Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Lorsque l'enfant paraît

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Quand Frot fait de la Frot, quand Fau fait du Fau !
Et c’est exactement pour cette raison qu’on les adore, ces deux-là !
Ces deux qui nous donnent une nouvelle fois une magistrale leçon de comédie.

Mais quelle bonne idée a eu Michel Fau de nous faire redécouvrir cette comédie d’André Roussin !
Une formidable comédie de boulevard écrite en 1951, dont le thème principal résonne furieusement à nos contemporaines oreilles.
Des oreilles qui entendent ici et là des informations inquiétantes : dans certaines parties du globe, plus ou moins éloignées de l’hexagone, le droit des femmes à disposer de leur corps est remis en question. Avorter redevient trop souvent illégal.

Oui, le sujet de cette pièce est bel est bien l’avortement, ce qui surprit à l’époque bien des directeurs de théâtre, frileux à l’idée de la monter chez eux. Frileux étant un euphémisme.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, Charles Jacquet, ci-devant secrétaire d’état à la famille vient d’obtenir la fermeture des maisons closes et le durcissement des peines sur les délits d’interruption volontaire de grossesse.
Las ! Sa vision du monde bascule lorsque son épouse, Olympe, lui apprend qu’elle est enceinte de ses œuvres, alors que le couple a déjà deux grands enfants en âge de se marier.
De plus, Jacquet découvre que sa propre secrétaire est enceinte de son fils Georges.

A partir de cette situation de départ, André Roussin va dérouler une succession d’événements qui vont ébranler le couple Jacquet : leur conception bourgeoise de l’existence va s’en trouver toute chamboulée.

L’auteur excelle en effet à brosser le tableau de cette famille qui va à la messe tous les dimanches (à 11h45 apprendra-t-on), qui vit encore pratiquement comme au XIXème siècle, et qui ne comprend pas que la société est en train d’évoluer de façon inéluctable.
A coup de formules hilarantes et ciselées qui font mouche à tous les coups, André Roussin tendait (notamment à une partie des spectateurs de l’époque) un miroir impitoyable d’un monde vieillissant.
Paradoxalement, au risque de me répéter, ce tableau redevient parfois d’une troublante et navrante actualité.

Catherine Frot et Michel Fau, donc.
Un véritable régal.
Tous les apprentis comédiens devraient venir les voir.
Comme ne pas s’émerveiller devant leur vis comica, que l’on connaît, évidemment, mais qui à chaque fois me sidère et me fascine.

Catherine Frot est donc cette Olympe, prototype même de la grande bourgeoise parisienne du milieu de XXème siècle, qui va voir vaciller toutes ses certitudes morales.

La comédienne est à nouveau magnifique. Purement et simplement !
Sous la houlette du metteur en scène Fau, elle a placé le curseur à son exacte position. Parfois, sous l’emprise de certains directeurs d’acteurs, je trouve qu’elle a tendance à en faire un peu trop.
Ici, elle est formidable !
C’est un pur bonheur de la voir sur scène, de se lancer dans des envolées quasi lyriques, de jouer l’abattement, le découragement ou au contraire l’enthousiasme et l’excitation.


Ses ruptures, ses changements de rythmes, ses suspensions sont des modèles du genre.
Elle excelle, elle brille à interpréter la mauvaise foi de son personnage et la condescendance vis-à-vis de la bonne de la maison.
Dans ce registre précis, elle m’a fait penser à mon héroïne absolue dans ce registre, l’immense Jacqueline Maillan.

 

Michel Fau lui aussi nous comble.
Le comédien nous fait beaucoup rire, avec l’étendue de la palette qu’on lui connaît.
Son rôle d’hypocrite au plus au point est irrésistible.


Les nombreux duos entre ces deux grands des planches sont absolument formidables, de ceux que l’on devrait étudier en les visionnant et revisionnant encore.
Une magistrale leçon, vous dis-je !

Un autre comédien est lui aussi excellent.
Je veux bien entendu parler Maxime Lombard qui campe un grand-père Jacquet d’une troublante modernité, affirmant que c’est la Jeunesse que l’on devrait aider, à savoir ses petits enfants plus que ses enfants.

Le rire d'Hélène Babu est épatant. La comédienne apporte une belle touche d'émotion à la toute fin de la pièce.
Quant à Sanda Codrenu, elle incarne de façon la plus convaincante qui soit la domestique de la famille.

Il me faut mentionner la très belle scénographie de Citronelle Dufay.
Son salon en perspective forcée est très réussi, et va permettre au fur et à mesure que les actes se succèdent « à l’ancienne », avec fermeture systématique du rideau entre deux, de faire visualiser aux spectateurs ce monde qui se termine.

Il faut aller à la La Michodière applaudir Catherine Frot et Michel Fau dans leurs œuvres !

Et que les défenseurs des membres de l’espèce animale Oryctolagus cuniculus, que ceux-là se rassurent : les expériences évoquées dans la pièce sont passées de mode...

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article