste expliquant sans aucun-doute le merveilleux lyrisme et le besoin de sortir du rôle de strict accompagnant.
A 70 ans, le musicien n’a plus rien à prouver.
Pourtant, il continue à tourner encore et toujours sur les scènes du monde entier.
Il faut à ce propos adresser un coup de chapeau à la Direction du Théâtre Traversière qui a réussi à inscrire dans sa programmation ces deux dates uniques en France cette année.
A ses côtés, un quatuor hallucinant de quatre impressionnants musiciens.
Comme un grand-père se souvenant que lui aussi a connu la célébrité et la renommée très tôt, Stanley Clarke s’est entouré de quatre très jeunes instrumentistes qui vont stupéfier chacun à leur manière les spectateurs.
Le plus âgé, le guitariste Colin Cook s’est vu fêter en direct hier soir ses 23 ans par le reste du groupe.
Dès le premier accord, après une introduction tout en délicatesse au clavier Prophet par le pianiste originaire de Chicago Jahari Stampley, une déflagration tellurique va atteindre le public.
Une véritable onde de choc va sidérer la salle.
Le son caractéristique compressé de la basse clarkienne, immédiatement reconnaissable, avec à la fois un grave profond et des aigus surboostés, ce son, va vous prendre aux tripes.
Stanley Clarke, celui qui a réussi très tôt à rendre son jeu immédiatement identifiable.
A ses côtés, le prodigieux batteur Jeremiah Collier, 22 ans !
Celui qui va associer une technique sidérante et hallucinante à une force de frappe à la dimension athlétique.
Ce jeune batteur filiforme frappe ses peaux et ses cymbales avec une vitesse, une rage, une sauvagerie, parfois, qui dépassent l’entendement.
Serait-on arrivé à la limite des possibilités techniques du jeu sur cet instrument ?
Tous les drummers amateurs présents dans la salle se regardent avec des yeux incrédules.
Le niveau sonore est fort, très fort, mais très précis. Les enceintes JBL sont mises à très rude épreuve !
L’association de la basse et de cette batterie furieuse va faire en sorte que les titres issus du dernier album en date résonnent de façon viscérale dans tout le corps des spectateurs qui n’en croient pas leurs oreilles.
Et puis vient le moment tant attendu, en tout cas par votre serviteur : le bassiste redevient contrebassiste.
Nous allons assister à un moment d’anthologie.
Une incroyable leçon qui elle aussi va se montrer passionnante et hallucinante.
Stanley Clarke, la virtuosité technique au service d’un grand lyrisme et d’un discours musical on ne peut plus dense et maîtrisé.
Là encore, il va falloir se pincer pour croire ce que nous voyons et nous entendons.
Les mains du musicien vont se transformer en espèces d’arachnides à la vélocité fulgurante, descendant et remontant à toute vitesse le manche pour la gauche, la droite pinçant, tirant, frappant même les cordes.
Il ira même jusqu’à slapper à la contrebasse.
Là encore le son de l’instrument est compressé, le musicien déclenchant et dosant directement l’effet grâce à une pédale posée sur un pupitre à sa droite.
Le jeu au pouce dans les extrêmes aigus déclenche des soupirs d’admiration et de désespoir des amateurs qui ne pourront jamais atteindre ce niveau de virtuosité.
Dans de grands moulinets à la Pete Townshend, il décoche de grandes envolées de flèches sonores.
Hallucinant, vous dis-je !
Durant tout le concert, Stanley Clarke va distribuer les soli, suivant avec une admiration non feinte la prestation des jeunots.
Ce sera notamment le cas lorsque s’exprimera le saxophoniste Emilio Modeste, qui à 22 ans a déjà une sacrée carrière derrière lui, tenant notamment le pupitre sax pour le regretté trompettiste Wallace Roney.
Il y a alors quelque chose de touchant de voir le grand aîné regarder ses cadets, apprécier leur jeu et leur virtuosité.
Standing ovation. Normal. On ne peut plus méritée.
Le rappel.
Le morceau que tout le monde attendait, qui a donné son totre à l’album évoqué plus haut.
School Days.
Le motif mélodique universellement connu est exécuté avec la deuxième basse, le riff claque dans les enceintes, Colin Cook et Emilio Modeste soulignant à la guitare et au sax le célèbre refrain instrumental.
Le public déchaîné et en transe est aux anges.
Un deuxième rappel nous sera offert.
Messieurs Clarke et Modeste, reviennent seuls sur le plateau du Traversière pour rendre un brillant et émouvant hommage à Waybe Shorter.
C’est magnifique.
Nous en resterons là, nous ressortons de la salle complètement abasourdis avec un sentiment de félicité et d’enchantement. Nous savons bien que nous venons d’assister à un concert rare.
Tous autant que nous sommes pourrons dire : " J'y étais ! "
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