28 Juillet 2022
Antoinette Trio ou l’invitation au voyage.
Le voyage géographique et temporel, bien entendu, avec cette inspiration d’origine lusophone, brésilienne.
Mais peut-être et surtout l’invitation au voyage intérieur, personnel à chaque spectateur.
Antoinette, ce sont trois musiciens qui vont nous proposer un jazz exigeant, certes, mais original et passionnant.
Aux flûtes, kazoo à coulisse et voix, Julie Audouin.
Arnaud Rouanet est aux différentes clarinettes, si bémol ou basse, ainsi qu’au saxo ténor, lui qui fit partie de la célèbre compagnie Lubat. Lui aussi va chanter.
Et puis à la rythmique guitare, c’est Antoine Leite qui s’y colle.
Une instrumentation qu’on ne rencontre pas tous les jours, mais qui va se révéler très intéressante.
Ces trois-là s’entendent comme larrons en foire pour distiller une musique issue du folklore populaire du sud, cette musique qui vient du plus profond des gènes humains, comme ce premier titre qui va tirer les spectateurs de leur torpeur post-repas du midi.
Ce premier titre, Napoli, écrit par Eduardo Mezzacarpo, le compositeur italien qui a tant écrit pour la mandoline, ce premier titre, ils vont se l’approprier pour en faire une version on ne peut plus intéressante, grâce à l’arrangement du pianiste Denis Badault.
Sur une base samba, nous comprenons immédiatement la complémentarité de la flûte et la clarinette basse, chaque instrument dans son registre, porté par le rythme assuré par le guitariste.
Ce rythme ralentit pour aboutir à une bossa-nova. Le propos et le discours musical m’ont fait penser à une pièce de Jean-Sébastien Bach, comme une fugue au contrepoint délicat.
Bach. Justement.
Leur adaptation de la célèbre Partita, entrelardée du Hit the Road, Jack, de Ray Charles, va ravir les spectateurs.
Trois disques sont même à gagner pour ceux qui auraient reconnu les deux compositeurs.
Une première occasion d’apprécier l’humour ravageur d’Arnaud Rouanet, qui provoque bien des sourires.
Le troisième morceau est une commande adressée au pianiste et compositeur Andy Emler.
Une pièce intitulée Free them all, qui va permettre de mettre en valeur la virtuosité des trois musiciens, (on sent évidemment l’importante formation classique de chacun), et leur capacité à se rire d’un jazz qu’on dirait free.
Cette pièce est une suite constituée de différents mouvements entrecoupés de petits moments drôles. La présentation de Monsieur Rouanet est tout sauf équivoque « il y aura tout plein de styles, tout plein d’imprévus. Soyez ouverts à tout, soyez naturels, continuez à bavarder. »
Effectivement, des petits moments de silence la tête en l’air avec la bouche bée, du skat, du beatbox avec la bouche, tout ceci ravit le public.
On reconnaît bien entendu le style tout à la fois intimiste et foisonnant d’Andy Emler, à l’écriture précise mais laissant des possibilités étonnantes, avec notamment des éléments percussifs créés par les instruments, et des moments d’improvisation laissés à l’envie des instrumentistes.
Des citations musicales seront glissées ici et là, pour la plus grande joie des spectateurs : la chanson Brasil, ou encore Bring on the Night, du groupe Police.
Puis, Julie Audoin change d’instrument : la flûte traversière cède la place à la flûte alto, les interactions et la échanges avec la clarinette basse revêtent alors de belles couleurs dans les notes graves.
Antoine Leite s’empare quant à lui d’une pédale looper pour créer une boucle, comme un leit-motiv un peu étrange.
Ce long morceau fut à la fois intense et enthousiasmant.
Puis, les trois musiciens vont nous faire taper dans les mains pour les accompagner dans leur skat, leur reproduction humaine jubilatoire d’instruments à percussion.
Toujours sur une base de bossa nova, une mélodie populaire est alors interprétée, dans une appropriation épatante.
Réaliser qu’on peut jouer de deux clarinettes en même temps, comme un aulos moderne, voir un guitariste siffler, voici ce qui nous attend.
Le dernier morceau, composé par Egberto Gismonti, [qui n’est pas mort, NDLR] poursuivra dans cette veine d’appropriation des musiques populaires.
Tout comme le rappel écrit par Julie Audoin, Cavalcade et Tarentule, qui donnera envie de danser à tout le monde.
Ce concert qui aurait peut-être gagné à être programmé un peu plus tard en journée provoquera néanmoins le réel enthousiasme du public.
Ce voyage dans la culture populaire avec cette capacité d’appropriation contemporaine est de ceux qui vous donnent envie d’écouter plus avant la musique de ce groupe, Antoinette Trio.
Un sacré beau concert, pour débuter la sixième journée du 44ème festival Jazz in Marciac !