Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Est-ce que j'ai une gueule d'Arletty ? [REPRISE]

© Photo Y.P. - et © Studio Harcourt -

© Photo Y.P. - et © Studio Harcourt -

A partir du 12 mars prochain, ne manquez pas au Théâtre Michel la reprise de la remarquable pièce de Eric Bu et Elodie Menant, mise en scène par Johanna Boyé.

Voici ce que j'écrivais voici exactement deux années.
---------------------------

Quoi, sa gueule, qu'est-ce qu'elle a, sa gueule ?
Sa gueule d'atmosphère... L'une des répliques les plus célèbres du cinéma français...


C'est à cette réplique que fait évidemment référence le titre de la pièce co-écrite par Elodie Menant et Eric Bu.
La remarquable pièce, dois-je immédiatement préciser !

Une heure et trente minutes pour passer en revue la vie de Melle Léonie Bathiat, plus connue sous le pseudonyme d'Arletty.
Une véritable gageure, un défi remporté haut la main.

Sur la scène du Petit Montparnasse, nous allons voir défiler devant nous la vie de celle qui fut avant tout une femme éprise de liberté. Et qui l'a payée assez cher, cette liberté.
Nous la voyons défiler, cette vie, de façon musicale et dansée. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une comédie musicale, mais d'un spectacle qui mêle théâtre, musique, danse, claquettes et chansons.

Une vie passée en revue, en somme...

Elodie Menant est Arletty. C'est d'ailleurs elle qui nous accueille dans la salle, larges lunettes noires, longue robe blanche et turban assorti.

La co-auteure et comédienne, dont personne n'a oublié l'épatante adaptation et la mise en scène de la pièce La peur, d'après Stefan Zweig, Melle Menant, donc, va illuminer de sa présence, de son charisme et de son charme ces quatre-vingt-dix-minutes.


Et de sa gouaille, également.
Pouvait-elle faire l'impasse sur l'accent de titi parisien d'Arletty ?
Non bien entendu. Pour autant, elle a su placer le curseur à sa juste position. Elle n'est jamais dans l'exagération ni dans la caricature.

La comédienne ne sortira pratiquement jamais du plateau, impressionnante dans la peau de son personnage. Loin de l'esprit « performance », Elodie Menant nous fait partager de façon tout à fait crédible, naturelle, les heurs de la vie d'Arletty. Les bonheurs et les malheurs.

Eric Bu et elle n'ont pas cherché à cacher quoi que ce soit. Ils ne jugent pas Arletty. Ils racontent.
Ce qui s'est passé durant l'occupation nazie à Paris nous est révélé, avec les conséquences qui en ont découlé. La liberté et l'amour font parfois mauvais ménage... Je vous laisse découvrir ou approfondir.

Trois autres comédienne et comédiens sont sur scène, qui vont interpréter une multitude de personnages, de façon souvent très drôle.
Marc Pistolesi et Cédric Revollon vont se retrouver dans la peau de personnages plus ou moins illustres. Sans jamais verser eux non-plus dans la caricature, leurs interprétations de Michel Simon, Paul Poiret, Jouvet, Prévert, Céline, Pétain, De Gaulle ou encore Cocteau sont remarquables.

Céline Espérin assure les rôles féminins, dont la maman de Léonie, de bien belle façon.

Tous chantent, dansent, (avec ou sans claquettes), avec beaucoup de talent.
Ces quatre-là ont une sacrée collection de cordes à leur arc.
Ils sont accompagnés par Mehdi Bourayou au piano.

Certes, nous rions souvent, mais certaines scènes sont très prenantes et très émouvantes, notamment celles qui se rattachent à la fin de vie d'Arletty.

Johanna Boyé met en scène tout ce petit monde avec une vraie vision et de vrais parti-pris.
Oui, il y a décidément un style Boyé.

 

Ce que nous voyons sur le plateau est d'une remarquable fluidité, avec un rythme, une énergie qui font énormément plaisir à voir. Ca roule, ça coule de source...
La bonne humeur sur scène, la cohésion, l'esprit de troupe sont palpables en permanence.

 

Pas de noir plateau, comme trop souvent de nos jours. Pas de solution de facilité.
Ici, tout s'enchaîne très naturellement, y compris les nombreux et très rapides changements de costumes. De bien jolis costumes, d'ailleurs, que l'on doit à Marion Rebmann.

A noter également les belles lumières de Cyril Manetta, avec  comme de bien entendu le projecteur rond-de-lumière cher au music-hall.

Je vous conseille donc plus que vivement de vous ruer sur vos sites de réservation en ligne favoris.
Il faut aller au Petit Montparnasse voir revivre devant nous l'icône qu'est Arletty.


Ce spectacle relève de la plus totale des réussites, une réussite maîtrisée de bout en bout.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article