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Tout feu tout femme

© Photo Y.P. -

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Dans la série « On ne change pas une équipe qui gagne », elle persiste et signe, et ce, pour notre plus grand bonheur.


Elle, c’est Emeline Bayart, qui, dans la lignée de ses spectacles passés ou en cours, à savoir Affreuses, divines et méchantes, à l’Opéra Comique, ou D’elle à lui au Kibélé, elle, c’est Emeline Bayart qui nous a dégoté de nouvelles pépites du répertoire issu du caf’conc’.

Avant d'aller plus avant, je vous rappelle que Melle Bayart est nommée aux Molières 2022, dans la catégorie Meilleure comédienne dans un théâtre public. (On se souvient de sa formidable prestation dans "On purge bébé", qu'elle avait également mis en scène !)

Une nouvelle fois, au Petit-Poche Montparnasse, elle va nous ravir, nous enchanter et nous faire hurler de rire, en nous embarquant dans cette vingtaine de chansons qu’elle interprète comme personne.

Ces chansons, ce seront encore de drôles de petits morceaux de vie, avec pour héroïnes des femmes souvent confrontées à ce mystère étonnant qu’est le couple.
En trois minutes, paroliers et chansonniers connus ou oubliés, de la fin du XIXème siècle à nos jours ont dépeint avec un humour assumé, au premier, deuxième voire troisième degré et plus la gent féminine, et ont brossé des portraits de leurs contemporaines souvent aux prises avec les mâles.

Dans la catégorie des paroliers célèbres, nous allons retrouver par exemple Jean Nohain, Francis Blanche, Brigitte Fontaine, Anne Sylvestre ou encore le poète Jean Richepin.

Mais qui se souvenait de Jamblan, Gallope d’Onquaire ou bien Richard O’Monroy ? (Je vous avoue quant à moi que sans le dossier de presse et Wikipedia…)


Je le dis, je le répète, je le maintiens : en Emeline Bayart, je retrouve à chaque fois que je viens la voir sur scène, la grande, l’immense Jacqueline Maillan.
Les deux artistes ont en commun cette grandiose vis comica, cette force comique hors du commun qui fait que déjà, sans trop rien faire, dès leur arrivée sur le plateau, par leur charisme, leur puissance, elles provoquent déjà un premier sourire.

Et puis, par la suite, comme la grande Jacqueline, elle parvient par son maintien, son allure, ses mimiques, ses gestes, à camper de manière hilarante des personnage divers et variés, mais toujours de façon précise, avec cette capacité à faire mouche à tout coup.

 

Ses postures, ses ruptures, ses œillades, ses yeux révulsés, ses adresses au public et à certains spectateurs du sexe que l’on ne dit pas beau, sa propension à utiliser toutes les possibilités topographiques de la salle, tout ceci force le respect et plonge la salle dans une délicieuse félicité.
 

De très grands moments nous attendent encore une fois.

Des moments de comédie, certes, mais surtout des moments musicaux.

 

« Si j’osais, je dirais que ce n’est pas de l’opéra, mais que c’est très bien chanté », écrit la comédienne avec beaucoup d’humour et de clairvoyance dans sa note d’intention.

On le sait, et ceci finit par devenir un pléonasme, Emeline Bayart est une chanteuse de grand talent. (Pour être invitée à se produire à l’Opéra Comique, il faut quand même maîtriser à un certain niveau l’art vocal, et ceci est un euphémisme !)

Une nouvelle fois, de sa voix et son timbre clairs, avec une vraie puissance ou de délicats pianissimi, elle met son grand talent au service de la drôlerie de ces chansons, qui deviennent sous sa voix et son interprétation, des petits saynètes qui déclenchent l’hilarité générale.

 

Elle commence bille en tête avec Notre petite compagne (Je suis la Femme, on me connaît...), de Jules Laforgue sur la célèbre valse de Waldteufel.
Le ton est donné !

Parmi les nouvelles trouvailles, nous écouterons notamment la merveilleuse chanson Je suis décadente (la concierge gamberge), de l’ineffable Brigitte Fontaine, Ca n’se voit pas du tout, d’Anne Sylvestre, Lisandre, ça fait peur aux oiseaux (une chanson de 1911, interprétée alors par Edmond Clément), ou encore T’aurais pas dû, créée dans les années 50 par Lucienne Delyle.

 

Et puis les fidèles, pour leur plus grand bonheur, vont retrouver les « tubes » inscrits au répertoire de la chanteuse-comédienne : La gérontophile (merci Bernard Joyet), (« Mignonne allons voir si l'arthrose point d'effets libidineux! »), La tour Eiffel, avec ses double-sens et ses sous-entendus coquins, ou encore Je suis pocharde, qui verra le champagne couler à flots !

Je ne vous livre pas toute la liste, à vous de découvrir les autres petits bijoux.

 

Comme à l’accoutumée, La demoiselle est accompagnée par un pianiste-complice, qui lui aussi, en plus de l’accompagnement musical, participe pleinement à la dramaturgie.
An alternance avec Manuel Peskine, c’était ce soir Simon Legendre qui nous régalait de son talent.

(C’est lui aussi qui interprétera en solo un autre incontournable moment très attendu. Un moment polyglotte ! Et je n’en dis pas plus…)

Durant ce spectacle, Emeline Bayart va nous témoigner également une autre facette de son immense palette, en se montrant bouleversante. Le rire fait place à une réelle émotion.

Ses larmes sont réelles, et nous, nous n’en menons pas large non plus…
Ce sera le cas notamment dans cette chanson-hommage au théâtre et aux théâtreux, emprunté une nouvelle fois à la très regrettée Anne Sylvestre.

 

Vous l’aurez compris, il faut vous ruer toutes affaires cessantes au Poche-Montparnasse.
Ce nouveau spectacle de Melle Bayart est de ceux qui font beaucoup de bien, de ceux dont on ressort le cœur léger et avec tout plein d’images et de notes délicieuses en tête !

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