Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Christian Mc Bride en concert à La Seine musicale

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

« Je suis une légende ».

Seule la modestie et la gentillesse bien connues de cet homme l’empêchent de prononcer la précédente phrase.

Oui, cet homme est une véritable légende dans le monde du jazz et du funk en général, et dans la communauté des amateurs de notes graves en particulier, que ce soient les amoureux de la contrebasse ou de la basse électrique.

Christian Mc Bride, celui qui a participé à l’enregistrement de plus de deux mille albums. Oui, vous avez bien lu. Plus de deux mille...

Celui-là a en effet joué aux côtés de Isaac Hayes, Pat Metheny, Chick Corea, Stevie Wonder, James BrownSting, Sonny Rollins, Paul Mc Cartney, Herbie Hancock, Queen Latifah, pour ne citer qu’eux…

Christian Mc Bride, le contrebassiste virtuose !

Lors de sa dernière tournée, avant la pandémie que l’on sait, il était aux commandes d’un groupe très funk, avec notamment à ses côtés la célèbre pianiste et claviériste Miss Patrice Rushen.

Il était d’ailleurs passé par le festival Django Reinhardt de Fontainebleau.

Depuis, il a eu la très bonne idée de reformer le quintet Inside Straight, qui enchanta les aficionados dans le début des années 2000, et qui inaugura sa collaboration avec le label Mack Avenue Records.

Inside straight ! Droit devant et retour aux sources !
Un jazz véritablement passionnant, un bop et un swing dits classiques, qui vont enthousiasmer le public du magnifique auditorium de la Seine musicale  la sublime acoustique.

Cette reformation est accompagnée d’un magnifique nouvel album, le douzième enregistré en son nom propre.
Un enregistrement live capté au mythique club new-yorkais de la 7ème Avenue, le Village Vanguard, qui rappelle par ailleurs l’infatigable engagement du contrebassiste en faveur des droits civiques et de la place musicale des Afro-Américains.

Pas étonnant donc que l’un des titres s’intitule Ms. Angelou.

A ses côtés, quatre autres maîtres en leur domaine.

Nous allons vite nous en rendre compte dans les deux premiers morceaux, une composition du patron et puis Sweat Bread qui ouvre l’album live. Deux pièces qui vont permettre de mettre immédiatement en place un postulat : nous allons en prendre plein des oreilles et nous allons assister à un grand concert.

Il faut signaler que Christian Mc Bride n’occupe pas le devant de la scène. Il est au cœur du plateau, bien au centre des débats, laissant énormément de place à la fois topographique et musicale à ses quatre compères.

Au vibraphone, l’excellent Warren Wolf, remarqué par Mr Mc Bride, alors qu’il était encore étudiant. Mister Wolf signe plusieurs compositions de l’album évoqué plus haut, dont ce Sweat Bread.

Peter Martin est au piano, grand complice de longue date.
Le saxophoniste alto et soprano Jaleel Shaw et Carl Allen à la batterie complètent la petite troupe.

Chacun d’entre eux va pouvoir s’exprimer intensément, avant que la contrebasse chante ! Et de quelle façon !


Deux questions se posent une nouvelle fois à propos de Christian Mc Bride : ce type est-il humain , pour jouer de la sorte ? Aurait-il plus de doigts aux mains que vous et moi ?


Encore et toujours, l’immense musicien sidère le public par sa virtuosité et sa capacité à jouer avec une vitesse, une technique fulgurantes et une précision fascinante autant de notes, avec toujours autant de lyrisme, de sensibilité et de délicatesse.
C’est bien simple, c’est un véritable éventail de ce qu’il est possible de jouer avec cet instrument.

Ah ! Ces walking-bass, cette façon de jouer en accords, ces positions incroyables au bas du manche, ces cordes pincées tout près du haut de la touche... Hallucinant...

De grands moments, de très grands moments nous attendent.

© Photo Sandrine Poey

Dans Gang gang et dans une reprise de Weaver of Dreams, du trompettiste Freddie Hubard, nous assistons émerveillés à deux chases, deux dialogues passionnants : Warren Wolf croisera le fer des lames de son vibraphone avec le cuivre du sax de Jaleel Shaw, puis le bois et les cordes de Peter Martin.

Une incroyable complicité lie tout ce petit monde.

Les cinq musiciens s’amusent, échangent moult sourires, rires, plaisanteries, notamment quand l’impressionnant Carl Allen rattrape au vol l’une de ses baguettes, que sa manche de sweat-shirt soudainement redescendue avait envoyé voler…

Mais c’est bien la version de Sophisticated Lady qui va plonger la Seine musicale dans un véritable état de grâce.
Ou comment faire en sorte que tous les spectateurs se retrouvent bouche bée !

Christian Mc Bride à l’archet est alors bouleversant de lyrisme et de musicalité.

Le célèbre thème de Duke Ellington développé de façon magistrale fait monter les larmes aux yeux, devant tellement de beauté et d’émotion. Ô temps, tu as alors suspendu ton vol…
Bouleversant, vous dis-je...

Hommage sera également rendu à Chick Corea, dont on se souvient du fameux trio à la philharmonie de Paris, avec le contrebassiste aux sept Grammy Awards et Brian Blade aux drums.

Nous nous quitterons en beauté avec deux rappels, dont The shape of the Cedar Tree, dans lequel une dernière fois les cinq immenses et passionnants musiciens nous enchantent et nous envoûtent !

Ce concert fait partie de ceux dont vous sortez en pensant : « je pourrai dire que j’y étais » !
Deux heures de grâce et de bonheur.

Et par les temps qui courent, qu’est-ce que ça fait du bien !

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article