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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Sans famille

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Voyage, voyage….
Plus loin que Chavanon, et jusqu’à Londres…
Voyage, voyage...

Léna Bréban a eu la bonne idée de co-adapter (avec Alexandre Zambeaux) et de mettre en scène le roman éponyme d’Hector Malot.
Ce roman que dans ma prime jeunesse, nous autres élèves du CM1 de l’école élémentaire du Clos-Dion lisions dans le cadre de ce qu’on appelait alors les Lectures suivies.

 

Un roman qui eut un immense succès dès sa sortie en 1878.
Hector Malot répondant à une commande de son éditeur Hetzel, et en ardent défenseur de la condition des enfants en cette fin de dix-neuvième siècle, Hector Malot donc nous embarque aux côtés de Rémi, un enfant abandonné, dans une véritable quête initiatique.

Rémi devra affronter le monde bien souvent terrible des adultes, afin de retrouver une famille et se forger une identité propre.

Se lancer dans cette adaptation est une véritable gageure, le roman comptant environ quatre-cents pages.
Il a donc fallu mettre en relief certains passages, et en abandonner d’autres, comme notamment les séquences se déroulant dans les mines.

Ce faisant, j’ai eu grand plaisir à retrouver tous les grands moments qui ont marqué ma propre expérience enfantine de tout jeune lecteur : la scène des crêpes, la rencontre avec Vitalis, l’immigré italien chanteur de rue au grand cœur, l’apparition du chien Capi (interprété par l’excellent Bakary Sangaré), ou encore la mort déchirante du singe Joli-Cœur.

Grâce au talent et à l'engagement sans faille des formidables Comédiens français, cette adaptation permet de découvrir notamment pour les plus grands spectateurs les facettes plus sombres de l’œuvre, ce qui m’a fait écrire plus haut que l’idée de Melle Bréban était bonne.

De multiples références vont truffer cette heure et quarante minutes de spectacle.

On pense au Kid de Chaplin, bien entendu, mais également à L’opéra de quat’sous de Brecht et Weill, ou encore au Magicien d’Oz, de Victor Flemming.
Le monde de l’enfance qui côtoie celui des bas-fonds, avec ses gueux magnifiques ou maléfiques.

Grâce à l’astucieuse scénographie d’Emmanuelle Roy, basée sur l’utilisation d’une tournette, ce périple peut parfaitement être visualisé. Les personnages passent en effet beaucoup de temps à marcher.

Deux des membres de la troupe du Français mettent parfaitement en valeur l’esprit du roman.

Tout d’abord Véronique Vella qui campe le jeune Rémy, âgé de huit ans au début du livre.
Elle est on ne peut plus crédible dans le rôle de ce gamin, ballotté par le destin sur les routes de France.
Elle confère à son personnage une candeur, une innocence mais aussi une maturité et une opiniâtreté qui émeuvent souvent les spectateurs.

On connaît les talents de chanteuse de la 479ème sociétaire.
Son Rémi chantera à de nombreuses reprises. La voix claire et très travaillée de Melle Vella fait à chaque fois merveille…

A propos de chanson, un petit regret, tout de même.

La troupe de Vitalis chante sur une petite estrade le dos au public avec des applaudissements enregistrés…
Pourquoi ne pas nous avoir fait participer, nous autres spectateurs ?
J’aurais aimé « jouer le rôle » des spectateurs applaudissant le théâtre dans le théâtre.
Mais bon...

Et puis, il y a Jean Chevalier !
Pour reprendre le cri du cœur de ma jeune voisine de siège avec qui j’étais complètement d’accord, il «illumine  le plateau dès qu’il apparaît ». Je la cite.
Chacune de ses apparitions ravit le public.

D’abord marionnettiste du petit singe grâce aux bons et éclairés conseils de Christian Hecq, il interprète ensuite Mattia, l’un des autres enfants du livre.

Le jeune pensionnaire va apporter beaucoup de fraîcheur, mais aussi d’humour, d’entrain et de dynamisme à cette entreprise artistique.
Et ce, dès sa première scène, dans laquelle nous faisons la connaissance de son personnage.
Une formidable entrée sur le plateau, qui relance véritablement le spectacle.

Toujours irréprochable, il nous fait beaucoup rire, notamment avec parfois des faux airs à Bourvil, balayant la scène avec application ou se montrant étonné ou encore outré.

Jean Chevalier, dont j’avais particulièrement apprécié la composition dans le spectacle Fanny et Alexandre qui est d’ailleurs redonné actuellement salle Richelieu, nous démontre une nouvelle fois son grand talent et confirme qu’il est une valeur sûre de la troupe.

Coup de chapeau également à l’équipe technique du Vieux-Colombier, qui a dû mettre en œuvre beaucoup de moyens et de machines pour contribuer à la réussite du spectacle.
(Je vous laisse au passage deviner comment la neige est par deux fois enlevée du rocher central du plateau, sans que nous nous en apercevions… Moi, je n’avais pas réalisé, avant de poser la question et d’obtenir la réponse...)

Même si parfois, on aimerait peut-être qu’un peu plus de punch et de vigueur s’emparent de certaines scènes, il n’en reste pas moins vrai qu’on passe un très bon moment à suivre la quête de Rémi.
Hier soir, les nombreuses jeunes têtes plus ou moins blondes ne boudaient par leur plaisir, tout comme les grands qui les accompagnaient.

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