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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Belles amies

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Sont tombées dans la piscine, mais pas en pull-marine…

Elle sont surtout tombées l’une sur l’autre, dans la rue, par hasard.
Elles se sont reconnues…

Voici une vingtaine d’années, elles étaient les meilleurs amies du monde, des « jumelles inversées », des inséparables.

Et puis un silence radio de vingt ans...

Ces deux-là partagent encore néanmoins une passion aquatique pour la piscine et la natation.

C’est dans ce milieu propice aux confidences, aux révélations en tous genres, aux nécessaires explications, mais aussi aux non-dits, aux sentiments cachés qu’est le vestiaire que va se dérouler ce thriller psychologique.

Une grande leçon d’humidité, en quelque sorte...

Anne Cardona a écrit un face à face intense, une puissante joute verbale, un combat des mots et des sentiments entre deux femmes.

Deux filles qui vont nous raconter leurs histoires respectives mais surtout leur histoire commune. Une singulière histoire.

Un spectacle qui confronte deux quarantenaires que tout ou presque oppose.

Tout comme dans le roman pratiquement éponyme de Maupassant, Bel-Ami, nous assistons ici à une sorte de descente irrémédiable vers l'abyme, après une époque très heureuse.

Une époque révolue et regrettée, un temps que l’on ne peut pas rattraper, malgré tous les efforts réalisés en ce sens.

Ce qui frappe les spectateurs, immédiatement après avoir pénétré dans la salle, c’est l’épatant décor qui nous est révélé.

Rien ne manque : le bassin, les mouvements de l’eau rendus possibles grâce à une projection vidéo, les lignes de flottaison, mais également les douches, les casiers et les petits bancs…

Impossible de faire semblant de ne pas savoir où va se passer la majeure partie de la pièce.

Cette belle et très réussie scénographie, nous la devons à l’autrice-comédienne et à Renato Ribeiro, le metteur en scène. Après tout, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Et puis, nous faisons la connaissance des deux personnages.

Deux personnages diamétralement opposés, donc.

Gabrielle, plutôt introvertie, réservée, est artiste peintre.

Elle est célibataire. Elle nous révélera avoir été quittée par Mathieu. Nous saurons pourquoi, mais il faudra attendre les dernières vingt minutes du spectacle.

C’est Mademoiselle Cardona qui joue cette femme ambiguë.

La comédienne m’a fait une grande impression. Elle laisse planer durant la première heure une interrogation réelle sur sa vie actuelle, son existence, son histoire.

Elle parvient à nous faire ressentir un malaise latent.

Elle nous fait parfaitement supposer qu’une grande partie de ce qui est arrivé à ces deux femmes a généré nombre de ressentiments.

Un drame est arrivé, et des comptes sont encore à régler.

Agathe est l’exacte opposé.

Publicitaire, extravertie, à la recherche du temps passé et perdu, prête à se faire lifter…

Caroline Delaunay est cette femme-là, usant de tics de langage à la mode, ajoutant en permanence des « euuh » finaux là où il n’y a pas lieu d’en avoir, comme certaines jeunes et insupportables journalistes radio.

Tu comprends ce que je te dis-euuh, c’est vrai-euuh, mais oui-euuh…

Le grand enjeu pour les deux comédiennes, c’est de jouer ces deux rôles en nous faisant comprendre par petites touches puis par de larges à-plats les différences fondamentales de leurs deux caractères.

Dès les premières minutes, le défi est pleinement réussi.

En ce sens, il y a quelque chose de Pour un oui pour un non, de Nathalie Sarraute dans tout ceci.

Une femme du oui, une femme du non.

Je me suis demandé ce qu’il adviendrait si les rôles étaient inversés, comme à la création de la pièce ci-dessus en 1986, dans laquelle Jean-François Balmer et Sami Frey échangeaient parfois leur personnage...

Et puis les dernières vingt minutes arrivent.

La révélation des tenants et aboutissants de la brutale séparation de ces meilleurs amies.

Bien entendu, ne comptez pas sur moi pour vous révéler ce qui s’est passé, voici vingt ans.

Le ton change alors. Le drame éclate, terminant ce thriller dans une ambiance à la Stephen King.

Les projecteurs bleus prennent alors une teinte écarlate.

Et nous de comprendre…

Voici un moment de théâtre fort réussi.

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