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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Yassine Belattar au Théâtre de dix heures

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

« Mais quel homme exceptionnel, ce Yves ! », me vanne Yassine Belattar, après ma réponse à sa question « Yves, quel est ton métier ? » et après avoir entendu « Critique professionnel de théâtre... »

Mais comme je suis d’accord avec lui !

Mais comme ce spectacle est un bon spectacle, sans doute le meilleur depuis cinquante ans sur la place de Paris !

Yassine Belattar, celui qui durant trois heures et cinq minutes (oui oui, vous avez bien lu, trois heures et cinq minutes), va nous faire énormément rire.
Rire ! Hurler de rire, même !

Oui, faire rire une salle entière, une salle métissée et composée d'une grande mixité sociale (ce qui devient de plus en plus rare...)

Une salle à l’image de cette France multiculturelle et multi-confessionnelle dont nous avons tant besoin, cette France dont l’évolution dans ce sens est un important et indéniable atout, n’en déplaise aux racistes de tous bords, aux fascistes de moins en moins décomplexés.

Une France où hélas l’ombre de la bête immonde rôde encore et toujours, une bête au ventre si fécond, pour reprendre les mots de Brecht.

Yassine Belattar, celui qui va remettre les pendules à l’heure, en nous rappelant des vérités qui ne devraient pas avoir à être rappelées.
Des vérités concernant le besoin de fraternité, de solidarité.

Yassine Bellatar qui va dire Sa vérité, face aux polémiques récentes ou anciennes qui l’opposent à nombre de salopards ayant plus ou moins pignon sur rue et à plusieurs « journalistes éditocrates » sur différentes antennes ou media.

L’homme est un fin observateur de la chose politique de son pays, doté d’une féroce et impitoyable acuité quasi sociologique.
Il y a du Guy Bedos chez lui. Il le citera, d’ailleurs, ayant appris de lui qu’un humoriste est toujours dans l’opposition.

Dans une féroce diatribe, il va notamment s’en prendre à juste titre aux journalistes-éditorialistes, eux qui ont fabriqué de toutes pièces Eric Zemmour.
Sa démonstration est imparable et on ne peut plus argumentée.

Bien entendu, sur scène, Bellatar n’est pas naïf.
Il va également nous parler du bled, des travers de ceux qui ont dû traverser un jour la Méditerranée et de leurs rejetons, il va dresser un portrait argumenté des Algériens, des Marocains, des Tunisiens.
Là encore, avec beaucoup d’humour, il les vanne aussi, provoquant l’hilarité générale.

Sont évoqués également à de nombreuses reprises les quartiers de Barbès, Pigalle…
Pas de complaisance. « Les loups, les hyènes », comme il les appelle, ils sait qu’ils existent...

Fin lettré, il nous parle de catharsis, ce mot signifiant la « purge » théâtrale.
Cette catharsis qui fonctionne pleinement : lui peut traiter son fils de six ans de « connard » sur le plateau. Nous, en nous tenant les côtes, on se dit qu’on aimerait pouvoir le faire…

La parentalité tient une grande place dans ce one-man-show.
Avec notamment la violence, les coups portés sur les enfants. Avec des images étonnantes et hilarantes, comme l’évocation des petits napperons, des fruits en plastique, et de ce meuble mystérieux qu’est « la vitrina », le buffet de famille, un meuble autour duquel a dû être construit l’appartement.
Toutes ces choses qui font l’identité de chacun.

Pour autant, il nous rappelle toutes les solidarités des habitants des barres de HLM des cités, les héros qui peuvent s’y trouver, les véritables forces vives de la nation, quoi qu’il en coûte à certains.

Quoi de plus difficile que de faire rire un public ?
Yassine Belattar ne va pas nous laisser un seul moment de répit.
Il aime jouer, parler. Cet homme est un grand diseur, un fin raconteur.

Ses sketches, remarquablement construits sont prétextes à de somptueuses improvisations on ne peut plus drôles.
De grands moments, de très grands moments même nous attendent, comme par exemple la description de la police de Barbès, le car-jacking de Jacqouille la fripouille, la description de Nordine le cinglé, j’en passe et des meilleurs.

Lui aussi s’amuse beaucoup, c’est évident, à interpeller, vanner son public. A de nombreuses reprises, il ne peut retenir son fou-rire devant les réponses de certains spectateurs.
Un va et vient permanent très drôle s’installe entre lui et nous.


Le couple… Autre sujet de prédilection…
Là encore, pour notre plus grand bonheur, l’humoriste ne va pas se retenir. Je vous laisse découvrir…

 

Et puis la fin du spectacle.
Bouleversante...
Consacrée à la disparition d’un pote, un ami cher et rare. Une histoire vraie.
Il pleure.
Comme pour nous dire de profiter, comme pour nous faire remarquer la dérision des vaines polémiques face à ce drame, comme pour nous dire de ne pas passer à côté des choses vraiment importantes.
Dire « Je t’aime !», avant qu’il ne soit trop tard.

Une séquence très réussie mettra en mots et images cet avertissement. Là encore, je n’en dis pas plus…

Ce spectacle, co-écrit avec Thomas Barbazan, est de ceux qui font beaucoup de bien.
Parce qu’il nous permet de replacer la fraternité au centre de tout.

« Frère !, Sœur ! », deux des mots les plus importants de la langue française.

La fraternité, par le biais de l’humour le plus féroce, peut-être, mais le plus drôle.
Comme pour narguer ceux qui la refusent en bloc, cette fraternité-là.
Ce mot pourtant inscrit au fronton de nos mairies.

Yassine Belattar, nous avons besoin de toi !

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