11 Avril 2025
Crisse de crisse de Tabarnak ! Tsé, v’là l’cousin d'la Belle Province qui vient nous conter sa lamentable condition humaine !
Dans un désopilant et très malin seul-en-scène, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques (c’est son vrai nom...) nous parle d'une façon bien à lui d’un sujet qui lui tient vraiment à cœur : lui-même.
Lui et ses relations avec les autres. A la fin de ce spectacle, nous aurons compris qu’il y avait de quoi.
Sur scène, pas de lointain au mur de briques couvert de tags, pas de lumière énervées servies pas de multiples projecteurs-robots asservis.
En attendant que l’artiste arrive sur scène, pas de rap plus ou moins de bonne qualité…
Nous comprenons en pénétrant dans la salle du Théâtre de la Contrescarpe que nous n’assisterons pas à un stand-up « traditionnel ».
Sur scène une guirlande de roses et un tabouret de bar.
Dans les enceintes acoustiques, le Nocturne N°1 en Sib mineur, Op.9 de Joseph Nagy.
Et puis le costume trois pièces de très bonne facture de l’artiste ne nous laisse plus de doute. Nous n’aurons pas droit aux sempiternelles histoires de banlieues et de Kaïras.
Dur dur d’être HPI !
Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques, l’amoureux de mots, qui lui permettent de communiquer mieux qu’avec son corps et ses émotions est donc un Haut Potentiel Intellectuel.
C’est lui qui nous le dis, je ne trahis aucun secret professionnel…
Il en donnera une définition hilarante, de ces trois lettres en vogue. Je vous laisse évidemment découvrir…
Le comédien donne immédiatement le ton.
Au moyen d’une écriture remarquable, précise, imagée, acérée et surtout très drôle, il nous embarque dans sa vie, en commençant par son enfance avec ses parents historiens d’art.
Ce garçon aime, adore écrire, c’est évident !
Et nous de faire connaissance avec le petit Philippe-Audrey, lui qui est emmené faire un voyage estival qui consistera à visiter les cent-soixante-huit principales cathédrales européennes, et ce, à l’âge de cinq ans…
L’homme est un véritable conteur.
Les mots dans sa bouche prennent toute leur saveur, d’autant que nous autres spectateurs tombons encore et toujours sous le charme de l’accent québécois, si chantant et si évocateur.
(Il est à noter qu’il pourra parfaitement s’en défaire, pour les besoins de certains moments du spectacle…)
Vont donc se succéder des petits moments de la vie de l’artiste qui se tient devant nous, et ce durant presque une heure et vingt minutes.
Les transitions entre les différents « épisodes » ou sujets de la causerie sont subtiles et presque imperceptibles.
Tout est fluide, tout est millimétré.
Et puis surtout, tout est drôle !
L’homme possède une solide vis comica, une sacrée force comique, sous ses airs de pince-sans-rire permanent.
Il possède l’art d’amener une chute, de laisser en suspens un effet pour mieux rebondir, il sait prendre à parti l’auditoire, il sait rebondir sur l’actualité, il sait occuper l’espace scénique.
Peut-on dans un seul en scène citer Musset, Bergson, Beckett, Garou, Pascal, Shakespeare, Baudelaire, Flaubert, Hugo, ou encore Danton ? (Toi aussi, trouve l’intrus…)
Oui, lorsque comme Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques on possède une solide culture et l’amour immodéré des livres, acquis tout petit dans la bibliothèque de l’école dans laquelle il passait pas mal de temps pour échapper au harcèlement.
Différents sujets vont nous provoquer de nombreux rires.
L’art de voguer en Optimist', celui de rouler en monocycle à pédales dans les rues crevassées de Montréal, les bienfaits de la cocaïne enchaînés avec l’émission Secrets d’histoire de Stéphane Bern (ce moment du spectacle est hilarant…), une pensée pour le médecin qui a réalisé le toucher rectal de Charles III d’Angleterre, les jeux olympiques d’hiver ou comment inventer des sports dangereux, avec une vanne extraordinaire sur les paralympics…
Voici quelques unes des causeries qui vous attendent.
Mais il y a autre chose.
A travers ces plaisanteries et ces narrations très drôles, pointe une véritable philosophie humaniste. Bien souvent, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques nous convie à faire preuve de plus d’empathie et de compassion les uns envers les autres.
Fraternité, tolérance et respect de l’Autre sont des sujets qui reviennent souvent sous couvert de vouloir nous faire beaucoup rire.
« Moi, il faut me tolérer, avant de m’aimer ! », nous prévient-il. Une forme d’autodérision et « d’auto-lucidité » règne également en permanence, comme une sorte de décalage jubilatoire, ce qui n’est pas si courant que cela dans le petit monde du seul-en-scène.
Comment s’étonner qu’avec ce spectacle, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques ait reçu en 2024 deux Oliviers (l’équivalent de nos Molières) ?
Il faut absolument assister à ce spectacle spirituel au possible, intelligent, érudit même et surtout très drôle.
C’est vraiment brillant !
(Et oui, je connais vraiment de par mon métier un bobeur, M. Larrue-St-Jacques...)
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