Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

J'ai trop d'amis

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Ouech ! David Lescot passe la 6ème !

C’est la rentrée scolaire. Et pas n’importe laquelle.

Celle qui voit les ex-écoliers devenir des collégiens. Les grands du CM2 se retrouvent alors dans la peau des petits nouveaux de 6ème.

 

Une première question va se poser au héros de cette histoire : la 6ème, oui, mais laquelle ?

Sera-t-il affecté dans une classe en compagnie de ses potes de l’an passé, ou se retrouvera-t-il entouré de parfait inconnus, et devra-t-il tout recommencer à zéro afin de se constituer de nouveaux copains ?

Et comment se faire de nouveaux amis alors que l’on n’est pas forcément des plus populaires ?

Et surtout que l’on ne dispose pas de cet outil indispensable des temps modernes : le téléphone portable !

 

La popularité. Le charisme. Cette étrange capacité à se faire apprécier et aimer.

Voici le thème majeur que David Lescot va ausculter, à travers le prisme de ces néo-collégiens.

 

Un David Lescot qui pourrait « se contenter » de monter des spectacles on ne peut plus réussis pour les grands, mais qui propose aux petits de devenir des spectateurs de théâtre, les confrontant très intelligemment au monde qui les entoure.

 

Ici, dans cette évocation d’un important tournant de vie, la parole est donnée exclusivement aux enfants, même si en l’occurrence, je pourrais utiliser le terme de « pré-ado ».

Ici, il va s’agir d’écouter trois jeunes gens qui vont nous proposer un véritable miroir sociétal.

 

Il y a un formidable mélange de Goscinny et de Matt Stone, dans l’écriture et la démarche de celui que je considère comme l’un de nos plus importants dramaturges.

Cette écriture de celui qui nous prépare une nouvelle comédie musicale est particulièrement incisive et maîtrisée.

L’auteur Lescot parvient à s’adresser à son jeune public en ayant poussé le curseur sa juste position : aucune mièvrerie, aucune caricature gratuite, beaucoup d’humour, des références culturelles assumées, tout ceci permet à tous de rire sainement et d’en tirer beaucoup d’enseignements.

Les clins d’œil à South Park sont épatants. (Ah, les capuches de sweat-shirts ne laissant apparaître qu’un seul petit bout de visage...)

 

Cependant, si ce spectacle s’adresse tout d’abord aux jeunes spectateurs, il n’en reste pas moins vrai que le propos interpelle tous les grands, ceux qui accompagnent les petits ou ceux qui sont venus seuls, comme votre serviteur...

Et puis bien entendu, la résonance est grande en ce qui concerne le métier même de comédien : que ne ferait pas un acteur pour devenir le plus rapidement populaire ?

 

De l’écriture au plateau, ou comment matérialiser des lieux, collège, classe et maisons familiale, avec une très éloquente économie de moyens et un parti pris minimaliste lui aussi totalement assumé.

C’est une grosse boîte qui nous accueille sur le plateau de l’Espace Cardin.

Un grand parallélépipède rectangle en bois qui va astucieusement servir d’espace de jeu et figurer tous les endroits où se déroule l’action.

Ce sera également une sorte d’espace contenant, protecteur, duquel surgira notamment le petite sœur du héros.

Un volume-scène, avec ouvertures secrètes et dispositifs astucieux permettant aux comédiennes de jouer, de changer de costume, d’apparaître-disparaître.

La scénographie de François Gautier Lafaye est très réussie, très originale et confère une dimension poétique à cette entreprise artistique.

 

Trois comédiennes, en alternance, incarnent les personnages de cette histoire.

Trois adultes qui jouent avec de troublantes justesse et vérité ces enfants, nous faisant totalement et immédiatement oublier qu’elles sont des grandes.

Et ce, dès la première réplique, dans le noir, de Elise Marie, qui interprète avec un engagement total le héros-narrateur.

Lia Khizioua Ibanez, la petite nouvelle de la compagnie du Kaïros aura un double rôle : l’ineffable Basile, clone de Kenny McCormick, dans le dessin animé évoqué un peu plus haut.

Elle sera également Clarence, le leader se donnant des airs de kaïra.

La comédienne m’a fait beaucoup rire et m’a ému en interprétant ce personnage de « dur » qui se vieillit volontairement, mais qui au fond joue encore au Uno et possède encore une peluche sur son lit.

 

Et puis Martine Verstraten joue notamment la petite sœur du héros, avec un long texte hallucinant. (La petite sœur commence seulement à parler…)

« Mé ma apra sava pa bozoin fé la sietze, et sé domache pateu ma apra sa déza domi à la mézon, mé apra des zanfan i santé « la la la la » tré tré for et ma za u tré tré tré mal à la tête... »

Et les tirades dans cette langue « approximative » sont très longues.

La comédienne chantera également sous les traits et la perruque flamboyante de Coralia le célèbre tube Ton style.

Elle sera également Marguerite, LA fille de l’histoire. Sans oublier un personnage drôlissime apparaissant pendant de très courts mais très intenses moments. (Et non, vous n’en saurez pas plus…)

 

Au final, tout le monde se régale à suivre les péripéties de ces collégiens.

Nous rions énormément, chacun à son niveau de lecture, chacun en retire ce qu’il a à en retirer.

Les cinquante minutes passent décidément trop vite.

 

Ce spectacle intelligent, malin, totalement maîtrisé que ce soit sur le fond ou la forme, ce spectacle est de ceux qu’il serait dommage de laisser aux seules jeunes têtes plus ou moins blondes.

---------

Le texte de la pièce est édité chez Actes-Sud, illustré par Anne Simon.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article