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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Lady Blackbird en concert au Duc des Lombards

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Lady Blackbird nous a montré la voix !
Sa voix ! Et quelle voix !

Marley Munroe, aka Lady Blackbird, est une héritière.
Une petite fille des grandes dames du jazz ou de la soul que sont Nina Simone, Etta James, Tina Turner ou encore Gladys Knight.

De celles qui vous décochent un uppercut en pleine figure, un coup de poing dans les tripes avec leur voix, leur charisme et leur capacité à exprimer avec force et douceur mêlées l’âme du peuple noir, les souffrances passées, les humiliations encore trop présentes mais aussi les espoirs à venir.

Toute petite, elle a baigné avec ses parents très religieux dans la musique, celle de l’église, le gospel et déjà la soul.
On ne tombe pas subitement par magie dans ce genre musical, on le vit dès sa plus tendre enfance.

Dès 18 ans, elle rejoindra New-York et Los Angeles, pour chanter. Chanter encore, chanter toujours.
Et pour se libérer de l’emprise de la famille et de la religion.

Il faudra attendre 2020 pour que la demoiselle produise son premier album, Black Acid Soul, sous la houlette de Chris Seefried, par ailleurs son guitariste sur scène.
Avec notamment la reprise du titre qui lui a fourni son pseudonyme, Blackbird, de Nina Simone, justement.
Une chanson à destination des femmes noires.

"Aucun endroit ne sera assez grand pour contenir toutes les larmes que tu vas pleurer, parce que le nom de ta maman sonnait comme la solitude et le nom de ton papa était synonyme de douleur. Et ils t'appellent petit chagrin parce que tu n'aimeras plus jamais." nous chantait Miss Simone, dès 1963.

C’est cet album que la chanteuse à la crinière blanche est venue présenter avec ses musiciens. Dans ce temple parisien du jazz qu’est le Duc des Lombards, elle va interpréter une dizaine de titres, avec quelques surprises hors album.

Les quatre musiciens s’installent sur scène. Tous ont participé à l’enregistrement.

A la Fender Stratocaster Chris Seefried, donc, au piano Kenneth Crouch. La rythmique est assurée par Jimmy Paxson aux drums et Jonny Flaugher la contrebasse.
Ils entament une introduction très onirique, assez mystérieuse, aux notes étranges. Comme pour nous préparer à ce qui va suivre.

Car elle arrive.
En grande prêtresse de la soul. Dans un costume fascinant qui plonge les spectateurs dans un ravissement étonné, à moins que ce ne soit le contraire.
La demoiselle est une sacrée show woman.

Redingote à queue de pie en skaï noir brillant, bustier de la même matière et culotte assortie sur un collant-résille.
Sans oublier un chapeau qui a tout d’une espèce de col de cygne noir à paillettes.
Impossible de nous y tromper : un sacré caractère se tient devant nous.

Mais voilà que nous comprenons immédiatement que nous allons assister un grand moment musical. L’un de ceux qui vous laissent quant à vous sans voix.

 

Avec les deux premiers titres, Walk with me, qu’enchaîne dans la foulée Blackbird, elle nous cueille pour ne plus nous lâcher.

La puissance, la force, la voix éraillée, parfois rauque, sauvage, parfois douce et suave, voici ce qui se dégage de ce que nous entendons.

Assez paradoxalement, cette grande puissance vocale permet à Lady Blackbird d’instaurer un climat d’une grande délicatesse, voire d’une grande intimité.

La force parfois sauvage au service d’une douceur envoûtante.

Le puissance permettant une épure et une forme minimaliste musicale passionnante.

Cette délicatesse quasi hypnotique est l’une des principales caractéristiques de l’album.

Oui, elle nous envoûte, Miss Munroe, son timbre nous fait frissonner, générant beaucoup d’émotion et souvent une vraie chair de poule.
Ces deux premiers morceaux magnifiques nous touchent énormément et nous captivent.

Le groupe poursuit avec It’s not that easy et le très sensuel et titre Collage, écrit par James Gang en 1969.

La voix devient de plus en plus chaude, le grain se développe, et les finales sont magnifiées par l’effet numérique de reverb que déclenche l’ingénieur du son FOH.
La voix éraillée contraste souvent avec les notes éthérées de la Stratocaster. C’est fascinant.

Five feet tall, avec son groove profond, au fond du temps, donne irrésistiblement envie de bouger.

 

L’un de mes titres préférés arrive, Fix it. Répare-là.

Un ostinato de deux accords, au piano et à la contrebasse. La chanteuse est alors déchirante, se montrant aussi à l’aise dans les aigus que dans les graves.

Et puis le dernier titre du set parisien It’ll never happen permet à la chanteuse de nous démontrer une nouvelle fois son incroyable puissance, toujours au service d’une émotion tout à fait juste.

Un premier « Encore » , Did somebody make a fool sera suivi en raison de l’insistance des spectateurs par une incroyable reprise de White rabbit, que le groupe Jefferson Airplane interprétait en 1966.
[…] When logic and proportion have fallen sloppy dead
And the white knight is talking backwards
And the red queen's off with her head
Remember what the dormouse said
Feed your head, feed your head


Nous, dans la salle, notre esprit aura été nourri d’une heure merveilleuse d’une musique bouleversante et envoûtante, de la soul qui vous touche l’âme au plus profond.
Lady Blackbird nous a offert un moment rare, l’un de ceux qui restent longtemps en mémoire

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