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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Mélody Gardot en concert au Duc des Lombards

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Le vibrato.
Imperceptible, délicat, éthéré, qui conclut en vous procurant de délicieux frissons les lignes vocales de Mélody Gardot.

Ce vibrato qui rend unique la voix grave, chaude, sensuelle de la plus française des chanteuses américaines de jazz.
Une voix qui immédiatement vous envoûte par son timbre feutré, reconnaissable entre tous. Une voix aux pianissimi si profonds.

Melle Gardot est venue nous présenter pour la première fois sur scène quelques titres qui figureront sur son prochain album.

Un album aux résonances une nouvelle fois très brésiliennes. Cette culture brésilienne qui constitue l’une des principales sources d’inspiration de la chanteuse.

Cet album est le fruit d’une collaboration et d’une rencontre avec le très talentueux pianiste et compositeur Philippe Powell, par ailleurs fils du légendaire guitariste Baden Powell.

 

Une rencontre artistique importante, une complicité musicale qui va très vite nous sauter aux yeux et surtout aux oreilles.

Le concert débute dans la salle même du Duc des Lombards.
Le berimbau à la main, l’arc musical brésilien originaire d’Afrique, Mister Powell et le percussionniste Jorge Bezzera pénètrent parmi le public, bientôt suivis du contrebassiste Mathias Allamane et enfin de la chanteuse, toute de noir vêtue.

Tous les quatre installent le climat, l’ambiance, la pulsation et le rythme : la soirée commence comme une évidence culturelle.
Et nous de commencer à battre des mains ensemble et de tous chanter en chœur avec Melle gardot « Ollé, ollé, ollé... »

Berimbau, ce sera la première chanson du set.
Le titre, composé par Baden Powell et Vinicius de Moraes, n’a évidemment pas été choisi au hasard.
Nous les spectateurs, nous nous rendons immédiatement compte que nous allons assister à un grand moment jazzistique.

Devant nous, Melody Gardot et ses trois guys vont nous faire vivre une plongée dans la passionnante tristeza culturelle de ce grand pays.

Ce premier titre est l’occasion d’apprécier une nouvelle fois sans modération aucune sa merveilleuse technique vocale qui procure tant d’émotions, dans un registre très particulier, très doux et très intense en même temps.
Une caresse vocale, comme la plume d’un ara coloré qui viendrait se poser sur votre main.

L’occasion également d’applaudir le premier solo de Philippe Powell, fait d’un toucher délicat lui aussi et de beaucoup de finesse dans la construction.

C’est magnifique, tiré du dernier album en date, ravit ensuite les spectateurs, qui applaudissent dès les premières notes, reconnaissant d’emblée la chanson.

Au cours de cette heure et demi, nous allons écouter deux chansons-hommages, composées par Pierre Barouh, « un ami qui a beaucoup compté pour Baden et Vinicius », nous dira Philippe Powell. La chanteuse rappellera quant à elle combien Pierre Barouh a compté pour Claude Lelouch ("Cha ba da ba da", fredonnera-t-elle…)

 

Ces deux chansons, créées par leur auteur et Nicole Croisille sont l’amour est bien plus fort que nous, et Un jour sans toi.
Les versions qu’en ont tiré le pianiste et la chanteuse sont tout simplement magnifiques d’intensité musicale et de délicatesse. La tristeza, vous dis-je…
Les spectateurs apprécient en connaisseurs…

Melody Gardot, à l’humour ravageur.
Elle est très drôle, à commenter et présenter ses chansons.
Nous apprendrons ainsi dans Fleurs du dimanche qu’il ne faut surtout pas lui faire livrer des fleurs le dimanche matin, en tout cas pas trop tôt, elle qui vit surtout la nuit.

Rire aussi quand elle nous présente les circonstances qui ont présidé à la composition d’une chanson-hommage à Paris, au swing très marqué, consacrée à la Tour Eiffel. Je n’en dis pas plus, vous l’écouterez bientôt dans le nouvel album…

La chanteuse laisse beaucoup de place à son complice musical, qui va nous interpréter l’une de ses propres pièces musicales.
C’est l’occasion pour le facétieux Jorge Bezzera d’utiliser quelques instruments étranges : une bouteille, un gros tube métallique, une longue lame métallique ou un jouet pour chien.
(lI sera par ailleurs très impressionnant dans un solo enfiévré aux congas, et dans un bruitage en direct de la mer.)


Matthias Allaman va lui aussi nous démontrer sa grande sensibilité musicale à la contrebasse, avec notamment un solo au discours musical très lyrique et très délicat.

D’autres chansons comme notamment This foolish heart could love you, nous parlent d’amour et de ruptures. Des thèmes intemporels.

Melody Gardot, celle qui a le sentiment de ne pas être née au bon endroit et avec la bonne couleur de peau (je la cite), nous fera également chanter avec elle, dans une nouvelle composition très rythmée, la dernière du concert.
Une nouvelle composition qui a débuté dans sa cuisine, en bougeant au milieu des ustensiles.

Bien entendu, ce concert est trop court…
Mais quel privilège de pouvoir se trouver à cinq mètres devant l’une des plus importantes chanteuses de jazz de sa génération, de l’écouter dans un silence quasi-religieux, de rire à ses plaisanteries, et d’avoir les larmes aux yeux en intériorisant les thèmes mélodiques et les paroles de ses nouvelles chansons !

Un moment musical on ne peut plus intense et passionnant, empli d’inoubliables émotions.

Un concert rare.

Et surtout, pour les fleurs, n’oubliez pas. Pas trop tôt le dimanche matin...

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Philippe Powell - © Photo agence SwipSwap

Philippe Powell - © Photo agence SwipSwap

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