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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Fantasio

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Elle qui l’aimait tant,

Le beau remplaçant de Saint-Jean…

Va donc, eh Bouffon !...

Les fidèles lecteurs de ce site le savent, je suis l’un des plus fervents laudateurs du travail d’Emmanuel Besnault et de la compagnie L’éternel été.

Je leur dois l’une des plus belles versions des Fourberies de Scapin à laquelle il m’ait été donné d’assister ! Et j’en ai vu, de ces Fourberies-là !

Eh bien, figurez-vous que je vais pouvoir réécrire la phrase ci-dessus en remplaçant « Fourberies de Scapin » par « Fantasio » !

Cette vision du chef d’œuvre de Musset est en effet une petite merveille théâtrale !

Emmanuel Besnault confirme s’il en était encore besoin sa capacité à adopter des parti-pris on ne peut plus judicieux, incisifs et cohérents. Sans concessions.

Comment, tout en mettant admirablement en valeur la langue de Musset, comment faire ressortir le côté burlesque de la pièce, et surtout comment magnifier le propos intrinsèque de l'auteur, à savoir montrer une jeunesse lassée des plaisirs faciles, de la vacuité du monde qui l’entoure, une jeunesse qui veut et va s’engager, prenant en main son destin ?

Voici ce à quoi que sont admirablement parvenus les membres de cette épatante compagnie.

Ce Fantasio-là, c’est exactement ce dont nous avons besoin en ce moment, c’est précisément une version « qui envoie le bois », qui « déménage », comme on pourrait dire dans le monde du rock’n roll, un monde qui figurera également sur scène.

Burlesques, certes, ces quatre-vingt minutes, mais également rock’n roll.
 

Une heure et vingt minutes de pure énergie, de mouvement, un tourbillon exaltant qui en permanence nous fait vibrer.

Le tout dans la magnifique scénographie du patron, (je pèse cet épithète magnifique) évoquant Venise, avec sa lagune, ses petites passerelles lors de l’aqua alta, les pontons et les poteaux bicolores pour les gondoles, les caves, les guirlandes lumineuses.

Sans oublier un petit castelet.

Oui oui, on trouve tout ceci sur la scène de la salle rouge du Lucernaire !

Le tout avec également les formidables et chatoyants costumes de Valentin Perrin. (Je donnerais cher pour me glisser un moment dans la très belle redingote faite de losanges à paillettes du héros!)

Le théâtre d’Emmanuel Besnault est un théâtre qui saisit pleinement l’importance du corps.

Le texte, certes, mais le corps avant tout!

Ici, les cinq comédiens ne vont pas ménager leur peine.
Les corps vont s’attirer, se repousser, les corps vont tomber, se relever, courir, sauter, avec toujours cette impression que le curseur est placé à son exacte position.

Des corps parfois anonymisés, grâce ici à un jeu de masques, avec notamment une scène d’exposition très réussie qui débute la pièce et qui donne le ton général de ce qui va suivre.

Fantasio, c’est l’épatant Benoit Gruel, qui campe un grand fou du roi.

Le comédien est impressionnant, à incarner ce jeune homme en nous faisant à chaque instant ressentir pleinement ce qui fait intimement fonctionner le personnage.

Il est à la fois très drôle (ses ruptures, ses gestuelles et mimiques chafouines, langoureuses, étonnées, ses poses de rock star nous enchantent) et à la fois très émouvant, notamment dans la magnifique scène d’enterrement du bouffon précédent, le fameux Saint-Jean.

Sa composition très aboutie nous fait également parfaitement comprendre la progression psychologique de son personnage.

Le passage de l’oisiveté et de la vacuité de l’existence vers une forme d’engagement en politique et de prise en mains de la res publica, tout ceci est ici très limpide.

De grands moments nous attendent également, grâce aux quatre autres comédiens.

Les duos ont particulièrement été soignés, avec les deux « couples » symétriques de la pièce.

Manuel Le Velly en Prince de Mantoue et Lionel Fournier dans le rôle du colonel aide de camp sont irréprochables. On est totalement en phase avec les motivations respectives de leur personnage, échangeant à qui mieux mieux leur costume.
Les deux nous font beaucoup rire, également.


Même chose chez les filles : Elisa Oriol en princesse Elsbeth minaudant et Deniz Türkmen ne donnent pas leur part au chat. Elles aussi, d’une justesse et d’un engagement total, nous ravissent.

Melle Türkem, avec un bonnet aux macarons empruntés à la Princesse Leïa est irrésistible !

Et la musique, donc !

Le quintet s’approprie de bien belle façon des titres des Doors, de Nick Cave, de David Bowie, de PJ Harvey ou des Stones, en changeant d’instruments en permanence.

Cerise sur le gâteau, Deniz Türkmen est une virtuose du Theremin, tirant de cet instrument avec des gestes fort gracieux des sons électroniques joliment éthérés.

Une ovation complètement méritée, des « Bravo !» sonores comme s’il en pleuvait attendaient hier les comédiens une fois les lumières rallumées pour les saluts.

Ne manquez surtout pas ce petit bijou !

Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas !

Let spend the night together !

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