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Le cours classique

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Joël Jouanneau et Sandrine Lanno ont adapté le roman de Yves Ravey, publié en 1995, pour en faire un spectacle de 1h40.
Etait-ce une bonne idée ?


Oui, car ce faisant, ils nous permettent de nous délecter, je pèse cet infinitif, à voir jouer deux merveilleux acteurs, Philippe Duclos et Grégoire Œstermann, avec notamment une scène de comédie d'anthologie.


Des spectateurs sont partis lors de la représentation d'hier au bout de quinze minutes.
Ils ont eu tort.

Il faut absolument attendre une heure, dans la chaleur de la salle Jean Tardieu, pour assister à cette scène épatante.


Mais de quoi s'agit-il ?
Dans ce roman de cent-trente-neuf pages, M. Bligh est professeur du cours classique d'acquisition du savoir dans le collège Trinité.

Il va nous apprendre la mésaventure arrivée récemment à M. Pipota, prof d'anglais « rasant les murs »,  ayant accompagné son collègue prof d'EPS et ses élèves à la piscine.
M. Pipota a revêtu un maillot de bain et un bonnet rouge qui le couvrent de ridicule.


Il plonge dans le bassin, et deux des collégiens décident de sauter sur lui pour le couler.
L'administration du collège ouvre une enquête : ont-ils voulu l'assassiner ?


Yves Ravey, ci-devant prof d'arts plastiques et de lettres en 1995, a réglé avec ce roman bien des comptes avec l'Education Nationale : apprentissage par les élèves de la soumission, dénonciation des mécanismes d'exclusion, toute puissance de l'administration, formation insuffisante des enseignants, etc, etc...

Ce qui va se jouer, c'est une opposition permanente mais feutrée, hypocrite, entre un enseignant représentant tout le corps professoral, et un « Censeur des études », suppôt de l'administration.

Grégoire Œstermann est ce prof principal, qui arrive dans un décor très réussi mi-piscine mi-salle de classe.
Il a la tenue du parfait enseignant, chaussant comme de bien entendu des souliers Méphisto, ces chaussures qui font dire au chanteur Guillaume Aldebert dans sa chanson « La rentrée des classes » qu'on comprend ainsi que c'est un métier diabolique.
Le comédien joue ce type qui a encore quelques illusions, qui y croit encore un peu, qui entretient des rapports assez ouverts avec ses élèves.
Ses évocations de ses années d'apprentissage du métier sont épatantes. Je n'en dis pas plus...

Philippe Duclos est quant à lui ce Censeur, ce représentant de l'administration.
Le comédien est excellentissime à jouer cette espèce de jésuite, (vous savez, ces types qui lorsqu'ils demandent leur chemin se voient répondre : n'insistez pas, vous n'y arriverez pas, c'est tout droit... )
Sa composition est phénoménale !


Ses petits sourires en dessous, ses regards chafouins, ses yeux qui se plissent, ses tons tour à tour compassés, autoritaires, paternalistes, doucereux, sa gestuelle qui rappelle celle de certains prêtres (ce collège Trinité est probablement un collège catholique sous contrat...), tout ceci est véritablement épatant. Un vrai bonheur ! Du grand art !

Et la fameuse scène arrive. Une scène de reconstitution du forfait.
Une vraie scène de comédie, dix minutes formidables, un moment d'anthologie, vous dis-je !
Armés de deux feutres, devant le plan de la piscine, les deux comédiens sont purement et simplement hilarants.

Il faut donc aller au Rond-Point pour voir jouer Philippe Duclos et Grégoire Œstermann !
Deux comédiens nous régalent !

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Et si l'on veut lire (est-elle donnée actuellement à Paris, je ne le pense pas...) une « vraie » pièce de théâtre très contemporaine consacrée aux terribles difficultés actuelles de concilier le pentagone Apprenant-Apprenti-Administration-Familles-Société, je vous conseille « Le principe d'Archimède » du catalan Josep-Maria Miro. (Curieusement, une piscine y tient également un rôle prépondérant...)
Cette pièce a d'ailleurs été lue à la Comédie française dans le cadre du Bureau des Lecteurs.

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