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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Cecil L. Recchia en concert au Bal Blomet

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Cecil, la fille !

La fille au fichu ! Une sacrée fichue fille !

Cecil L. Recchia, l’une des plus importantes chanteuses de la scène jazz actuelle, à tel point que nous la retrouverons sur la prochaine couv’ de Jazz Mag, au côté de cinq autres de ses consœurs en notes bleues !

C’est comme je vous le dis !

Melle Recchia est venue hier soir au Bal Blomet nous présenter son dernier album en date, Play Blue, et nous détailler les tenants et les aboutissants de ce qui a constitué cet étonnant et très réussi projet artistique et musical.

Elle a eu en effet l’excellente et magnifique idée de rendre un hommage, et pas n’importe lequel, au célèbre et mythique label Blue Note.
Elle a sélectionné parmi l’impressionnant catalogue de cette prestigieuse maison d’édition et de production une douzaine de titres exclusivement musicaux, sur lesquels elle a apposé ses propres textes.

L’esprit Blue Note est bel et bien là, augmenté de textes qui nous racontent le temps présent, un temps miné par la pandémie que vous savez, un temps qui nous permet néanmoins d’imaginer des solutions, des formes résilientes, poétiques, artistiques pour se sortir du marasme ambiant.

Cecil L. Recchia, la grâce, la puissance et la délicatesse.

Une subtile alliance d’un timbre clair, même si parfois un début de growl vient colorer les graves, avec une intensité de tous les instants.

Cecil L. Recchia, à l’impressionnante tessiture. Une mezzo capable de monter haut, très haut.

Cecil L. Recchia, à la technique irréprochable, mais qui pour autant ne cherche jamais à épater la galerie, à surexposer sa façon de chanter ni à se tenir dans la surenchère permanente, bien au contraire.

Comme ses grandes et illustres aînées, elle sait parfaitement placer le curseur au bon endroit.

Ce que nous entendons relève en effet d’un subtil et magnifique travail, dans lequel la précision musicale, rythmique et vocale est omniprésente. Sans avoir besoin d’en rajouter.

La demoiselle à la combinaison-bleu-detravail en jean et au foulard noué sur le devant (ce look n’est pas sans évoquer une célèbre icône à la fois américaine et féministe des années 50’, au bras levé très revendicatif), la demoiselle sait s’entourer.

A ses côtés, cinq excellents musiciens ne l’accompagnent pas, (je n’aime pas ce verbe très réducteur), mais jouent pleinement avec elle.

Le complice musical de longue date et arrangeur des pièces jouées, le batteur David Grébil est associé au contrebassiste Raphaël Dever pour nous délivrer une rythmique imparable et passionnante, plantant à chaque morceau une base on ne peut plus solide et implacable.

Noé Huchard, du haut de ses vingt ans (si si…) impressionne par son jeu, derrière son Steinway & Sons. (Son petit "gimmick japonisant" sur l'un des titres joués est formidable ! )

A la trompette (et au verre à pied en guise de sourdine), Sylvain Gontard, que l’on ne présente plus, nous régalera avec de nombreux et splendides solos, alliant virtuosité et lyrisme.

Un autre soufflant va nous procurer lui aussi bien des frissons, au sax ténor et à la clarinette, en la personne de César Poirier.

Le sextet démarre en trombe avec le célèbre titre Moanin’, composé par Bobby Timmons, et ouvrant l’album éponyme d’Art Blakey & the Jazz Messengers.

Immédiatement, dès les premières mesures, le ton est donné : nous allons assister à un grand concert.

Avec de très grands moments.

Lee Morgan avait composé en 1963, The Sidewinder.

Imaginait-il, quelque cinquante-neuf ans après qu’une talentueuse chanteuse française en ferait un épatant titre vocal ?

La version de Melle Recchia est magnifique !

Se succèdent Soulville, d’un certain Horace Silver, s’il vous plaît, un Afrodisia très chaloupé, et puis Sleeping Dancer, un titre de Wayne Shorter.

Les paroles évoquent donc un danseur endormi, qui se balancerait tout près d’un mur, nous dit la chanteuse.

Yama. Une composition du même Lee Morgan, pour sa femme Kiko Yamamoto.
Un titre pour les femmes que sont nos mères.

Nous aussi nous allons tenter de chanter…. Sans commentaires….

Voici venir une époustouflante interprétation de Driftin’, composé par Herbie Hancock, avec toujours ce mélange de respect envers l’original et un réjouissant ajout de paroles.

A chaque fois, le procédé fonctionne à la perfection, et cette appropriation de standards est une formidable occasion de les redécouvrir, ré-interprétés avec beaucoup d’à-propos et de talent.

Il faut noter également la capacité de Cecil L. Recchia à scater, ce qui est pour elle l’occasion de se lancer dans de très jolies volutes mélodiques dans sa version du titre Thème for Doris.

Les magnifiques Even Later et True Blue viennent conclure le set, avant le rappel, Thing to do, la chose à faire.

Une véritable ovation des spectateurs définitivement conquis et tous tombés sous le charme vient saluer ce magnifique concert.

Dites, Melle Recchia, le catalogue de chez Blue Note comporte bien d’autres titres instrumentaux.
A propos de chose à faire, vous ne pensez pas qu’un opus intitulé Play Blue 2 pourrait voir le jour ?

Avec tous mes remerciements anticipés !

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