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De l'ambition

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

De l’ambition, encore de l’ambition, toujours de l’ambition !
Et le monde des ados sera sauvé !

Vraiment ? Ce serait donc si simple ?

Yann Reuzeau nous interpelle de bien belle façon, comme il sait si bien le faire.
Oui, le monde de l’adolescence est un monde qui nécessairement est un monde destiné à voir sa fin arriver un jour. Beau, ou moins beau, d’ailleurs, ce jour…

Avec le regard de « dramaturge-sociologue » qu’on lui connaît, l’auteur-metteur en scène ausculte ce délicat moment de l’existence, un moment de fin, précédant un commencement difficile, un avenir de plus en plus complexe, que ce soit en terme de choix de projet de vie, de métier (Ah ! Les références de la pièce à Parcours-Sup…), de décisions sociales (l’abandon du groupe de potes), mais aussi des rencontres humaines et amoureuses…
Un moment où la dérive des sentiments peut vite arriver, un moment où la mauvaise colère peut rapidement prendre le pas...

Avec ce texte édité dans la prestigieuse collection Actes-Sud papiers, j’ai retrouvé l’acuité du propos de Reuzeau.

Tout comme dans Les témoins, (un état des lieux du journalisme), une pièce qui succédait à Chute d’une nation (un pays tombait aux mains de l’extrême-droite), l’auteur va nous mettre face à un miroir sociétal, avec évidemment un rappel de notre propre expérience, mais également une projection dans le quotidien de ces jeunes de 17/18 ans que nous côtoyons tous, tous autant que nous sommes.

Ces jeunes gens, au nombre de cinq en l’occurrence, nous les trouvons dès notre entrée en salle dans leur classe. Ils attendent une prof dont nous n’entendrons que la voix.
Au tableau, des caricatures, quelques formules de math (très peu) et des pensées définitives. « La prof pue la mort », ou encore « On s’emmerde ».

Pour interpréter ces cinq personnages, Yann Reuzeau a eu la bonne idée de procéder à un casting de très jeunes comédiens (leur âge ne doit pas beaucoup dépasser celui de lycéens de terminale), fréquentant tous encore une école de théâtre.

Ce choix était risqué mais le résultat de ce parti-pris est tout à fait concluant.
Les cinq épatants comédiens-comédiennes sont tous d’une justesse irréprochable et nous embarquent de façon formidable dans ce monde de l’adolescence finissante.

Tous ont réussi à triompher de la gageure et du piège que leur tendaient leurs personnages respectifs : ces cinq personnages sont en effet des « ados-type », au caractère bien trempé, tous différents des uns des autres, comme autant de portraits psychologiques représentatifs.

Il était alors important et donc difficile de ne pas tomber dans des caricatures, de jouer « sur le fil », de montrer une vérité sans jamais tomber dans l’excès.
Dire et jouer les choses sans en faire ni trop, ni trop peu.
Ici, c’est pleinement le cas.

Gaia Samakh est Léa l’altruiste, celle qui veut aider tout le monde et résoudre tous les problèmes de la Terre.
La comédienne est impressionnante d’engagement, de force de jeu.

Dans la dernière scène, elle sera bouleversante, son personnage ayant dû déchanter suite à une triste et dramatique expérience.

Gabriel Valadon interprète quant à lui Jonathan se définissant comme rebelle, froid et disant, appartenant paradoxalement à ce groupe de cinq copains.
On ne peut qu’être passionné par sa façon de jouer ce garçon renfermé, sa capacité à brosser cet ado qui a choisi ses propres règles pour avancer.

Parvaneh, l’élève d’origine iranienne, est très finement campée par Inès Weinberger, qui nous fait parfaitement comprendre les difficultés d’une jeune femme musulmane actuelle, tiraillée entre sa foi et l’envie de vivre comme ses camarades de classe.
Mademoiselle Weinberger met très bien en évidence ces difficultés sociétales auxquelles les générations précédentes n’étaient pas forcément confrontées.

Julian Baudoin est Elliott. Lui aussi est parfait dans le rôle de ce jeune qui exprime à sa manière l’angoisse de voir le groupe se séparer dans un avenir très proche.
Son runing-gag concernant le choix d’un hypothétique métier est très drôle.

Et puis c’est Clara Baumzecer qui se retrouve dans la peau de Cécile l’introvertie, celle qui vit dans son monde, dans ses rêves, dans ses histoires, celle qui ne veut pas qu’on lui parle.
Le rôle est très délicat. La comédienne est elle aussi impressionnante, nous sommes véritablement scotchés à ce qu’elle nous dit et révèle.

Oui, il va falloir suivre attentivement le travail de ces cinq jeunes comédiens et comédiennes.

Le metteur en scène Reuzeau s’est appuyé sur la très jolie scénographie de Goury, à base d’éléments de décor se transformant, nous faisant nous retrouver dans une classe, dans une chambre, dans un salon lors d’une soirée, ou encore à la cantine.

Il a su mettre en images et en espace ses propres mots, avec de très beaux moments, comme cette scène d’amour à la fois pudique et sensuelle, à l’image des deux protagonistes, ou encore cette scène de rêve dans laquelle les fantasmes de Cécile sont dévoilés. (Coup de chapeau au passage à Elsa Revol qui signe des lumières très signifiantes.)

Je vous recommande vivement ce spectacle maîtrisé de bout en bout et qui ne peut laisser personne indifférent.
Un spectacle où le fond le dispute à la forme en terme de réussite.

Et Jeff Bucley de nous vanter les mérites de son Lilac Wine…
When I think more than I wanna think
I do things I never should do
I drink much more that I oughta drink
Because it brings me back you

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