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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Underground

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Vas-y dans le métro...

Une femme, dont nous ne saurons jamais ni le prénom ni le nom, est assise dans une rame.

On sent bien sa gêne et son appréhension.
Grâce dans un premier temps à sa voix en off, elle va nous dire sa peur.


La peur de ces longs tunnels, la peur de cet underground qui lui fait traverser la ville, passer d’une rive à l’autre, passer d’une histoire d’amour à une autre.

La peur, le risque, qui vont tenir un rôle éminemment important dans cette deuxième pièce de Julie R’Bibo.

Et puis, cette femme se met à nous raconter.
Une rupture, tout d’abord.

Un matin pas si beau que cela, celui qu’elle aimait est parti. Comme ça. Sans autre forme de procès.
Celui-là même en qui elle avait projeté tous ses rêves, du type « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ».
Une histoire dont elle nous dit le drôle de commencement et la triste fin.

Suite à cette douloureuse rupture-là, elle nous raconte sa descente « au terrier », dans ce bar, où la barmaid a dû consoler nombre d’hommes chiens devenus loups…

Et puis, dans ce club enfumé, une nouvelle rencontre amoureuse.
Celle d’une autre femme. Qui va chambouler sa vie, son quotidien.

Durant une heure et cinq minutes que dure cette pièce, l’auteure va nous parler du risque, donc.
Le risque qui existe à se projeter et entrer dans une histoire d’amour.
Ce moment où il faut analyser un nombre incalculables de variables intimes, afin de peser le pour et le contre pour finalement prendre sa décision.


Le risque qui va constituer pour l’héroïne un véritable parcours initiatique, la libérant de ses carcans psychologiques précédents, ainsi que de cet ordre établi et cette morale auxquels elle s’était inconsciemment ou non accoutumée, la faisant accéder à son propre libre-arbitre.
Ce qui aboutira à lui faire envisager et considérer le monde avec son propre regard.

D’une écriture à la fois puissante, imagée, précise et ciselée, Julie R’Bibo nous plonge dans la tête et le cœur du personnage.


Il s’agit ici de mettre en mots et en images une véritable introspection, qui évidemment interpelle chaque spectateur, chaque amant potentiel.
Sur quelle échelle nous situons nous par rapport à cette prise de risque ?
Sommes-nous même capables de prendre ce risque ?

Toutes ces questions se posent à nous, au fur et à mesure que se déroule le spectacle.
Des questions que va nous poser Clémentine Bernard, interprétant de façon magnifique et bouleversante cette femme.

Dès les premiers mots, la comédienne nous attrape pour ne plus nous lâcher.
C’est bien simple, il est impossible de se détacher de ce qu’elle nous dit et nous montre.

Dans une très belle robe terre-de-sienne, sur laquelle elle endosse parfois un trench-coat, elle va de façon lumineuse nous faire ressentir les hésitations, mais également les méditations de son personnage.
Melle Bernard parvient à nous faire ressentir les suspens et dilemme qui se posent : que va faire cette femme, que va-t-elle décider, quelle implications découleront de sa décision ?

Comment ce risque parviendra-t-il à la faire accéder à sa propre liberté ?

Il faut un très grand talent pour aborder ce type de personnage.
Sans ce talent-là, on peut vite tomber dans une sorte de caricature, ou dans pathos de très mauvais aloi.

Ici, ce n’est jamais le cas.

La comédienne est d’une phénoménale justesse, à nous dire l’univers, LES univers intérieurs de son personnage.

Elle est aidée en cela par l'épatante création sonore et la musique de Guillaume Léglise.
C’est une pièce qu’il faut écouter également avec la plus grande attention.

Des sons, des notes, des bruits, des rythmes martelés nous disent et nous décrivent aussi les univers évoqués plus haut.

Autre coup de chapeau à Fanny Laplane et Mélisse Nugues-Schönfeid qui signent respectivement la scénographie et la lumière.
Toute la difficulté réside ici à mettre en avant tous les lieux évoqués, sans aucun décor ni autres accessoires que deux chaises figurant les sièges du métro.
Les scènes dans le bar-terrier sont particulièrement bien traitées. Je vous laisse découvrir.

Je vous conseille vraiment d’aller applaudir Clémentine Bernard, dans cette pièce qui nous renvoie à notre ou nos propres expériences.

Une pièce qui interpelle chacun de nous, de façon très intime et très personnelle, nous faisant partager les émotions du personnage pour mieux nous inviter à nous remémorer les nôtres.

C’est un très beau moment de théâtre !

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