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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Tout ça pour l'amour !

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Jusqu’à prof du contraire ! La littérature et l'amour nous sont essentiels !

Ce sont en effet deux professeures de lettres, et pas n’importe lesquelles, qui vont nous démontrer le postulat ci-dessus, ce lemme du je t’aime.

Ces deux profs très particulières, chacune à sa façon, sont nées de l’imagination d’Edwige Baily et de Julien Poncet, qui, un « beau » jour du printemps 2021, se sont rencontrés durant la mise à l’arrêt forcé du secteur théâtral, et se sont reconnus dans un besoin de créer cet objet théâtral unique et formidable.

Ces deux-là, durant cette heure et dix minutes que dure le spectacle, vont nous faire sacrément réfléchir à notre besoin d’appropriation des grands textes littéraires, tout en nous faisant beaucoup rire.

Melle Baily sera ces deux valeureuses enseignantes, qui se sont donné pour mission de prêcher, non pas dans le désert, (encore que, parfois…), mais dans différentes salles de classes, la passion et la nécessité de la littérature dans nos petites vies.

Ces deux profs de lettres vont nous enseigner tout ceci, à nous autres spectateurs-élèves, chacune à sa manière.

Tout commence après une traversée d’une espèce de spectre de la cour au jardin par une tonitruante entrée en scène de la comédienne, dans un espace scénique vide, à l’exception d’une table issue de l’UGAP, l’Union des Achats des Groupements Publics, de celles que l’on trouve par milliers dans les établissements scolaires de notre pays.

Et un seau. Ne l’oublions pas, ce seau très important

Au lointain, un mur noir, avec en son milieu une porte en bois.

Elle surgit, plutôt qu’elle ne pénètre sur le plateau, Edwige Baily !
Un roulé boulé, un cartable qui tombe des cintres, une pose sens dessus-dessous hilarante, la voici, cette première enseignante.

Elle se présente, et surtout nous fait prendre conscience de sa mission d'importance : « Faire de nous des honnêtes hommes ! »

De sa voix à l’accent bruxellois épatant et générateur immédiatement de drôlerie, elle va nous démontrer les vertus des belles lettres en nous racontant avec ses mots à elle, ses expressions contemporaines, ses double-sens, sa gestuelle époustouflante de cocasserie, la tragédie d’Antigone.

Rien que ça !

Pour déménager, ça va déménager !

Allant jusqu’à créer un véritable chaos sur le plateau, la comédienne est époustouflante !

Les personnages qu’elle fait incarner à son personnage, les Œdipe, Créon, Jocaste et consorts prennent vie devant nous de façon jubilatoire et passionnante.

Perchée sur la table, accroupie les jambes écartées, elle campe un inoubliable sphinx !

Qu’est-ce qu’elle est drôle !

Et puis, vient se greffer l’apparition du deuxième personnage.
L’autre professeure, militante des Lettres, enseignante qui n’hésite pas à prolonger les cours chez elle, afin de faire partager sa passion.

Et puis, de fil en aiguille, qui va tomber amoureuse de l’un de ses élèves et vivre un réel amour avec lui.
(Je vous vois venir, lecteurs ô combien au fait de notre actualité ! Non, cette professeure ne s’appelle pas Brigitte !)

L’élève se prénomme quant à lui Gabriel. (La référence à l’histoire vraie arrivée à Gabrielle Russier, en 1969, est alors évidente)

Edwige Baily alterne les deux personnages, avec des enchaînements explosifs et millimétrés.

Durant tout le spectacle, elle ne va ménager ni sa peine ni son énergie. Et ce, tout en nous disant un texte intense aux formules et aux images savoureuses.

Une réelle vis comica émane de sa personne.
Avec une vraie capacité à investir l’espace scénique, bougeant sans arrêt, dansant, bondissant, arpentant le plateau avec une gestuelle et des mouvements souvent exacerbés, provoquant les rires du public.

Je vous décrirais bien sa façon pour le moins surréaliste d’utiliser son tableau noir ou encore son seau, mais il me faut vous laisser découvrir par vous-mêmes tout ceci !

Au final, le propos de ce spectacle est tout à fait passionnant.
Il nous questionne sur la place de la littérature, avec ce besoin très humain d’avoir envie de recevoir des histoires en tous genres et de nous confronter avec des héros qui vont nous faire accepter notre propre réalité.

Ces histoires et ces héros qui nourrissent nos rêves et qui influencent nos propres existences, notre recherche de l’amour plus ou moins absolu, quoi que l’on puisse en dire et en penser.

A ce titre, ce propos est brillamment mis en évidence par cette entreprise artistique.

Tout comme est mis en évidence un réel et très bel hommage aux passeurs, à ceux qui transmettent cet amour des textes aux têtes plus ou moins blondes que l’institution scolaire place devant, et parfois avec eux.

Des enseignants qui font comprendre que l’Amour et la Culture sont notre lot et notre patrimoine communs, se jouant parfois de la morale et nous permettant très très souvent de rendre notre existence supportable.

Je n’aurai garde d’oublier de mentionner les très belles et très délicates lumières que l’on doit également à Julien Poncet qui met magnifiquement en valeur Edwige Baily.

Je vous conseille vivement cet intelligent et brillant spectacle. Une magnifique ode à la Littérature !

On ressort du Petit Montparnasse totalement enthousiasmé !

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