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La magie lente

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Aucun spectateur ne peut se lever, une fois que Benoît Giros a définitivement rejoint la coulisse après son dernier rappel.
Il faudra attendre une bonne minute...

Parce que le comédien nous a donné une leçon de théâtre.
Une leçon de vie, également.


Impossible de retourner aussi rapidement à la réalité de la salle ré-allumée, après l'avoir entendu nous raconter et de quelle façon une histoire aussi forte, intense, et profonde.
La mise à nu d'un homme.

Une histoire qui touche à ce qui a fait et surtout a brisé un homme, un traumatisme de l'enfance qui a abouti à cette souffrance de ne pas savoir pour cet être humain qui il est vraiment.
Et puis l'histoire d'un long, douloureux mais salvateur chemin, qui va lui permettre une forme de reconstruction.
Un long processus psychanalytique.

Sigmund Freud avait coutume de dire « La psychanalyse est une magie lente ».

Denis Lachaud a écrit cette pièce en raison d'une commande qui lui a été faite : imaginer une pièce autour du thème de la schizophrénie.
Il ne connaissait strictement rien au sujet, et a procédé à de nombreuses recherches, dans différents hôpitaux. Le professeur Yves Sarfati, alors chef de service à l'hôpital Mignot de Versailles, a supervisé l'écriture de la pièce.

Bruno Louvier, le personnage principal, décide de changer de psychiatre.
Diagnostiqué schizophrène depuis dix ans, il sent bien que quelque chose ne fonctionne pas, dans ce diagnostic-là.
Le nouveau médecin réussir à faire émerger la pathologie bipolaire de son patient, au bout d'un long et libérateur chemin.

Mis en scène par Pierre Notte, Benoît Giros est cet homme qui souffre.
Durant une heure et dix minutes, nous allons suivre en accéléré le déroulé des séances psychanalytiques, les échanges entre le patient et le soignant.

Au fur et à mesure, nous allons comprendre.
Le comédien est bouleversant.
Nous allons nous rendre compte que la mise à nu du personnage n'est pas à prendre seulement au sens figuré.

Rien du traumatisme évoqué plus haut ne nous sera caché, ni épargné. Le personnage nous décrit tous les détails, horribles, sordides.
Oui, j'ai souffert. Parce que ce que le petit garçon a subi est impitoyablement raconté par le biais de la parole de l'adulte qu'il est devenu.
Une parole qui a forcément du mal à faire surface.


Bien entendu, je ne vous le décrirai pas plus en détail, ce traumatisme.
Benoît Giros, si.

Et c'est tant mieux.
Parce que ce crime qu'a subi le personnage durant l'enfance, ce crime, on en parle beaucoup, en ce moment. Mais presque comme une abstraction, une vue de l'esprit. On sait que c'est mal. Point.
Mais ici, les termes crus, sans aucun filtre et sans aucun détail tu, tout ceci nous permet de vraiment nous rendre compte.

En ce sens, la pièce de Denis Lachaud est vraiment une pièce consacrée à la parole. La parole qui raconte et libère.

La parole terrible, insoutenable, mais nécessaire, indispensable. Bien plus forte que les images.
Le théâtre permet de faire entendre cette parole-là.

Benoît Giros, est totalement seul, un stylo-objet transitionnel en permanence à la main.
Tellement seul qu'il assure lui-même les changements de lumières, les départs de différents sons et musiques, grâce à un déclencheur au pied relié à un système informatique.

Le metteur en scène Pierre Notte nous montre ainsi de manière habile la terrible solitude du personnage.

Mes voisins de siège et moi avions les larmes aux yeux, tout comme le comédien, à certains moments du spectacle.
Tellement ce qu'il nous dit touche au plus profond de l'identité humaine.

Cette pièce est un coup de poing infligé à chaque spectateur.
Un coup de poing nécessaire et qui ne peut laisser personne indifférent.

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