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[Reprise] Mademoiselle Else

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Une rentrée théâtrale, c'est aussi la reprise de grands succès pour qui il a manqué des représentations afin d'accueillir tous les spectateurs séduits par la critique et le bouche-à-oreilles.
C'est le cas pour ce magnifique seul en scène, dans lequel, mise en scène par Nicolas Briançon, Alice Dufour, impressionnante, force le respect et l'admiration.
Le spectacle est repris au Poche-Montparnasse.
Voici ce que j'écrivais en septembre 2020.

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Question : vous accepteriez, vous, de vous montrer entièrement nu·e à un vieil « ami de la famille », en échange de 30.000, voire 50.000 €, une somme qui permettrait à votre papa chéri de ne pas se retrouver derrière les barreaux ?
Je vous laisse un peu de temps pour réfléchir...

Tel est le contrat, le pacte quasiment faustien qu'Arthur Schnitzler soumet à son héroïne.
Un bien cruel dilemme va ainsi se poser à sa Mademoiselle Else, qui aura recours à un terrible moyen pour respecter sa part du marché. Tanatos n'est jamais très loin d'Eros...

Else, c'est une jeune fille de 19 ans, appartenant à la riche bourgeoisie viennoise. Elle est insouciante, ingénue, espiègle, Else.
En bon « médecin des corps et des âmes », psychanalyste avant l'heure, Schnitzler va nous faire pénétrer dans le cerveau de la demoiselle.

Ainsi, nous allons découvrir son rapport à la sensualité, à la sexualité.
C'est le thème principal de la pièce : une femme nous évoque son rapport au sexe. Appelons donc un chat un chat !

Les grands auteurs sont faits pour être chahutés.
C'est ce qu'a bien compris l'adaptateur du texte et le metteur en scène Nicolas Briançon, qui nous propose un grand et magnifique moment de théâtre.

Il a en effet choisi de transformer cette pièce à plusieurs personnages en un seule en scène d'une heure et demie.
Si ça fonctionne ? Au delà de toute espérance.

Nicolas Briançon, on connaît bien sa capacité et son talent à diriger un certain nombre de comédiens sur un plateau, son art consommé de « remplir » très précisément, au millimètre près, un espace scénique des corps de ses acteurs.

 

Il nous prouve ici qu'il peut également faire la même chose avec une seule comédienne.
Il signe ici une mise en scène inspirée, utilisant totalement les possibilités « topographiques » de la salle du bas du Poche-Montparnasse.

Comment donc a-t-il pu faire en sorte d'adjoindre à son Else tous les autres personnages de la pièce ?

Différents moyens sont utilisés : voix off, ombres mouvantes, superbes images vidéo que l'on doit à Olivier Simola ou encore adresses au public.
Un public qui pour l'occasion joue également un rôle : celui des clients de l'hôtel où se déroule le drame.

Tout ceci est très judicieux, intelligent. Nous savons en permanence où nous en sommes, sans jamais être perdus.

Et puis Mademoiselle Alice...
Alice Dufour.
L'envoûtante, l'ensorceleuse, la sensuelle, la magistrale Alice Dufour, qui va nous donner une leçon d'interprétation.

M. Briançon, vous remerciera-t-on jamais assez d'avoir eu la merveilleuse idée de proposer le rôle à celle que vous transformâtes récemment en Mrs Forsythe (Patti-Pat...), dans Le canard à l'orange ?

C'est bien simple, son interprétation force le respect et l'admiration.

Sa progression dramatique, sa transformation de jeune fille insouciante, en apparence ingénue, en être humain culpabilisant de façon ambigüe, en proie à la fois à son propre dégoût mais également au désir plus ou moins refoulé, tout ceci relève du grand art.

Ses ruptures, qu'elles soient textuelles ou physique sont jubilatoires. (La scène où elle est retenue par une main imaginaire est épatante.)

Il est impossible de lâcher du regard la comédienne, même lorsqu'elle sort du plateau.
Elle hypnotise la totalité du public.


Alice Dufour vient de la danse.
Son interprétation va également passer par le corps, l'un des outils principaux du métier.
Elle investit tout l'espace de ce corps, avec grâce et sensualité.

Le climax est atteint lors d'une scène sublime, nécessaire.
Une scène d'une incroyable beauté, élaborée de façon simple et sophistiquée, une scène si naturelle et pourtant si érotisée.

Melle Dufour sera ovationnée lors des saluts, les applaudissements résonnant en rythme.
Ce n'est que justice. Magistrale, vous dis-je !

 

Il faut également saluer le travail de Michel Dussarat qui signe des costumes magnifiques, très « années folles ». Chapeau ! (Cloche, le chapeau...)

Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas : ne manquez surtout pas cette version à plus d'un titre étonnante et si réussie d'une des œuvres phares d'Arthur Schnitzler.
Une version qui fera date, n'en doutons pas !

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