Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Maldoror

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Maldoror, un type avec qui on n'aimerait pas passer ses vacances.
Un être maléfique, mystérieux, « né méchant », nous précise même son auteur, Isodore Ducasse, plus connu sous le pseudonyme du Comte de Lautréamont.

Le livre Les chants de Maldoror, publié en 1869, puis en 1874, est une sorte d'épopée fantastique, en six parties, mettant en scène, et c'est le seul point commun à ces chants, ce terrible mauvais homme.

Le recueil passa totalement inaperçu au moment de sa publication, mais connut un vrai succès notamment ultérieurement grâce à sa re-découverte par les Surréalistes, qui le revendiquèrent comme une inspiration à leur mouvement.

André Breton citait souvent Lautréamont, notamment dans ses Manifestes du surréalisme.


C'est donc ce texte poétique certes, mais complexe, ardu, parfois hermétique (c'est mon avis...), qu'a choisi de dire sur la scène de l'Athénée Benjamin Lazar.


On sait son amour du répertoire du XVIIème siècle, avec les techniques anciennes de l'acteur (nous en reparlerons bientôt, il joue ici même en alternance une pièce de Cyrano de Bergerac), mais il a choisi avec sa compagnie de mettre en lumière tamisée les mots de Lautréamont.


C'est en costumes bleu à fines paillettes que le comédien apparaît sur le plateau...
Très vite, le cadre est posé...
Une ambiance lourde, parfois morbide (on ne peut pas dire que vouloir trancher les joues des jeunes enfants à coup de rasoir relève de la plus grande des gaudrioles...), nous saisit.

Ce qui va primer avant tout, c'est la grande musicalité des textes.
On sait que Lautréamont se servait de son piano pour écrire son œuvre. Une écriture musicale...
De nuit, il plaquait des mots sur des accords sonores, et peut-être réciproquement, au grand dam d'ailleurs de ses voisins.

Ici, les phrases dont je ne saisissais pas parfois le sens, malgré toute mon attention, les phrases dites par le comédien deviennent une voix musicale.


Un exemple de ces étonnants textes ayant séduit les Surréalistes : « Beau comme la loi de l’arrêt du développement de la poitrine chez les adultes dont la propension à la croissance n’est pas en rapport avec la quantité de molécules que leur organisme s’assimile... »

La mélodie des mots entre en parfaite résonance avec les œuvres musicales contemporaines de Pedro Garcia-Velasquez et Augustin Muller.


Une installation sonore fait en sorte que nous sommes complètement enveloppés par des sons étranges, des percussions lancinantes, ou encore des dissonances sévères mais passionnantes.

Les rétro-projections video en noir et blanc de Joseph Paris, elles aussi déstabilisantes sur un rideau translucide amovible viennent compléter le dispositif. (Des serpents, des paysages lugubres, des mains menaçantes qui caressent un dos, une multitude d'oiseaux, des marécages, etc...)

Benjamin Lazar, très peu éclairé et souvent en contre-plongée, est inquiétant.
Il m'a parfois fait peur.
C'est une vraie performance que de dire pendant une heure et quarante minutes un texte difficile (Cf la phrase ci-dessus.)

Il manipulera quantité d'objets étranges, se vautrera sur un lit en fer blanc sur lequel reposent quantité de fleurs en plastique, utilisera des morceaux de cartons noirs, se travestira en hétaïre plus ou moins éthérée...

Ce spectacle, qui peut déranger certains, (des spectateurs sont partis avant la fin de la représentation), qui peut être déstabilisant, est en tout cas fascinant.
Il faut vraiment se laisser porter par la musicalité du texte, les dissonances envoûtantes, ainsi que et surtout par le talent de Benjamin Lazar.

Ce spectacle est un très intéressant oratorio, étrange et perturbant, sombre et dissonant, pour une voix et quantité d'éléments sonores concrets.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article