29 Juillet 2022
Ibra est arrivé-é-éééééé,
Sans s’presser-er-eeeerrrrr,
Le grand Ibra, le beau Ibra,
Avec sa trompette et sa générosité.
Un nouveau projet pour Ibrahim Maalouf, qui décidément n’en manque pas.
Pour cette participation à la 44ème édition de Jazz in Marciac, le trompettiste a voulu rendre un hommage à Henri Salvador.
Salvador le facétieux, le désopilant chansonnier, mais surtout Salvador le musicien, le chanteur, le compositeur, l’artiste qui a marqué une époque.
Et qui a par conséquent marqué le petit Ibrahim, qui l’écoutait et le regardait à la télé, participant ainsi à édifier son patrimoine et héritage culturels.
Qui dit Henri Salvador dit inévitablement Quincy Jones. Les deux artistes ont réalisé un beau bout de chemin ensemble.
Qui dit Quincy Jones dit Big Band.
Et qui dit Big Band dit immanquablement notre Roll Royce à nous en la matière : le Keystone.
C’est à cette prestigieuse formation composée de brillants instrumentistes dont son porte-parole, le trompettiste David Encoh, qu’Ibrahim Maalouf a fait appel pour nous ravir avec les arrangements du grand Quincy.
Le premier titre sera chanté.
Le trompettiste voulait absolument commencer ce concert en interprétant de manière vocale Henri Salvador.
« Tenter des choses », telle était sa volonté, nous précisera-t-il.
Comme une évidence, il interprète la chanson Trompette d’occasion, dont les paroles ont été signées par un certain Boris Vian.
Nous sommes totalement conquis, avec un premier solo dans lequel nous retrouvons tout ce que nous aimons chez Maalouf : l’immense maîtrise technique, la douceur et la suavité des bas-mediums et des graves, les descentes de notes en quarts de tons, le souffle qui fait que l’on reconnaît immédiatement son phrasé.
Et nous de comprendre que nous allons assister à un très grand concert.
Un deuxième titre, plus instrumental, celui-là, Midnight will never die met une première fois en valeur le Big Band.
Et puis les surprises. Ibé nous avait prévenus.
La première, c’est la venue du rappeur Féfé qui va complètement bluffer les spectateurs avec deux chansons.
La première, peu connue, Quand je monte chez toi, dans laquelle il nous ravit : Féfé est avant tout un sacré chanteur. Bluffé, vous dis-je !
La deuxième, c’est le très attendu Blues du dentiste, qu’il interprète rejoint par le grand David Lynx, qui lui même enchaînera avec Le gars de Rochechouart.
Le duo fonctionne à merveille, nous rions, toujours grâce aux paroles de Boris Vian.
Place aux filles, maintenant avec deux guests féminins, et pas des moindres.
Kimberose et Sofia Essaïdi, s’il vous plaît !
Les deux artistes vont elles aussi ravir nos oreilles (et nos yeux…) avec Lil’ Darling de Count Basie (duo Kimberose et Mister Lynx resté encore un peu), et un magnifique duo Dans mon jardin d’hiver.
Nous sommes suspendus à leurs notes, tellement cette version est belle et délicate.
Un très grand moment du concert.
Miss Sofia poursuivra avec Le gosse, toujours écrite par Boris Vian. (lMC Maalouf aurait pu préciser d’ailleurs au public ce que le grand Henri devait à l’immense Boris. Ce sera pour les concerts suivants, assurément…)
Le Keystone s’emparera ensuite de deux standards de Quincy Jones, Airmail Special et Alice, faisant ronfler les cuivres, nous portant sur un petit nuage avec une rythmique infernale d’efficacité !
Dernier invité, et pas des moindres, Michaël Grégorio, qui se verra confier le soin de nous offrir une magnifique version de l’une de mes chansons préférées : Syracuse. (Paroles de l’immense poère Bernard Dimey.)
L’imitateur prend sa propre voix, pour devenir un crooner émérite.
Nous voici au pays du matin calme, mais pour mieux réserver un tonnerre d’applaudissements au jeune artiste.
C’est magnifique !
Il va falloir songer à se quitter avec un dernier instrumental, Je préfère la marche à pied, avec un dialogue de trompettes, celle dorée d’Ibrahim Maalouf et celle argentée de David Encoh. Trop court !
Un rappel épatant : Shame, shame, shame , où tous les invités font bloc autour de leur hôte, et dans lequel les musiciens se dépensent sans compter.
Et puis C’était hier, dans lequel nous serons priés de chanter, ce qui provoquera un grand moment d'émotion finale.
Standing ovation. Normal. Comme une évidence.
Peut-on laisser partir Ibrahim Maalouf de cette façon subite ?
Non, bien sûr que non.
En entendant nos applaudissements nourris et insistants, il revient. Seul.
Une chanson douce. Un moment de grâce sous le chapiteau.
Le musicien nous montre une dernière fois son lyrisme, sa virtuosité, sa capacité à faire sienne et à s’approprier une mélodie, la parant de notes toutes plus belles les unes que les autres.
Ces deux heures resteront longtemps gravées dans la mémoire des festivaliers.
Et dans la mienne !