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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Magma en concert au festival Django Reinhardt

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Magma.
Les six griffes dorées en arc de cercle.
L’un des logos les plus connus de la scène musicale française, et ce, depuis cinquante ans.

La mythique formation menée aux baguettes par son créateur Christian Vander, après avoir fêté son demi-siècle d’existence par le biais d’une tournée européenne, est toujours sur la route.
Une route qui conduisait la troupe musicale pour la première fois au festival Django Reinhardt ! Une route qui la mènera au Japon en octobre prochain.


Magma.

Cinquante années de musique zeuhl et kobaïenne.
Cinquante années que Vander martyrise ses batteries Gretsch et ses cymbales Zildjian, toutes lestées de gueuses en fonte tellement les coups sont portés avec force.


Christian Vander au set immédiatement reconnaissable avec les huit fameuses cymbales, dont deux immenses China au diamètre impressionnant derrière lui.


Vander, le batteur aux ailes de papillon de nuit, tellement ses bras virevoltent à toute allure dans ses solos hallucinés.
Encore et toujours.

Magma.
Cinquante années de longues et intenses compositions envoûtantes, enivrantes, qui plongent le public dans de longues et profondes transes.

 

© Photo Y.P. -


On ne peut comprendre la musique de ce groupe si l’on s’arrête à la seule batterie.
Magma, c’est avant tout la voix.
Les voix.

Ce postulat est réaffirmé par le line-up de ce concert.
Sept chanteurs et chanteuses se retrouvent sur scène, (huit quand le patron s’emparera d’un micro, délaissant pour un moment ses baguettes).

Emmenés par Stella Vander, la muse, l’inspiratrice, Hervé Aknin, tous les deux aux lead vocals, Isabelle Feuillebois, Caroline Indjein, Sylvie Fisichella, Laura Guarrato et Thierry Eliez, qui officie également aux claviers, tous vont interpréter, et de quelle façon les textes un peu étranges de cette langue élaborée naguère.
Une langue faite pour être chantée.

Une magnifique pâte sonore faite de grands clusters d’accords vocaux va monter, telles des volutes poétiques parfois délicates et éthérées, parfois féroces et appuyées, avec toujours une impressionnante précision : les techniques vocales lyriques sont irréprochables et magnifiques.
Impossible de ne pas avoir des frisons dans le dos, en entendant ces polyphonies complexes, d'une grande précision harmonique.

Mais les voix peuvent être également traitées à la manière de percussions : des notes courtes, presque des cris, peuvent prendre le relais, martelant une rythmique vocale de braise.

Que ce soit dans ces deux registres, ce qui se passe sur le plateau est toujours passionnant.

Nous allons retrouver les grandes moments qui ont fait la carrière de ce groupe dont forcément, le personnel a évolué avec les années. (Sébastien Vidal, le directeur artistique du festival rappelait aux plus jeunes qu'un certain Didier Lockwood avait pratiquement débuté sa carrière avec Magma.)

Des départs, des arrivées, des retours, le personnel "Magmaïen" a beaucoup changé, sans pour autant perdre son âme.


Thierry Eliez, donc, aux claviers, à jardin, Simon Goubert, au piano Nordlead à cour.
Eux aussi contribuent bien entendu à la dimension onirique de l’entreprise artistique, grâce à des nappes synthétiques étranges, des arpèges cristallins, ou le son sinusoïdal si clair façon Moog.

Eliez a composé plusieurs des nouveaux titres qui seront interprétés, et qui figureront sur le prochain album.


A la Gibson noire, Rudy Blas, Jimmy Top officiant quant à lui à la guitare basse cinq cordes. Parfaits tous les deux.
(Les soli communs à la note près entre le guitariste et Stella Vander, sont magnifiques !)
La technique du « petit » Top est elle aussi sidérante !)

Et puis le patron.
Un fauve, au regard perçant.

Celui qui est à l’origine de tout, celui qui depuis toutes ces années, est une figure incontournable de la scène jazz.
Vander l’inqualifiable, Vander, celui que l’on ne peut ranger dans aucune catégorie tellement il les transcende, tellement ce qu’il joue est personnel.

Une nouvelle fois, même à 75 ans, ce type va sidérer et enthousiasmer toute une foule de fans inconditionnels.
Ce grand musicien, si sensible sous ses traits bourrus, capable de tant de technique instrumentale, de tant d’onirisme, va une nouvelle fois partager avec son groupe une dimension organique, viscérale.
Magma, ça vous prend aux tripes, ça vous emporte on ne sait trop où, mais ça vous emporte.

© Photo Y.P. -


Celui qui fut remarqué et marqué par Elvin Jones, est encore et toujours aussi étonnant.
Ses coups sur les cymbales à la fois portés et retenus, si caractéristiques, sont hallucinants, ses mouvements de bras, ses breaks, ses délicats frisés, roulements, ses descentes de fûts provoquent toujours autant l'admiration.

Vander, qui, lorsque vous lui parlez, avant de monter sur scène, vous évoque encore et toujours l’Inspirateur, le Maître absolu aux marches de géant, et dont il mit presque deux ans à se remettre de la disparition : John Coltrane.

Le batteur magnifique nous interprétera un autre hommage à Irène, sa mère. Un morceau composé en 1979.
Une ballade délicieuse et presque « brésilienne », avec une grille harmonique sonnant parfois à la manière d’Antonio Carlos Jobim.
Tous retenons notre souffle, l’émotion est là, palpable.

Dans un rappel d’une beauté saisissante, le patron en combinaison noire délaissera son instrument pour venir sur le devant de la scène, et chantera de sa voix puissante et étonnamment toujours très claire, une autre splendide ballade.

C’est à chaque fois un plaisir rare que de retrouver sur un plateau la furieuse délicatesse, la folie si contrôlée, le maelström si intense et merveilleux de ce groupe unique en son genre, qui depuis un demi-siècle enchante tant de fans dans le monde entier !

Magma. Le mythe !

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

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