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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Fred Hersch invite Nathalie Dessay

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Première soirée consacrée au retour de Fred Hersch au Bal Blomet, un lieu qu’il affectionne tout particulièrement.

Celui qui figure parmi les plus grands pianistes de jazz actuels aime venir dans cette salle chaleureuse à la parfaite acoustique, un lieu qui pour lui est l’équivalent du mythique Village Vanguard, 178 7th Ave S, New York, NY 10014, U.S.A.

Première soirée car cet immense musicien semble avoir élu domicile ici même, puis qu’il inaugurait hier une série de quatre concerts, au cours desquels il a invité plusieurs artistes, et pas des moindres.

 

Ce soir, c’est Nathalie Dessay qui viendra le rejoindre sur la scène.

Dans la première heure de ce concert, Mister Hersch sera seul, derrière le clavier du magnifique Steinway & Sons.

Une nouvelle fois, cet homme va plonger tout un auditoire, certes entièrement acquis à sa cause, tout un auditoire donc, dans un véritable état de grâce.

Oui, ce soir, nous allons de nouveau retenir notre souffle à de nombreux moments, tellement ce qu’il va nous donner est émouvant et poignant de beauté.


C’est à la main gauche seulement qu’il commence le concert. (L’an passé, c’était la droite...)

Une pièce à l’origine composée par le saxophoniste Benny Golson, Whisper not.

Dans cet arrangement, le jeu immédiatement identifiable de celui qui fut le professeur de Brad Meldhau, ce jeu nous fait comprendre s’il en était encore besoin pourquoi cet homme figure au panthéon des pianistes.

Un peu voûté, comme un certain Glenn Gould, il ferme les yeux, derrière ses fines lunettes, comme à chaque fois.
Il joue en effet pratiquement en permanence « à l’aveugle », comme pour mieux être isolé dans sa musique et comme pour encore mieux ressentir ce qu’il joue.

Hersch, c’est avant tout la délicatesse et la précision du toucher.
Une grâce et une émotion phénoménales émanent de la technique hors-norme de ce pianiste.

Ici, le but de la manœuvre n’est pas de jouer le plus de notes à la minute.
Bien au contraire.
Les notes jouées sont jouées seulement parce qu’elles sont nécessaires. Pas pour démontrer la virtuosité.
Ces notes sont au service d’un discours musical précis, passionnant, technique, peut-être parfois sévère, certes, mais accessible à tous.

 

Le swing est bien là, solide, charpenté, léger à la fois. Avec une précision rythmique hallucinante, les syncopes, les breaks s’enchaînant de façon sidérante, avec ce soir de nombreux passages dans les touches les plus aigües du piano.

Et puis, pour moi, Fred Hersch, c’est le Jean-Sébastien Bach du jazz.
Une fois le thème énoncé, généralement après une introduction faite d’accords annonçant habilement la grille de ce qui va suivre, le pianiste se lance dans une vertigineuse improvisation.


Ce soir, d’ailleurs, il jouera un arrangement d’une Sarabande du Cantor de Leipzig.

Ses improvisations sont des fugues et des contrepoints dont les volutes sonores s’entremêlent de façon onirique.
A tel point que je me demande presque à chaque fois comment va-t-il s’y prendre pour retomber « sur ses pattes », et retrouver le thème initial, afin de conclure le morceau.

Chaque titre est une aventure musicale unique, captivante et sensuelle. Une atmosphère faite de multiples couleurs procurant énormément d’émotions.

 

Au menu du concert, des titres issus de son album enregistré à la maison durant l’épidémie que l’on sait, comme Wichita Linniman, et puis des titres attendus, avec notamment les somptueuses versions de When I’m sixty-four, (de Paul Mc Cartney), And so it goes (de Billy Joël), Round’ Midnight, (de Thelonius Monk), sans oublier sa très personnelle Pastorale de Schumann.

 

Nathalie Dessay monte sur scène à son tour, pour nous interpréter quatre titres.


La célèbre Chanson de Maxence de Michel Legrand ouvre le bal.

Les deux artistes nous plongent alors dans la félicité la plus totale. Ce que nous entendons, la voix immédiatement reconnaissable elle aussi, la tessiture si étendue, la délicatesse du phrasé, alliés à la sensibilité du pianiste, tout ceci force le respect.

Nous savons tous alors que nous assistons à un moment musical et artistique rare.


Le duo enchaîne avec une composition « herschesque », Endless Stars, où la communion entre les deux est totale, le dialogue musical est intense et parfait.

 

Ce sera un peu moins vrai pour le titre suivant, puisque de façon très drôle et totalement involontaire, Fred Hersch « mangera » et sera "débiteur" de quelques mesures dans l’adaptation par Mademoiselle Dessay d’un standard de la musique brésilienne.

Pour ce titre, elle a appris à chanter dans la langue d’origine, et surtout, elle a elle-même composé les paroles de l’adaptation française Tout recommencer. (« C’est la première fois que je me livre à cet exercice », nous confiera-t-elle, toute fière d’elle.)
Pas besoin d’être grand clerc pour constater que les paroles lui tiennent très à cœur, l’émotion est palpable !

Et puis, retour vers Michel Legrand, pour une magnifique version de On my way to you.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fois leurs dernières notes envolées, les deux artistes s’embrassent, pendant une ovation ô combien méritée.

En guise de rappels, (les fameux Encore…) Fred Hersch interprétera avec toujours autant de lyrisme son célèbre « tube » Valentine.

Les applaudissements les plus nourris qui soient saluent cette première soirée.
Comme me disait l’un de mes voisins de table : « C’était indécent de beauté, nous ne méritons pas tout ça ! »

Demain, Fred Hersch se produira avec le quatuor Desguin, pour nous présenter son dernier album en date, justement enregistré avec un quatuor cordes.


A suivre…
 

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