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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Love songe thérapie

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

When Sigmy meets Willy.

 

Ou quand Nedy fait se rencontrer sur le plateau du Lucernaire les mécaniques shakespeariennes et freudiennes, et ce, dans l’intérêt même des PME françaises !

 

Dois-je le rappeler, le répéter, le marteler ?

Je suis un fan inconditionnel du travail de Ned Grujic, qui possède à mes yeux cette merveilleuse capacité à nous montrer Shakespeare d’une façon limpide, claire et évidente pour tous.
Et musicale, aussi !
Ou comment M. Grujic parvient à concilier ses deux domaines artistiques de prédilection : ce Songe sera avant tout une comédie musicale.
Ah ! Décidément, cet homme devrait vraiment écrire « Monter Shakespeare pour les nuls », dans la célèbre collection jaune et noire.

On se souvient ici même de mon enthousiasme vis à vis de sa version du Marchand de Venise, ou encore de son spectacle Hamlet ou la fin d’une enfance.

Oui, M. Grujic puise aux sources mêmes de l’œuvre du grand William pour en tirer à chaque fois de passionnantes, intelligentes et réjouissantes adaptations.
Ce sera encore cette fois-ci le cas, avec cette délicieuse et musicale version du Songe d’une nuit d’été.

 

Nous voici donc dans la salle de détente de cette petite entreprise, dont le boss vient d’avoir une riche idée : engager un certain Dr Puckerman, afin de résoudre les problèmes de couples qui font baisser la productivité et l’attractivité économique de la boîte.
Un couple fusionnel, un autre avec un homme volage et un troisième qui se dispute la garde de son enfant.

Vous voyez où Ned Grujic a voulu en venir ?
Le bon toubib Puckerman est un avant tout un hypnothérapeute de grande renommée.
Il va plonger tout ce petit monde, ces six personnages en quête de hauteur, dans un sommeil à la fois profond et réparateur.
En route pour Athènes et ses forêts alentours !

C’est Raphaël Sanchez qui pénètre le premier sur le plateau de la salle rouge du Lucernaire, pour se diriger vers son piano.
C’est en effet lui qui a composé la très belle partition de cette adaptation musicale.
Oui, grâce à lui, les sept personnages vont chanter Shakespeare. Et danser, également, sur les chorégraphies de Julia Ledl.

Les sept vont nous régaler de leurs talents multiples : comédiens, chanteurs, danseurs, tous vont nous réserver bien des surprises savoureuses et de grands moments.


La belle et minimaliste scénographie de Danièle Rozier va permettre de montrer l’illusion, la magie et les mystères shakespeariens : les grands arbres généreront bien des transparences, révélant ou non les actions et les secrets en cours.

Il me faut également mentionner ici les jolies lumières de Véronique Guidevaux et
Alexandre Delabie, qui participent elles aussi à l’ambiance féérique de la pièce. Les scènes des fées luminescentes sont très réussies.

Et le club des sept, donc !

Le metteur en scène a su réunir sur le plateau une troupe de jeunes, très jeunes artistes qui vont nous enchanter.
Oui, purement et simplement nous enchanter.

Sur scène, va régner durant cette heure et quarante minutes un délicieux tourbillon qui va nous emporter, nous embarquer dans ce célèbre songe.

On sait la propension du metteur en scène à ne jamais laisser retomber le soufflé.
Ici, une énergie de tous les instants règne, l’engagement de tous est total, nous sentons bien en permanence le plaisir de jouer ensemble, la joie de dérouler pour nous autres spectateurs cette histoire à nulle autre pareille.

Grâce aux belles mélodies de M. Sanchez, tous prouvent leur talent de chanteurs, tous rompus à l’exercice et au métier difficile de la comédie musicale.
Ces chansons, à la fois délicates et exigeantes du point de vue harmonique et mélodique, très souvent en duo, parviennent parfaitement à restituer le propos shakespearien.

Bien entendu, tout le monde attend au tournant Ned Grujic, pour l’une des plus célèbres scènes de toute l’œuvre du Barde : le théâtre dans le théâtre, la tragédie de Pyrame et Thisbée vue par les artisans-comédiens amateurs et bras-cassés.

 

C’est bien simple, ce que nous allons voir et entendre est hilarant !
Mais qu’il est bon de rire, de hurler de rire, même !
Tous dotés d’accent divers, les comédiennes et comédiens sont drôlissimes.

En fermant les yeux, Julien Rouquette m’a fait penser à Maïté (celle des ortolans et des anguilles), Janis Palu à Karl Lagerfeld, Simon Gallant au feu québécois « MonRené », les autres prenant un accent de cagoles méditerranéennes digne de feu Plus belle la vie.

La scène du mur est absolument hilarante ! Margaux Lloret est drôlissime !


Vous avez tout l’été pour venir applaudir à tout rompre ce remarquable spectacle, comme ce fut mon cas pour cette première.
Une ovation attendait en effet cette fine équipe, une fois la lumière rallumée.
Un tonnerre d’applaudissements on ne peut plus mérités.

C’est intelligent, c’est malin, c’est très drôle.
C’est William Shakespeare. C’est Ned Grujic !

Et sinon, vous reprendrez bien un peu de curcuma  ?

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