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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Récréation / Concert Berthoumieux - Charlier - Sourisse

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Ah Bal ! Ohé Ohé !

La grâce ! Un pur moment de grâce !

Ou quand trois compères aux cheveux poivre et sel plongent le public du Bal Blomet dans une véritable félicité.

L'un de ces moments qui font du bien, mais alors beaucoup de bien, en ces temps moroses…

C’est la première fois que Marc Berthoumieux jouait en tant que leader dans cette magnifique salle.

Certes, on l’avait déjà entendu ici même, mais c’était son « baptême du lieu » en tant que « patron » d’une formation.

Mais est-on vraiment « patron », lorsque pour sidemen, on a à ses côtés les magnifiques André Charlier et Benoît Sourisse ?

Trois copains, trois potes, trois frères en jazz, trois grands maîtres de leurs instruments respectifs.

Marc Berthoumieux à l’accordéon à la fois chromatique et numérique, André Charlier à la batterie, deux ou quatre baguettes (si si…) et Benoît Sourisse à l’orgue.

Trois musiciens qui allient une virtuosité de tous les instants à la plus grande des sensibilités.

Ce sont donc des compositions personnelles issues des six albums de l’autre grand nom français du piano à bretelles jazz (Richard Galliano étant l’autre), que nous allons découvrir dans cette configuration trio.

Il a fallu « refaçonner le répertoire », nous dira M. Berthoumieux.

Onze titres au total en comptant les rappels nous attendent.

Le set commence tout en délicatesse avec une magnifique introduction à l’accordéon solo pour Le bal du temple.

Les deux autres ne tardent pas à entrer en lice.

Ce qui frappe immédiatement, outre cette virtuosité (mais ça, ça fait un moment qu’on la connaît), c’est l’immense complicité qui les lie ainsi que le plaisir de jouer ensemble, le fait de s’amuser sur le plateau. Les trois vont beaucoup rire durant ces presque deux heures.

Complicité et complémentarité.
La rythmique est assurée évidemment par la batterie mais aussi par la main gauche de l’organiste, qui distille les fondamentales graves ou des walking-bass très inspirées.

Le son de l’orgue Hammond (la main droite se charge des lignes mélodiques, de l’accompagnement ou des incroyables solos), ce son se révèle être en totale osmose avec celui de l’accordéon.

Nous nous en rendrons compte notamment dans Le bal des mondes, dans lequel les deux musiciens se livreront un vertigineux chase, un somptueux dialogue musical.

Marc Berthoumieux démontre une nouvelle fois son immense talent d’instrumentiste, certes, mais surtout à mon sens, son art de composer des pièces très abouties, très précises harmoniquement parlant et toujours aussi passionnantes.

Une certaine «joyeuse nostalgie » émane de ces titres, qui évoquent des mondes proches ou lointains. Nous aurons droit une magnifique version du morceau très brésilien Victoria, ou encore un bouleversant hommage à Piazolla dans El Astor.)

L’accordéon permet parfaitement, même et peut-être surtout dans un registre jazz, de faire voyager un public ici et là. Des voyages à la fois géographiques et intérieurs.

Le dernier accord note de ce titre « très argentin » en Mi mineur, cette note bleue, ce Ré bémol procure beaucoup de délicieux frissons !

Dans cette pièce, El Astor, André Charlier aura droit à son premier solo.

Charlier ou la force tranquille, Charlier qui semble nous dire en permanence que jouer de la batterie est d’une facilité déconcertante.

Et pourtant, quelle technique, quelle propension à délivrer des rythmes et une pulsation de braise !

Nous nous en apercevrons dans le magnifique Ostinato, extrait de l’album Le bal des mondes.

Pour cet ostinato bourdonnant, Marc Berthoumieux utilise les ressources techniques contemporaines à sa disposition, à savoir déclencher un sample donnant cette impression que d’autre musiciens ont rejoint les trois artistes.

Nous retrouvons ainsi la spécificité de ce titre, tel qu’il est gravé sur l’album.
Nous serons invités à chanter le thème, ce dont nous ne nous priverons pas !

Voici une reprise ! Et quelle reprise !

Ce sera Have you heard, de Pat Metheny. Accordéon et guitare même combat.

Une salve d’applaudissements salue les premières notes.

Et puis une véritable surprise nous attend.

Ou comment faire de La claire fontaine une bossa nova très jazzy. Et nous de chanter encore !

Voici venir Les couleurs d’ici.

Benoît Sourisse va se déchaîner à nous démontrer les possibilités techniques de son instrument, jouant des drawbars (les tirettes harmoniques) et du rotor de sa cabine Leslie de façon merveilleuse.

Un autre très grand moment du concert !

Le temps des rappels arrive. Trop vite.
Ce sera Vent d’Ouest, puis l’envoûtant Belakatun, qui vous reste en tête et dont vous fredonnez encore le thème une fois rentrés chez vous.

Je ne voudrais pas terminer ce papier sans mentionner le « quatrième » homme du concert, à savoir l’ingénieur du son FOH maison, Roman Zaborski, qui, comme à l’accoutumée, nous a concocté un très beau son, lui aussi tout en précision. Un grand merci  lui !

Une soirée placée sous le signe de la grâce, vous dis-je !

A l’issue du concert, Benoît Sourisse, avec sa modestie légendaire, me confiait à ce propos :

« Oui, il y a eu quelque chose, ce soir... »

© Photo Y.P. -

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