20 Novembre 2017
Il y a du « Children's corner »de Debussy, dans le tout début de cette « Petite soldate »-là.
Un monde joyeux où une écolière de huit ans rentre à la maison après l'école et se retrouve dans sa chambre avec ses jouets.
Une ode à l'enfance, en quelque sorte.
Et puis, rapidement, nous allons découvrir une enfance particulière. Une enfance dénuée de toute mièvrerie, une enfance engagée.
Une enfance confrontée à la mort.
Ce texte d'une grande délicatesse de l'auteure roumaine Mihalova Michailov, publié en 2013, va nous faire rencontrer Ami, cette petite fille de huit ans, qui vit chez sa grand-mère.
Sa mère n'est plus. Son père a refait sa vie avec une autre femme. Il a pensé qu'il serait plus judicieux que sa fille fût élevée par sa grand-mère.
Une situation émotionnelle et psychologique déjà difficile à supporter.
De plus, la mamie est à son tour mourante.
Ami va donc engager toute sa créativité, son inventivité, toute sa volonté, pour lutter contre la mort : elle veut devenir soldate, pour rejoindre une armée de poupées guerrières afin de défendre l'aïeule de la Faucheuse.
L'enfance, oui, mais une enfance militante, une enfance « politique » au sens noble du terme : la gamine veut agir, et non plus seulement subir !
Anne Hérold a mis en scène cette pièce de façon très subtile.
Nous sommes dans le monde enfantin et en même temps le propos est grave. Une gravité intégrée du point de vue d'une gosse de huit ans.
La metteure en scène a su faire ressortir ce double aspect du texte, avec des moments drôles, espiègles, et d'autres plus sombres, plus durs.
Sous une apparente facilité, elle a demandé beaucoup à sa comédienne.
Marguerite Courcier est parfaite, en salopette et sweat-shirt rose, interprétant cette écolière sortant de l'école.
Elle incarne cette drôlerie, cette apparente insouciance de bien belle façon, mais elle joue également formidablement, sans en avoir l'air, la dureté et la complexité de la situation psychologique de son personnage.
Melle Courcier incarne cette ambivalence très subtilement.
Pour illustrer la ferme et inexorable volonté d'Ami, Anne Hérold lui fera changer de « costume ». Elle enfile alors un chandail gris, avec un soldat de bois dans la poche-kangourou, (quel symbole...), elle dénoue ses cheveux, elle chausse des brodequins.
A l'attaque !
C'est vraiment très bien vu : en un clin d'oeil, nous comprenons qu'elle n'est pas qu'une petite fille idéalisée, naïve et insouciante.
Des soucis, elle en a !
La comédienne n'est pas seule sur scène.
L'accompagne à la clarinette Hugo Proy, véritable virtuose. (Je pèse ce dernier épithète.)
Il souligne musicalement la partition de la comédienne. C'est un parti-pris très judicieux.
Le doux son clair de l'instrument, le souffle du musicien, le clapotis des clefs viennent tour à tour illustrer eux-aussi le propos du texte.
C'est une pièce assez troublante, qui nous engage à réfléchir sur le devenir enfantin, sur le sens que l'on accorde à son futur.
Un enfant est un adulte en devenir, ce n'est pas un être idéalisé, coupé des réalités du monde.
Anne Hérold et sa comédienne ont su traduire de bien belle façon sur scène ce texte d'une portée universelle.
C'est un vrai beau moment de théâtre.