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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Josef Josef en concert au Théâtre Michel

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

A l’est, plein de nouveau.

A l’est musical, là d’où nous parviennent les musiques des peuples persécutés, assassinés que furent les juifs et les tziganes.

Des musiques pourtant optimistes, nostalgiquement joyeuses ou joyeusement nostalgiques, qui nous parlent de la force de la vie, malgré tout, et qui nous disent de continuer, d’aller de l’avant, tout en n’oubliant jamais les origines et ce qui s’est passé.

Des musiques d’espoir, également.

La nouveauté en question, c’est ce groupe, Josef Josef, formé par Eric Slabiak, celui-là même qui nous a enchantés avec Les yeux noirs, sa précédente formation.

Vingt-cinq années de tournées, plus de mille huit cents concerts aux quatre coins du monde, huit albums… Un magnifique palmarès…

 

Eric Slabiak revient donc avec ce nouveau groupe. Il a posé son sac au Théâtre Michel afin de nous présenter le premier album, au titre éponyme, même si le prénom n’est mentionné qu’une seule fois sur la pochette, entre deux barres de reprise.

 

Les cinq musiciens prennent place sur le plateau.

Les premières notes traversent la cage de scène pour s’envoler vers le public, et instantanément, le charme, la poésie et la magie opèrent.

Immédiatement, nous voici transportés dans ce monde musical où paradoxalement le mode mineur génère de la joie, de la bonne humeur, sans oublier l’humour.
Un monde musical qui va permettre de nous échapper du nôtre pendant une heure et demie, quatre-vingts dix minutes où nous seront transportés. Ailleurs.

 

Un voyage géographique, certes, mais également intérieur.

Un voyage qui mêle les cultures juives et tziganes pour nous toucher au plus profond de nous-mêmes.

 

Eric Slabiak, faut-il le rappeler, est un violoniste virtuose. On n’est pas premier prix du Conservatoire royal de Bruxelles à vingt-et-un ans par hasard.

Sous ses doigts, le violon semble s’animer, prendre vie, exister par lui-même, avec les constructions mélodiques et harmoniques si particulières et si envoûtantes, avec les trilles, les ornementations caractéristiques, les glissandi et les breaks ryhtmiques.

De grands « chases », pour reprendre un terme jazzistique, de grands chassés-croisés musicaux seront engagés avec l’accordéon d’un autre virtuose, Dario Ivkovic, les deux instruments dialoguant de façon passionnante.

 

L’homme n’est pas qu’instrumentiste. Il chante également.

En Yiddish, cette langue qui a pratiquement disparu, elle aussi assassinée par la barbarie nazie.
Une langue, qui grâce des artistes comme lui, commence à exister à nouveau et reprendre sa place.
Voici quelques années, Jacques Fredj, le Directeur du Mémorial de la Shoah me confiait que le « Yiddish n’était plus parlé que par quelques rares communautés, et quelques universitaires poussiéreux ».
Heureusement, la tendance s’inverse.

 

De grands moments nous attendent, comme avec cette chanson magnifique et émouvante, Unter Dayne Vayse Shtern, Sous tes blanches étoiles, composée en 1943 par Avrom Sutzkever dans le ghetto de Vilnius. 

« Sous tes blanches étoiles, tends vers moi ta blanche main, mes paroles sont des larmes […] Où es-tu, où…[…] mon dieu fidèle ? »

 

Autre chanson merveilleuse, Sheyn vi di levone, Belle comme la lune…

Nous voici pris aux tripes (il n’y a pas d’autres mots) par ces notes, ces subtiles et émouvantes harmonies. Nous ne comprenons évidemment pas les paroles, (je parle en tout cas pour moi), mais tous sommes subjugués par l’émotion qui se dégage de ce que nous entendons.
 

Franck Anastasio, le complice guitariste de toujours, entame une chanson tzigane de Serbie, Sila kale bal, Il y a une fille.
« Elle a les cheveux noirs et les yeux verts, je la désire, maman, elle sera mienne. »

 

Si cette musique parle à l’intellect, à l'âme, elle parle également au corps.

Comment ne pas avoir envie de se lever, de danser, de bouger en rythme, de lever les épaules et de se déhancher, d'autant que les arrangements souvent très jazz invitent à nous bouger !

A plusieurs reprises, les titres instrumentaux, relèvent d’une sorte de transe, un peu comme la tarentelle sicilienne.

Une musique faite pour se griser, s’enivrer de notes et de sons.

Nicolas Grupp à la batterie et Noé Russeil à la basse sont alors priés de se dépenser sans compter. Pour assurer, la section rythmique assure !

 

J’en profite pour mentionner au passage la très belle prise de son de Victor Anastasio, tout en finesse et en précision.
 

Mais nous aussi allons devoir participer au spectacle, et votre serviteur ne va pas donner sa part au chat.
Nous reprendrons notamment le célèbre refrain « Dona dona ».
Nos mains deviendront rouges à force de taper en rythme, tellement l’invitation à bouger est forte.

L’humour sera également au rendez-vous. Comment résister à l’envie de raconter une épatante et drôlissime histoire juive, M, Slabiak, je vous le demande un peu ?


Les applaudissements nourris, les « bravo », la standing ovation devaient saluer longuement la prestation des cinq musiciens.

 

Ce concert, s’il est d’abord une grande et formidable réussite musicale, est peut-être avant tout un merveilleux moment de chaleur humaine et de fraternité.

Et par les temps qui courent, qu’est-ce que ça fait du bien !

Vous aussi, venez faire le voyage. Les voyages.

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