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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Huis clos [Reprise]

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Ne manquez surtout pas la reprise de cette magistrale version de Huis Clos, mise en scène par Jean-Louis Benoît.

C'est au théâtre de l'Atelier, à partir du 2 février.
Un spectacle incontournable de cet hiver.

Voici ce que j'écrivais voici une année exactement.

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Debout les morts !
Grâce à Jean-Louis Benoît, les morts de Sartre n'auront peut-être jamais paru aussi vivants !
Le metteur en scène et ses comédiens en état de grâce vont nous donner une magistrale leçon de théâtre !

Oui, la salle en bois du théâtre de l'Epée elle aussi de bois est devenue un véritable enfer.
L'Enfer avec un E majuscule, pavé à la fois de bonnes ou moins bonnes intentions et de centaines de petits cubes posés à même le sol.

Les trois personnages, introduits dans cet espace par un garçon d'étage en marcel blanc, ne vont pas tarder à se rendre compte du lieu dans lequel ils vont passer l'éternité.

Trois personnages en quête de bourreau.
Garcin, le journaliste, Inès, l'employée des postes et Estelle la grande bourgeoise.

On connaît le propos de Sartre : ces trois-là, reconnaissant enfin les actes qui les définissent, seront leurs propres et éternels tourmenteurs. Parce qu'ils n'usent pas de leur libre-arbitre, de leur liberté, parce qu'ils seront en permanence dépendants des autres.

Jean-Louis Benoît a pris le texte de Sartre à bras le corps !
Sa mise en scène est on ne peut plus physique, viscérale, organique !
Oui, la mort n'a jamais paru aussi vivante !
Nous sommes loin, très loin de certaines mises en scène souvent trop intellectualisées.
De plus, la métaphore scène de théâtre-Enfer est très pertinente et très réussie. Je n'en dis pas plus.

Ici, les personnages sont avant tout des corps en chair et en os, et pas seulement des esprits...
Ces corps vont s'attirer, se repousser, se battre, se désirer, s'enlacer, se caresser.

Ces corps vont crier, hurler, rire !

L'énergie, la passion brute transpirent durant les quatre-vingts minutes que dure la pièce.
Les comédiens nous attrapent et ne nous lâchent plus, dans un maelström infernal, dans un tourbillon pulsionnel et physique.
De plus, l'humour noir de la pièce est férocement mis en évidence. Jean-Louis Benoît a parfaitement su mettre en évidence la volonté de Sartre à détourner les codes du théâtre de vaudeville et de boulevard.

Marianne Basler, Mathilde Charbonneaux, Maxime d'Aboville sont ces trois damnés.
Des damnés magnifiques !

Les trois nous proposent chacun une exceptionnelle interprétation ! Et oui, je pèse l'épithète exceptionnel.

Le trio nous emmène très loin dans ce huis clos, chacun par sa capacité à donner vie et corps à ces personnages.
La progression dans la distillation des informations relatives à leur présence en ce lieu, la mise en vie des différentes relations nouées dans ce triangle dramaturgique, la capacité à aller jusqu'à l'os du texte, tout ceci relève du grand art.

Tous nous glacent, nous sidèrent, nous bouleversent, et nous amusent aussi. Ah ! Cette scène de fou-rire qui ponctue la pièce !
Faut-il du talent, tout de même, faut-il disposer d'une très large palette de jeu, pour aborder d'une manière aussi viscérale ces trois rôles !

Je n'aurai garde d'oublier de mentionner le quatrième comédien, Antony Cochin, par ailleurs collaborateur artistique du metteur en scène, qui incarne le garçon d'étage. Ses sourires en coin, ses insinuations, sa bonhommie apparente d'espèce de régisseur des lieux la banane à la hanche participent eux aussi à la réussite de la pièce.

Un mot également sur les lumières de Pascal Pracht.
L'éclairage tient également un rôle important, notamment dans la matérialisation des scènes de retour sur la vie réelle.
De plus un effet très réussi vient ponctuer par deux fois le texte. Tout ceci est très beau.

Sans oublier les costumes de Marie Sartoux, avec notamment une sublime robe bleue.

Dès le noir final venu, une ovation retentit, et les "Bravo !" fusent.

On l'aura donc compris, cette lecture de ce classique du XXème siècle est une totale réussite !
Il faut absolument courir toutes affaires cessantes à l'Epée de bois découvrir cette mise en scène qui fera date.

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