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Laura Perrudin & Salami Rose Joe Louis en concert à Jazz in Marciac

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

La harpe et les machines : il était deux voix !

Ou quand la harpiste et chanteuse bretonne Laura Perrudin découvre par un des plus heureux hasards la musique de la compositrice et claviériste californienne Salami Rose Joe Louis.
Et quand la première, en résidence à L’Astrada de Marciac pour une totale carte blanche, invite la seconde pour un concert (pour le moment unique) dans cette magnifique salle de concert.

Influencées à la fois par le jazz, la soul, le hip-hop, comme il aurait été dommage que les deux demoiselles ne se rencontrassent pas !
Tout simplement parce qu’elle vont nous proposer une fascinante immersion dans un monde musical onirique, poétique et jazzistique.

En premier lieu, car il faut bien commencer quelque part, elles ont tout d’abord échangé des idées, des projets, des compositions par le biais des technologies modernes de communication, pour finir par se retrouver sur un plateau.
Comment faire autrement lorsque des milliers de kilomètres vous séparent…

Depuis quelques jours, elles sont donc enfin ensemble pour répéter et finaliser ce qu’elles vont nous offrir.

Sur la scène nous attendent une magnifique harpe chromatique et quantité de machines électroniques (claviers numériques en tous genres, synthétiseurs, beat box, expandeurs, loopers et autres pédales d’effets divers et variés).
Ainsi qu’une étrange caisse claire…

Un bourdon sourd au clavier. Un ostinato délicat, quelques cordes pincées à la harpe.

Laura Perrudin se saisit d’une imposante mailloche avec laquelle elle frappe le corps en bois de son instrument puis ses cordes pour créer une cellule rythmique.
Salami Rose Joe Louis quant à elle se lance dans de savantes nappes synthétiques et la production de sons un peu étranges.

Les deux musiciennes viennent de créer devant nous un passionnant support musical, un substrat sonore qui relève à la fois de la musique minimaliste et itérative.

Et nous d’être immédiatement captivés par ce que nous entendons et voyons.
Les deux musiciennes nous embarquent sans plus attendre dans leur monde délicat et éthéré.

Les deux voix réverbérées viennent alors se placer avec beaucoup de précision et d’à-propos sur cette base sonore.
Deux voix qui vont entrer en totale osmose, dans une cohérence totale, avec un texte souvent en anglais, avec parfois quelques accents björkiens, et des éléments vocaux eux aussi traités électroniquement.

Ce qu’elles nous donnent à entendre est d’une beauté à la fois profonde et subtile.
Parfois se répondant l’une l’autre, parfois en polyphonie, leur propos est toujours saisissant et passionnant.

Bien qu’elles soient entourées de machines électroniques sophistiquées dont elles se servent avec une grande virtuosité et dextérité, la musique des deux artistes est paradoxalement très humaine, très organique et viscérale.

Ces engins modernes sont commandés en direct par la main humaine.

La harpe, bien évidemment, même si les moyens d’en jouer sont parfois étonnants.
La main qui pilote les filtres électroniques, les modulateurs en anneaux, les oscillateurs, les formes d’ondes plus ou moins sinusoïdales des synthétiseurs, la main qui lance les samples et les loops.

Elles auraient pu enregistrer tout ceci et « ne faire » que chanter.
Il n’en est absolument rien.
Cette longue pièce musicale d’une durée d’un peu plus d’une heure, composée de six titres enchaînés aux différent rythmes, lents ou un peu plus enlevés, cette longue pièce musicale relève d’une alchimie et d’une dimension « artisanale et artistique ».
Nous voyons et surtout nous entendons la création se matérialiser en direct.

Oui, le jazz est bel et bien présent.
Sur une base solide harmonique solide et codifiée, dans un épatant dialogue, les deux amies improviseront, notamment lors du rappel, puisque de l’aveu de Laura Perrudin, «[Elles n’ont] pas encore beaucoup de répertoire. »

 

Jazz également puisque le dernier titre et ce rappel inviteront le groove dans le discours musical.
Un groove intense qui provoque des fourmillements dans les jambes des spectateurs.
Nous ne sommes alors pas loin d’un trip-hop dont la pulsation et le rythme viennent donner une autre couleur sur la palette générale du concert.

Et la caisse claire, alors ?
Les coups résonneront, et pourtant, aucune baguette ne viendra frapper la peau supérieure.
Encore la « magie » des triggers électroniques...
L’effet est à la fois surprenant et mystérieux.

Il faut noter la très belle prise de son de l’ingénieur son en façade.
Une restitution sonore qui met parfaitement en valeur les compositions de ce concert.

Les deux musiciennes seront chaleureusement applaudies, et ce n’est que justice.
Elles ont plongé l’Astrada dans un monde musical fait de grâce et de très originale délicatesse.
Cette heure a passé beaucoup trop vite !

J’attends avec impatience le premier album de ce duo on ne peut plus intéressant.
Laura Perrudin et Salami Rose Joe Louis.

 

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