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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Marquis Hill, New Gospel Revisited

© Photo Y.P. -

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© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Tout va très très très bien, Monsieur Marquis !

Marquis Hill qui tel un magicien, va envoûter le Duc des Lombards et va plonger les spectateurs dans un délicieux état de transe.

Immédiatement, il me faut souligner la délirante et unanime ovation qui va saluer le concert de ce samedi, dans cette Mecque du jazz parisien qui en a pourtant vu d’autres ! Les « bravo » fusent, la salle croule sous les applaudissements.

Marquis Hill, ou la synthèse parfaite du jazz, du hip-hop, du R&B, du Chicago House et du Neo Soul.

Mais surtout Marquis Hill, immense technicien de la trompette et du bugle, virtuose de ces instruments cuivrés.

Diplômé de la prestigieuse Northern Illinois University, il a remporté de nombreux prix, notamment celui de l’International Trumpet Guild's Jazz Improvisation Competition.

Il a travaillé très tôt avec un certain Ron Carter, et a tourné avec un autre certain Marcus Miller, pour vous donner une petite idée du niveau général...

 

Il est venu ces jours-ci à Paris présenter son nouvel album, New Gospel Revisited, qui revisite justement le répertoire de son tout premier opus discographique paru en 2011, intitulé on le devine New Gospel.
 

Le jeune musicien n’est pas seul. A ses côtés, dans cette tournée européenne (il sera demain à Londres), trois autres virtuoses vont participer à cet envoûtement.
Joël Ross est au piano et au vibraphone. Il n’est pas si courant que cela d’entendre un musicien professionnel aux deux instruments.

 

A la Jazz-Bass Fender écarlate cinq cordes, (il a délaissé sa contrebasse), un ex-membre de l’Art Ensemble Chicago, Junius Paul.
A la batterie, c’est Jeremiah Collier, un autre chicagoan boy.

 

La particularité de ce magnifique quatuor, au-delà de l’impressionnante technique, réside dans une fascinante capacité à transporter un auditoire dans un monde médiumnique, un monde à la fois de délicatesse et de force totalement assumée.

Un univers très particulier, assez unique dans le petit monde du jazz actuel.

Ce n’est pas pour rien que l’intérieur de l’album est constitué d’une grande photo astronomique représentant une constellation d’étoiles et un ensemble de nébuleuses.

 

Tout commence par une ambiance.
Celle générée par l’utilisation de petites percussions, dont s’empare Mister Hill, comme pour assurer la transition entre la salle et le plateau. Un moment pour préparer le public à ce qui va suivre.
Un moment également pour cliquer deux ou trois fois sur le trackpad du Mac qui délivrera samples et autres loops.


Les trois autres compères eux aussi se saisissent de petites percussions latines ou de jouets musicaux pour enfants. Joël Ross pince les cordes dans le sommier du piano Yamaha, participant lui aussi au caractère onirique de ce début de concert.

 

Et puis nous entrons dans le vif du sujet.
A savoir le bugle et les magnifique notes veloutées qui en sortent.
Marquis Hill entame le show avec un premier titre qui va immédiatement donner le ton. Le musicien est souvent dans les bas-medium et les graves, avec une douceur et un phrasé on ne peut plus délicats.


Le thème est très mélodique, fait de progressions harmoniques basées sur une itération de quelques mesures. (Ce sera pratiquement une constante de toutes les pièces jouées hier soir).

Les trois autres le rejoignent petit à petit, pour contribuer à ce jazz très contemporain. Un jazz de mélange, un jazz qui se nourrit de toutes les musiques actuelles.

La technique de Marquis Hill est évidente et remarquable, mais toujours au service d’un lyrisme et d’un réel sens harmonique et mélodique. Ses improvisations sont d’une richesse et d’une inventivité magnifiques.
Il est souvent arc-bouté, les genoux fléchis, comme s’il était en situation de corps à corps avec son instrument, tout près du micro qui semble souvent disparaître dans le pavillon métallique.


Les sons du bugle, donc, mais aussi de la trompette souvent pourvue d’une sourdine sont d’une délicieuse suavité, très souvent dans des pianissimi très intimistes, notamment dans ses solos.
Dans ces moments où les notes cuivrées s’élèvent tout doucement, nous retenons notre souffle, tellement ce que nous entendons est subtile. Que de beauté !

Les morceaux vont se succéder pratiquement sans interruption, pour constituer une fascinante heure et demi continue de musique.

De très grands moments nous attendent.

Une impressionnante communion existe entre les quatre musiciens. Une apparente froideur peut régner sur le plateau, mais en réalité, une grande écoute et une cohésion musicale sont de mises.

Les quatre communiquent entre eux à leur façon, dans des compositions très construites, avec souvent des empilements mélodiques d’une grande richesse, où piano et vibraphone se superposent avec la trompette, comme pour doubler et bien asseoir le discours musical.

Chaque musicien va pouvoir s’exprimer pleinement.
Le patron descend alors de la scène et les observe du public en connaisseur.
Chaque solo va nous prouver que nous avons en face de nous de sacrées pointures en face de nous.

Des applaudissements nourris saluent chaque prestation.

Lors du rappel, un bouleversant duo piano/bugle nous envoûte une dernière fois.

Les deux compères nous donnent cette dernière pièce d’un lyrisme et d’une beauté phénoménale. Avec une toute dernière blue note qui s’envole dans les limbes.

Je me répète : une véritable ovation attend les quatre musiciens, les « bravo » fusent immédiatement !

Il sera difficile de quitter le monde dans lequel Marquis Hill nous a fait voyager.
Cet envoûtant concert a plongé le Duc des Lombards dans un véritable état de grâce. Les connaisseurs auront du mal à quitter les lieux, partageant entre eux toutes leurs émotions.

Tous avons compris que nous venions de vivre un bouleversant et unique moment musical
!

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