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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Hamlet [Reprise]

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Reprise à partir du 24 janvier prochain à l'Opéra Comique de cet opéra d'Ambroise Thomas, créé en 1868, une œuvre quasi-oubliée depuis.
Louis Langrée, le nouveau patron de la maison sera à nouveau à la baguette, dans cette mise en scène ô combien réussie de Cyril Teste.
Voici ce que j'écrivais en décembre 2018.

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Une nouvelle fois, le bonheur et la grâce ont élu domicile à l'Opéra-Comique !


Après Le domino noir et La nonne sanglante, la salle Favart nous permet de découvrir une autre œuvre quasi-oubliée, que l'on doit à Ambroise Thomas, et qu'il a créée en 1868. Elle sera pourtant jouée plus de trois cents fois de sa création jusqu'en 1914.
Le résultat de l'entreprise est tout simplement remarquable !


Dis Tonton, pourquoi tu tues ?
Le pauvre Hamlet est toujours autant en colère après son Claudius d'oncle !
Dame ! Quelle famille, celle ou le frère du roi prend le pouvoir après avoir occis ce dernier, épousant au passage sa belle-soeur !


Toutefois, à la différence de la tragédie shakespearienne, la fin différera, et l'intrigue politique sera doublée d'une belle romance sentimentale entre Hamlet et Ophélie.


A nouveau, j'ai été complètement emballé par la mise en scène de Cyril Teste.
(Le lecteur doté d'un tant soit peu de mémoire se souvient de tout le bien que j'avais écrit ici-même de son « Festen », l'an passé à l'Odéon.


Cyril Teste fait partie de ces jeunes metteurs en scène qui mélangent et qui cassent les codes.
On sait sa passion pour le cinéma.
Est-ce d'ailleurs un hasard, si le couronnement de Claudius ressemble furieusement à la cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes, avec smokings, robes de soirée, tapis rouge et photo-calls ?


Comment s'étonner dès lors de la judicieuse utilisation d'images projetées tout au long de cet opéra ?
La vidéo couplée à un dispositif scénique innovant va permettre de créer beaucoup d'espaces différents, et permettre une mise en scène très épurée, très sobre, presque ascétique.


Ce dispositif est une « serpentine », un rideau glissant sur rail, télécommandé par WIFI et qui va assurer quatre niveaux de projections, réduisant ou augmentant ainsi la surface du plateau.

Tout au long de ce Hamlet, le rideau se déplacera silencieusement, créant mouvement et supports multiples de quatre énormes video-projecteurs dissimulés.
L'effet est saisissant, d'autant que les images projetées fixes ou animées, que ce soient des paysages , des captations live ou de gigantesques portraits, ces images-là sont somptueuses.


Le rôle du Spectre a particulièrement été soigné. Je pense que Cyril Teste s'est projeté dans ce personnage, pensant à juste titre que ce spectre est le vrai ordonnateur de ce drame.


Et puis, il y a les musiciens et les chanteurs !


Louis Langrée dirige de main de maître l'Orchestre des Champs-Elysées, qu'il parvient sans peine à conduire vers l'excellence à restituer cette partition difficile, aux multiples morceaux de bravoure.
Le fameux solo de saxophone (premier solo de cet instrument dans l'histoire musicale française) est interprété sur scène. Il faut noter également une magnifique prestation du premier trombone, dans une partie particulièrement ardue.


Le Chœur Les éléments, dirigé par Joël Suhubiette, est impressionnant de cohésion vocale !


Quant aux interprètes lyriques, eux aussi sont en état de grâce.


Le spectre est interprété avec gravité et lyrisme par la basse Jérôme Vannier, qui surgira de bien des endroits différents. Je n'en dis pas plus.


Hamlet-Stéphane Degout et Ophélie-Sabine Devieihle frôlent la perfection !
Quel bonheur de les écouter dans leurs airs ou leurs duos communs. Le baryton et la soprano sont impressionnants de technique vocale et de sensibilité. Et quels timbres !


Les ornements et les vocalises de Melle Devieihle sont merveilleux !
Quel régal, quel bonheur !
Stéphane Degout possède une présence et un charisme phénoménaux. Son personnage tout en puissance et à la fois en retenue m'a beaucoup ému. On croit totalement à son chagrin et son désespoir.


Laurent Alvaro est un Claudius irréprochable, et Sylvie Brunet-Grupposo incarne une reine Gertrude très ambigüe. Eux aussi ravissent les mélomanes.
Mais quelle distribution épatante !


Dois-je me répéter ? Le bonheur et la grâce !

Amateurs d'art lyrique, qui connaissiez ou voulez découvrir cet opéra, ne manquez pas ce Hamlet !

(c) Photos DR Vincent Pontet -

(c) Photos DR Vincent Pontet -

(c) Photos DR Vincent Pontet -

(c) Photos DR Vincent Pontet -

(c) Photos DR Vincent Pontet -

(c) Photos DR Vincent Pontet -

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