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La claque

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Enfin un spectacle qui fait claque boum hue !

Mais que c’est bon de rire à gorge déployée durant une heure et trente minutes de son temps !
Grâce à Fred Radix et ses deux camarades de plateau, Alice Noureux et Guillaume Collignon, nos zygomatiques vont être mis à rude épreuve.

Cette pièce burlesque aborde un sujet rarement traité au théâtre, et peut-être pour cause : la claque.
La claque, c’était (je n’ose plus croire qu’elle existe encore), c’était donc ce groupe de spectateurs payés pour applaudir (ou huer) un spectacle, et ainsi influencer le reste de la salle et les critiques.
Le procédé ne date pas d'hier, puisqu'il existait déjà dès l’Antiquité. Il nous est rappelé au tout début de la pièce que l'empereur Néron en était un grand adepte.

Fred Radix a donc eu une formidable idée : transformer tout le public en « chatouilleurs », « commissaires », « pleureurs » ou « rieurs », les quatre grandes catégories de « claqueurs ».
(Votre serviteur a campé un « rieur » qui s’est fait remarquer. J’étais fier ! )

Nous voici en 1895, vingt sept ans après la construction de la Gaîté-Montparnasse.
Auguste Levasseur, chef de claque de son état, est confronté à un redoutable problème : sa claque l’a abandonné.
Il va charger Henri Dugommier et sa sœur Fauvette Dugommier de trouver des remplaçants.
Ces remplaçants, ce sont nous autres, tous les membres du public.

Bien entendu, dans un premier temps, il va falloir nous entraîner.
Campant un Levasseur pédagogue de l’applaudissement, maître de l’interactivité, Fred Radix est impayable. Epiègle, jouant avec nous, nous provoquant gentiment (la « dame à l’arthrose » du premier rang se souviendra longtemps de sa soirée), nous apprenant le dur métier de claqueur, il nous fait énormément rire.
Nous, nous ne ménageons pas notre peine à applaudir frénétiquement plus ou moins en rythme, à huer ou à encenser les comédiens.

Puis, vient la répétition proprement dite du spectacle. La fameuse tragédie de l’Odyssée de Balbuzar.
La pièce prend alors un ton très proche des célèbres Branquignols, emmenés naguère par Robert Dhéry et Colette Brosset.

Les trois compère vont nous ménager une furieuse et délicieuse série de facéties, de gags en tous genres, de jeux de mots ou encore de remarquables scènes de comédie qui font mouche à tout coup.

Ces trois-là ont une sacrée vis comica.
Je n’en finirais pas de vous citer les hauts-faits de chacun.
Je citerai néanmoins cette magnifique scène très réussie dans un tunnel où Mademoiselle Noureux va se retrouver aux prises avec l’écho. C’est drôlissime.
La comédienne va beaucoup nous amuser, avec son personnage plus ou moins naïf de sœur sous la coupe de son suspicieux de frère.

Alice Noureux est également une musicienne accomplie. Nous l’allons vite constater.
En effet ce spectacle est également musical !
Avec son accordéon, elle va à elle seule remplacer le grand orchestre prévu par la production de cette odyssée. 

Guillaume Collignon lui aussi va nous faire beaucoup rire.
Le comédien est hilarant en assistant-larbin besogneux et surtout souffre douleur du chef de claque.
Ses accents, ses ruptures, ses mimiques, sa gestuelle souvent alambiquée, ses déguisements impromptus sont jubilatoires !
Lui aussi se saisira d’un instrument de musique, en l’occurrence un euphonium. Là encore, sa façon de jouer les notes de basse (les fondamentales des accords joués par l’accordéon) provoquent bien des sourires.

Et puis, bien entendu, Fred Radix est aux commandes.
Ce sera le clown blanc, aux prises avec ses deux augustes sur la scène, et tous les spectateurs-claqueurs.

Le comédien est parfait dans ce personnage de dandy décalé, confronté à bien des moments d’adversité.
Il chantera, bien, très bien même, le rôle de Balbuzar. (Toutes les compositions sont de lui.)
Pince-sans-rire, il déclame ses alexandrins volontairement de mirliton qui servent à faire avancer l’action.

Fred Radix aura beaucoup sifflé dans sa vie. (Je parle évidemment de l’action de produire un son en soufflant en allongeant les lèvres. Entendons-nous bien...)

Une nouvelle fois (on se souvient de sa pièce Le siffleur), il nous démontre son grand talent en la matière.

C’est également lui qui signe la mise en scène.
Avec un rythme haletant, sans aucun temps mort, il ne nous laisse pas le temps de respirer.
Les scènes s’enchaînent avec une grande fluidité. Nous sommes en permanence embarqués dans un tourbillon scénique. (La scène chorégraphiée du lustre-balançoire est très réussie.)

Je n’aurai garde d’oublier de mentionner les très beaux costumes de Delphine Desnus, qui eux aussi contribuent pleinement à la réussite de cette entreprise artistique.
Cette pièce est en effet dotée d’une très belle dimension esthétique, costumes et scénographie confondus.

Ne manquez surtout pas ce moment de théâtre hi-la-rant !
Ce spectacle spirituel, désopilant, burlesque, intelligent et malin au possible est de ceux qui se dégustent sans modération aucune.
Vous aussi, allez apprendre à claquer !

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