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Alex Vizorek, ad vitam

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Quand Alex Vizorek fait son théâtre d’art et décès.

Ad vitam. Ou comment la mort devient prétexte à rire. Beaucoup rire.
Un rire intelligent, sain, nécessaire, salvateur et salutaire.

Et je ne dis pas cela parce que je fais partie du meilleur des publics de one-man-show, celui qui est venu ce 25 novembre au théâtre Edouard VII applaudir l’humoriste. (Ce n’est pas moi qui le pense, c’est Monsieur Alex, c’est vous dire si c’est vrai.)

La camarde, la faucheuse, la moissonneuse, la faneuse.
La mort est donc le sujet principal de cette causerie non pas au coin du feu, mais à celui de six gros projecteurs asservis posés sur la scène, qui participeront au décor du spectacle.

Nous sommes immédiatement mis dans le bain en entrant dans la salle, avec une succession de citations littéraires consacrées au thème de la soirée, des citations projetées à jardin et à cour, de part et d’autre d’un rideau de fins fils blanc.
Des citations émaillées parfois de commentaires eux aussi écrits du traitement de texte de celui qui ne va pas tarder à faire son entrée, grandiose et ombreuse.

D’habitude, une entrée sur scène, dans un one-man, c’est au son d’une musique éclatante, rythmée, tonitruante, destinée à mettre de l’ambiance.
Ici, il y aura bien une musique, mais tout autre.

En l’occurrence La jeune fille et la mort, le Quatuor n° 14 en ré mineur D 810, de Schubert, sur laquelle Alex Vizorek, qui, une fois le rideau de fils traversé dans une posture et une démarche très messianiques, va superposer un extrait du poème de Charles Baudelaire, le mort joyeux.

« Ô vers ! Noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux 
»

Le cadre est posé. Il reste à donner le ton.
Le ton, ce sera celui de textes ciselés, écrits avec le talent qu’on connaît à celui qui participe grandement à faire monter l’audience de France Inter. (là, c’est Mediamétrie qui le dit…)

Sur la forme, nous allons assister durant presque une heure et demie à une succession de variations sur le thème, des sketches aux transitions très réussies.
Mis en scène comme dans son premier spectacle par Stéphanie Bataille, l’humoriste sera une sorte de conférencier venu nous informer de son rapport à la mort et nous inculquer tout son savoir en la matière. La vidéo tiendra une grande place dans la scénographie du show.

Sans être exhaustifs, les sujets abordés seront nombreux et variés, et très documentés.
Mais surtout, surtout, ces sujets seront traités de manière hilarante.
Oui, hilarante, parce que l’homme possède ce talent finalement pas si répandu que cela de faire fonctionner à plein régime les zygomatiques de ses contemporains.

Bien entendu, la tentation serait grande de vous détailler tous ces moments plus drôles les uns que les autres, mais bien entendu, il me faut vous laisser découvrir tout ceci sans spoiler le spectacle.

Philosophie, écologie, Histoire avec un grand H, histoire de l’art, étude comparée des religions, économie (les adeptes de l’analyse SWOT sont alors en transe…), statistiques, sociologie, sémiologie, mais aussi sexualité et reproduction sont au programme de ce cours sur la mort pas du tout mortel.

L’homme est spirituel, subtil, assumant pleinement ses jeux de mots, même s’il s’en défend un peu.
Il sait parfaitement tenir son public. Ses effets sont savamment amenés, les chutes tombent à point nommé, avec souvent un petit air de les regretter, comme s’il se rendait soudain compte de l’humour noir et de la drôlerie contenus dans ses propos.

De nombreuses et excellentes vannes déclenchent les rires et fou-rires des spectateurs.
Ma préférée, celle de la Vierge Marie, inventeuse du…….. (Cf mon avertissement contre toute tentative de spoiler le spectacle…)
Puis, les oreilles de PPDA, Gad Elmaleh et Michel Drucker ont dû siffler.
C’est vachard, mais qu’est ce que c’est bien vu, et qu’est-ce que c’est drôle !

Les passionnés de mime animalier seront eux aussi à la fête puisque bien des créatures nous seront croquées, comme par exemple cette magnifique évocation de la …………………….. qui ..........................  ou encore le formidable portrait du …………………… , sans oublier cette inoubliable imitation de la …………………… . On en redemande !

Nous autres spectateurs seront grandement mis à contribution.
Certains seront même gentiment provoqués, apostrophés, toujours dans un esprit joyeux et festif.
A ma connaissance, les parents du troisième rang venus avec leur petite fille en ont toujours la garde.

Quant aux disciples d’Heidegger (qui aurait pu se lancer dans le télé-achat) ou d’Epicure, c’est bien simple, ceux-là mêmes qui ont choisi depuis longtemps leur camp, ceux-là exultent devant les portraits et les théories de leur apôtre préféré.

Et puis, cerise sur le gâteau, chacun repartira chez lui en sachant vraiment qui il est. On dit merci qui ?

 

Mais que c’est bon de rire, par les temps qui courent, que c’est bon de pouvoir nous moquer de nous-mêmes par le biais d’un artiste qui a compris qu’on pouvait et qu’on devait rire de ce qui nous attend tous, à un moment ou un autre.
Rire, c’est comprendre, c’est réagir, c’est intégrer, c’est exorciser. Aussi.


Ne manquez surtout pas ce spectacle des plus réussis, de ceux dont on ressort en ayant l’impression d’être un peu plus intelligent qu’en rentrant, tout en ayant ri à gorge déployée.
C’est exactement ce dont nous avons besoin en ce moment, M. Vizorek !

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