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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Christian Vander au Sunset Sunside

© photo Y.P. -

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© photo Y.P. -

Christian Vander. Une légende.

Vander. Le mythique batteur, le musicien de tous les contrastes.

De la plus sauvage et puissante frappe sur les fûts de sa Canopus, à la plus délicate des caresses sur le cuivre des larges cymbales Zildjian cloutées.

A moins que ce ne soit le contraire.

Stéphane Portet, le patron des lieux, a eu la bonne idée d’inviter le leader de Magma à se produire dans le cadre des 40 ans du Sunset Sunside.

L’excellente idée, même.

Ce sera un concert en trio.

Le trio qui est au jazz ce que le quatuor est à la musique de chambre.

Une espace où chacun compte par lui-même, en tant qu’entité propre. Une forme où il n’y a ni accompagnateurs ni accompagnés.

Ce sera également un concert de retrouvailles avec deux grands jazzeux de la scène hexagonale, avec lesquels Vander n’avait pas joué depuis un petit moment.

Au piano Emmanuel Borghi, qui fut un important compagnon de route au sein des projets vandériens. Magma, bien entendu, mais également Offering et Alien.

A la contrebasse, un autre Emmanuel, Manu Grimonprez, qui lui aussi a tiré de nombreuses fois ses quatre cordes pour « le patron ».

Le concert de ce soir sera l’occasion de rendre hommage à deux compositeurs disparus.

Coltrane, bien entendu.

Coltrane, encore et toujours.

On sait évidemment l’importance de ce génie du jazz (j’assume le substantif « génie ») dans la carrière musicale et la vie personnelle de Christian Vander.

Ce dernier, à la mort du Trane, n’avait-il pas décidé de tout arrêter pour se « réfugier » en Italie ?

Hommage également à Michel Graillier, pianiste français qui lui aussi joua beaucoup avec le batteur, notamment au sein du groupe Alien, évoqué ci-dessous.

Nous retrouverons d’ailleurs dans la set-list de ce soir plusieurs titres tirés du disque éponyme, Alien, un enregistrement du concert à Antibes en 1983.

En combinaison noire, avec les éternelles griffes dorées en pendentif, Vander s’installe derrière sa batterie. Il jauge la salle de ses yeux bleus.

Et c’est parti pour The coaster, un titre composé par le tromboniste Grachan Moncur III.

Immédiatement, la complicité et la cohérence musicale entre les trois musiciens apparaît comme évidente. Ces trois-là se connaissent, sont heureux de jouer ensemble.

Christian Vander va nous ravir et nous encore nous époustoufler. A chaque fois, c’est la même chose.

Cet homme fait partie de ces musiciens – ils sont rares – totalement habités par ce qu’ils jouent, au point de quitter virtuellement la salle, pour se retrouver on ne sait où, mais en tout cas, dans un univers qu’il a fait sien.

Il n’est pour s’en persuader, qu’à l’observer attentivement.

Les yeux, le visage, passant de la plus féroce des expressions, tel un loup sauvage dans des transes hallucinées, à la plus intense béatitude dans les passages les plus délicats.

Je vous garantis que quand il vous fixe avec son regard menaçant, vous n’en menez pas large dans les premiers rangs du public…

Et puis bien entendu la phénoménale technique, (ah ces frisés, ces roulements, cette petite retenue caractéristique avant les coups assourdissants sur les cymbales!), une technique toujours unique à l’heure actuelle, influencée naguère par Elvin Jones.

Cet homme n’a toujours pas son pareil pour s’évader du rythme, cassant la pulsation initiale, pour s’affranchir de la mesure originale.

On se demande souvent comment, après de tels breaks, de telles cassures rythmiques, allant même jusqu’à insuffler un mouvement ternaire dans une composition basée sur une mesure à quatre temps, on se demande comment il peut « retomber sur ses pattes à chaque fois » .

Et pourtant, à l’admiration générale, notamment de nombreux batteurs dans la salle (et un peu aussi à leur désespoir en passant à leur propre pratique…), c’est toujours le cas.

Vander revient immanquablement, après s’être échappé un moment plus ou moins long de la convention de départ.

Il faut vraiment ressentir viscéralement la pulsation, le rythme dans tout son corps et son être pour arriver à ce rare état.

Deux titres interprétés avec Michel Graillier sur l’album évoqué plus haut : For Tomorrow, composé par McCoy Tiner, et surtout Dear Mac.

La cohérence du trio est totale. Chacun s’exprime avec un lyrisme que le grand nombre de notes à la minute ne parvient pas à étouffer.

Parfois, on a l’impression que Vander joue un solo durant tout le titre, tellement son époustouflante maîtrise de l’instrument transparaît.

Et puis Coltrane, donc !

Des tubes applaudis dès les premières mesures par les aficionados.

My favorite things, une version bouleversante de Naïma, Impressions, India

Le batteur a fait siens ces morceaux, dont les thèmes interprétés avec beaucoup d’inspiration, de finesse et de précision par Emmanuel Borghi nous vont droit au cœur et à l’âme.

Nous aurons droit également à un magnifique Body and Soul, composée par Johnny Green, que Coltrane interprétait souvent, au point qu’on lui en attribue souvent à tort la paternité.

Emmanuel Grimonprez lui aussi nous sidérera avec des fulgurantes lignes de walking bass et un solo hallucinant, basé sur une technique de jeu en accords.

La technique, toujours au service du plus grand lyrisme du discours musical !

Un rappel. Equinox.

Coltrane, encore et toujours, à jamais, vous disais-je !

Une standing ovation salue les trois musiciens, emmenés par un Christian Vander en très grande forme.

Lui était déjà là, voici quarante ans, lors des premiers sets du Sunset Sunside.

Le concert de ce soir permettra à chacun de se dire : « J’y étais ! »

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