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[Reprise] Les Ritals

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Une autre reprise très attendue, au Lucernaire.
Quand Bruno rencontre François.
Quand Bruno Putzulu nous donne une leçon de théâtre en adaptant pour le plateau la très riche et merveilleuse langue du grand, de l'immense Cavanna.
Quand ces deux-là vous font rire, pleurer et au final applaudir à vous en rougir les mains.
Allez voir et revoir ce spectacle qui a du cœur. Enormément. Passionnément !
Voici ce que j'écrivais en 2
020.
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Quand Bruno rencontre François.
Quand un comédien nous donne une leçon de théâtre en adaptant pour le plateau la très riche et merveilleuse langue du grand, de l'immense Cavanna.
Quand ces deux-là vous font rire, pleurer et au final applaudir à vous en rougir les mains.

Tout avait commencé à Toulouse, voici un peu plus de deux années, par une lecture musicale de ces Ritals, organisée par la revue locale « Radici ». L'un de ses membres, Rocco Femia eut l'excellente idée de réunir Bruno Putzulu, dont le père naquit en Sardaigne, et l'accordéoniste Grégory Daltin, rejeton d'un papa trévisan.
La lecture terminée, il fut alors logique, comme une évidence, de continuer à dire et jouer sur scène les mots du co-fondateur de Hara-Kiri et Charlie.
Mario Putzulu signerait la mise en scène.

Sur scène, justement, une table recouverte d'une toile cirée, aux grandes fleurs. Trois chaises.
Une simple ampoule éclaire le tout.

Deux hommes entrent à cour. L'accordéonniste et un petit garçon.
Ce petit garçon, c'est François, qu'incarne Bruno Putzulu.
À jardin, un bleu de travail. Une veste d'ouvrier suspendue des cintres.

Le comédien va nous raconter, certes, l'enfance de l'écrivain, il va incarner la vibrante humanité qui émane des personnages du roman, mais il va surtout mettre en évidence et en tout premier lieu la qualité de l'écriture de Cavanna.

Une écriture et un style avant tout proches de l'oralité.
Une écriture limpide, sans chichis, une écriture aux formules singulières, uniques, reconnaissables entre toutes et au lyrisme humaniste.

Les mots de Cavanna le fin lettré, le passionné de littérature, ces mots-là passent en effet remarquablement au gueuloir.

Bruno Putzulu va nous les dire et les interpréter de façon merveilleuse, ces mots.


Il va incarner de façon remarquable et bouleversante les personnages du roman.
Le jeune François, bien entendu, mais également son père, une mère-maquerelle, un instit, des copains, Jojo, et j'en passe.

Les passages inoubliables du livre nous sont mis en images et en voix, avec des scènes remarquables, drôles ou bouleversantes...
Le père qui se mouche, les deux copains sur leur vélo, le verre de vermouth, le banquet des garibaldiens, le départ de la maison, et bien d'autres...

Le comédien fait vivre ces saynètes avec une énergie folle (la chemise est trempée à la fin du spectacle), avec une formidable délicatesse, ainsi qu'une incroyable appropriation.
Lui aussi, son papa était italien et sa maman française, là-bas, dans l'Eure.

Il prend des accents, des intonations, des mimiques réjouissants. C'est bien simple, les spectateurs ont en face d'eux tous les personnages qu'ils connaissant bien, pour la plupart.

Il imite les célébrités citées dans le roman. Je n'en dis pas plus, c'est très réussi et drôlissime.

Moi, je dois l'avouer, je pleurais, en voyant ce petit garçon marcher au bras de son père, ne sachant pas qui était le plus fier des deux.
Bouleversant, vous dis-je...

Et puis bien entendu, Bruno Putzulu nous dit la condition, les tourments, les difficultés de l'Emigré, cet être humain qui a dû quitter sa terre natale pour s'installer ailleurs.
L'ailleurs souvent hostile, l'autre part qui vous juge, vous méprise, vous accuse de venir manger le pain local.

Tout ce qui nous ramène à notre actualité, l'immigration des Ritals d'alors ayant fait place à celle des Algériens, Marocains, Tunisiens...

La cathophobie d'alors (le passage du livre est évoqué sur le plateau) ayant fait place à l'islamophobie de maintenant.
Rien de nouveau sous le soleil... Hélas...


Et nous de comprendre l'engagement de Cavanna : « je n'ai plus jamais supporté que l'on humilie quelqu'un », nous dit Putzulu.

Mention est faite également du remerciement adressé aux instituteurs qui ont fait en sorte d'enseigner et de communiquer la passion des bouquins au petit François.

Un accordéoniste talentueux, en l'occurrence hier, Aurélien Noël, fait beaucoup plus qu'accompagner le comédien.
C'est un complice, incarnant lui aussi différents personnages.

Le duo fonctionne à la perfection.


Bruno Putzulu terminera le spectacle en s'appropriant et en adaptant cette phrase du roman : « J'étais parti pour vous raconter les Ritals, je crois qu'en fin de compte, j'ai surtout raconté Papa ».

 

Papa.


C'est un spectacle qu'il ne faut surtout pas manquer.
Un spectacle qui a du cœur.
Enormément. Passionnément.

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