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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

[Reprise] Dieu habite Düsseldorf

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

A partir du 11 mai prochain, reprise au Lucernaire de la pièce de Sébastien Thierry Dieu habite Düsseldorf.
Courez découvrir ou re-découvrir ce spectacle qui vous embarque dans des univers étranges, hilarants et déconcertants.
Voici ce que j'écrivais il y a déjà trois ans...

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Il n'y a pas que le rouge et le noir dans la vie...
Il y a aussi le blanc et l'orange.


C'est dans un étrange univers immaculé, fait d'un grand cyclo blanc au lointain et de portants d'hôpitaux amovibles servant à isoler les malades que nous sommes reçus au Paradis du Lucernaire.


Du blanc, donc. Avec quelques accessoires orangés qui viendront détoner tout au long du spectacle.
Un fauteuil, une laisse, un téléphone, un casque de protection auditive...


Une esthétique qu'on pouvait croiser dans les années 70-80 pour parler d'un possible avenir.
On pense évidemment à Kubrick et son Orange mécanique, on pense également au feuilleton Cosmos 1999.
Ce qui est certain, c'est que nous ne savons pas où nous sommes. Avec un sentiment presque de malaise, généré par ce blanc stérile, immaculé, clinique.


Sébastien Thiery a écrit cette pièce, sa deuxième, en 2006.
D'entrée de jeu, il se pose en fils spirituel de Ionesco, Beckett ou encore Pinter.
Son théâtre est un théâtre de l'absurde.

Nous allons assister à sept sketches à la fois désopilants et par certains côtés souvent inquiétants.


Dans un futur indéterminé, deux hommes seront face à face. A chaque fois, il y aura un dominant et un dominé, un sachant et un ignorant, un naïf et un pétri de certitudes...
Le tout dans des situations surréalistes, qui vont déclencher très souvent l'hilarité du public.


Nous ferons la connaissance, en vrac, d'un imbécile venant faire diagnostiquer son imbécillité par un médecin, d'un homme sans zizi désirant en acheter un, mécanique ou électrique, auprès d'un vendeur ô combien spécialisé.


Nous rencontrerons un type sans amis ayant poussé la porte d'une agence proposant un catalogue de copains hypothétiques, nous aurons devant nous un quadragénaire qui a fait empailler son père vivant, sans oublier ce comptable responsable d'innombrables faillites, banqueroutes, dépressions nerveuses et autres suicides.

Nous sommes dans un monde d'incapacités, un univers où le manque (d'amis, de famille, de parents, de sexe et autres) domine. Ces deux-là seront condamnés à discuter, échanger entre eux.

Le dernier sketch nous fera comprendre le titre. La figure de la Mère, elle aussi assez extra-ordinaire, nous vantera les douceurs de Düsseldorf.


On l'aura compris, Sébastien Thiéry, par le biais de ces saynètes d'une féroce drôlerie et d'une drôle de férocité nous tend un miroir.
Le miroir de nos sociétés plus modernes les unes que les autres, à la fois dérisoires et surréalistes.


Il force à peine le trait. Juste pour nous faire réfléchir à notre condition d'hommes et de femmes ordinaires plongés dans des mondes qui le sont moins.


Eric Verdin et Renaud Danner s'en donnent à cœur joie !
Dans des costumes eux aussi très années 70-80, ils vont être ces deux hommes qui vont échanger ces propos drôles, parfois acides et féroces, toujours tirant sur l'absurde.

Dans un premier temps, ils vont s'adresser au public, jouant avec les spectateurs.
Nous allons passer pour des imbéciles, et ceci va nous faire beaucoup rire.

Les deux sont très pince-sans-rire.

Il le faut, pour faire ressortir le côté surréaliste de ces dialogues.
Ils vont déployer chacun une très large palette de jeu, afin d'interpréter tous les rôles de cette farce futuriste, et de nous faire vivre les décalages des situations absurdes.

Ils se partageront les emplois, et vont beaucoup nous amuser.

Tour à tour, ils seront ces loosers magnifiques, ces médecins et spécialistes en tous genres, Clown blanc et Auguste de l'absurdité généralisée, Vladimir et Estragon ultra-modernes.
De remarquables et intenses interprétations.

Cette heure et quart passe beaucoup trop vite.
Une heure qui vous plonge dans un monde et un univers étranges, hilarants et déconcertants.
C'est un très beau moment de théâtre !

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