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SCUM Rodéo

© Photo Y.P. -

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Et… Coupez !

Du manifesto au rodéo.
De Manhattan à la Reine Blanche.
De la rue à l’arène.

1967.

Valérie Solanas publie à compte d’auteur un véritable brûlot féministe intitulé SCUM Manifesto, qu'elle vend dans la rue.

Manifesto, on voit peu près, mais SCUM ?

SCUM : le rebut, la lie, la crasse.
SCUM :  "Society fur Cutting Up Men", une société pour châtrer les mâles.

 

En quelques mots comme en cent, Valérie Solanas est finalement assez simple : « Renverser le gouvernement, éliminer le système monétaire, mettre en place l’automatisation et détruire le sexe masculin. »
Rien que ça.

Dans ce petit opuscule qui est à la radicalité féministe ce que la kalachnikov AK-47 est au lance-pierre, celle qui sera condamnée à trois ans de prison pour avoir truffé un certain Andy Warhol de trois balles, celle-là échafaude toute une théorie.

Dans une démonstration certes on ne peut plus extrémiste, qui certes parfois relève du plus ignoble fascisme, Miss Solanas analyse finalement assez lucidement la domination exercée par la gent masculine sur les femmes, domination relevant du plus ancestral patriarcat.

Pour elle, tous les moyens les plus extrêmes seront bons pour éradiquer purement et simplement tous les mâles de la planète.


Dans un premier temps relevant du registre scientifique, voire universitaire, le texte va se politiser à outrance pour théoriser ce féminisme absolutiste, et va même s’orienter vers un côté science-fiction, au futur assez simple, un côté qui va engendrer une certaine forme d’humour.

C’est ce pamphlet étonnant et détonant que la metteure en scène Mirabelle Rousseau et la comédienne Sarah Chaumette ont eu la bonne idée de porter sur un plateau de théâtre.

Bonne idée, excellente idée même, car elles sont parfaitement parvenues à mettre en avant la fulgurance, la radicalité sans concession, la vision absolutiste et jusqu’au boutiste de Valérie Solanas.
Portées par la très actuelle traduction du livre par Blandine Pélissier, qui appelle une chatte une chatte, les deux complices vont nous asséner une véritable claque.
Au public, en général, mais surtout aux spectateurs masculins dont votre serviteur en particulier.

 

Nous allons assister à une conférence.
Le pupitre surmonté d’un micro nous donne déjà un indice sur la forme que va prendre le spectacle, et quand la conférencière pénètre par le fond de la salle, plus aucun doute ne plane : allure sévère, chignon retenu par un crayon, petites lunettes sur le bout du nez, Sarah Chaumette commence à dire le texte.

Elle annonce immédiatement la couleur : tel un spécialiste médico-légal qui relève d’un coup d’un seul le linceul d’un cadavre pour sa reconnaissance par les proches, dans le but d’infliger le moins de douleur possible, la comédienne nous définit le SCUM.

Je vous assure qu’à ce moment précis du spectacle, lorsque vous croisez son regard, vous n’en menez pas large !

Elle parvient à nous édifier. Dans les deux sens du terme.


Edifier, c’est à dire nous expliquer clairement ce qui a amené Miss Solanas à écrire son texte. La comédienne est très convaincante, et nous ne pouvons qu’acquiescer.

Oui, la domination masculine et le patriarcat sont bien réels.
En ce sens, c’est un spectacle indispensable, en ces temps troubles où ici et là, clairement ou insidieusement, les droits fondamentaux des femmes sont de plus en plus menacés.

Edifier, c’est faire peur.

Parce que pour l’auteure, la fin justifie les moyens. Tous les moyens.


Elle ne ménage pas sa peine, Sarah Chaumette, à arpenter le plateau, à porter haut et fort le texte.

Et puis, elle va chercher en coulisse une espèce de parallélépipède métallique bleu, qui va se révéler être une machine qu’elle va brancher.

De conférencière, grâce à cette machine, elle va devenir militante, respectant la structure littéraire du bouquin.

De pupitre, le meuble en bois devient un piédestal phallique, sur lequel elle s’élèvera de plus en plus.

Et la machine, me direz-vous ?
Cette machine va nous procurer une étonnante surprise, dont bien entendu je ne vous révèlerai pas la teneur.
A vous de venir découvrir ce phénomène à la Reine blanche.

Sarah Chaumette nous livre de façon hallucinée et drôle les vitupérations de Valérie Solanas.
Nous sommes sidérés par tant de radicalité, après avoir opiné du chef durant le constat.
La comédienne est alors magnifique d’outrance, incarnant cette redoutable pythie, cette prophétesse extrémiste, cette théoricienne de l’éradication masculine.

On comprend alors pourquoi le manifesto est devenu un rodéo : la comédienne parvient à dompter cet animal sauvage complètement affolé qu’est le texte.

Ce spectacle agit donc comme un électro-choc salutaire : grâce aux judicieux partis pris dramaturgiques, et en passant bien entendu outre la solution révolutionnaire évoquée, on ne peut qu’être totalement en phase avec la démonstration de l’auteure et comprendre la nécessité de la porter haut et fort de nos jours.

 

Un spectacle électrisant des plus réussis !

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