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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Les trois mousquetaires

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Une pour tous, tous pour elle !

Elle, c’est Charlotte Matzneff, qui co-signe avec Jean-Philippe Daguerre une adaptation on ne peut plus réussie de ce chef-d’œuvre qu’est ce roman d’Alexandre Dumas.

Eux qui président à la destinée de la compagnie Le grenier de Babouchka vont nous faire retrouver sur le plateau du Ranelagh et pour notre plus grand plaisir les plus grands héros de toute la littérature française.

Durant une heure et trente cinq minutes, nous allons être embarqués dans un tourbillon épique, nous allons vibrer, frissonner, rêver, trembler, nous allons une nouvelle fois nous passionner à suivre les trépidantes aventures des quatre inséparables. Cette fois-ci en chair et en os devant nous !

Melle Matzneff et M. Daguerre ont bien compris qu’il serait vain de suivre à la lettre le livre : un spectacle de trente heures n’y aurait pas suffi.
Ici, leur adaptation a su préserver l’essentiel : l’esprit du grand Dumas !
Roman de cape et d’épée, roman d’amour, mais également vertigineuse fresque historique et surtout politique : tout y est !

L’une des grandes qualités de cette entreprise artistique est de réussir à nous faire visualiser tous les lieux que nous connaissons bien.


Sans décor mais avec de magnifiques costumes signés Catherine Lainard, et surtout grâce à la mise en scène précise, fluide et on ne peut plus enlevée de Charlotte Matzneff, nous sommes véritablement dans l’hôtel de Tréville, au Louvre, à Londres, ou encore au siège de la Rochelle.
La puissance de la force évocatrice de ce que nous voyons est telle que la cage de scène devient sans aucun problème ces multiples endroits.

La scène d’ouverture du spectacle est particulièrement réussie : il sera question par M. d’Artagnan père de transmission des valeurs qui vont faire de son fils le héros que l’on sait.
En deux minutes, le portrait et les caractéristiques morales et humaines du futur mousquetaire sont ainsi mises en place. C’est très judicieux et très malin.


On retrouve encore dans cette production artistique cet esprit de théâtre de tréteaux que j’aime tant !
Un théâtre d’urgence et de vérité.

Roman de cape et d’épée, donc : des combats très réussis font faire se croiser les rapières à de nombreuses occasions.

De véritables et magnifiques chorégraphies signées Christophe Mie (qui de plus interprète notamment lMonsieur de Tréville et Louis XIII) parsèment ce spectacle.

Il faut noter que les femmes ne sont pas les dernières à sortir les épées de leur fourreau !

Nous verrons les grandes chevauchées menant nos héros à Londres ou au couvent des carmélites de Béthune : le procédé choisi est fort habile, permettant aux comédiens de monter à cru et de nous faire entendre le galop de leur monture. Je n’en dis pas plus !

Roman d’amour : les différentes intrigues amoureuses mettant en scène Constance Bonacieux, Milady de Winter, Anne d’Autriche, incarnées par Caroline Frossard, Barbara Lamballais, Sandra Parra ou Marguerite Dabrin, ces différentes intrigues amoureuses sont finement restituées.

Roman historique : sur la scène, rien ne manque aux intrigues politiques qui sous-tendent en toile de fond ces aventures.


Mes deux personnages préférés du roman, Aramis et Richelieu, sont interprétés avec beaucoup de finesse par Julien Renon.


Dans le rôle de ces deux personnages de religieux, (on sait qu’Aramis finira évêque de Vannes et général des Jésuites dans le dernier tome de la trilogie, le Vicomte de Bragelonne), le comédien est excellent de duplicité et de fourberie : après tout, le cardinal est l’un des principaux méchants de l’histoire. (Vêtu de pourpre, il apparaît souvent dans une vive lumière rouge. L’effet est saisissant !)
 

Les douze comédiennes et comédiens sur scène ne ménagent pas leur peine et leur énergie.
Aucun temps mort, pas de répit : tous interprètent plusieurs rôles, avec de multiples changements de costumes en coulisse, tous s’amusent, tous nous passionnent.

Ce spectacle est également un spectacle musical. Tonio Matias à l’accordéon et à la guitare électrique demi-caisse équipée d’une whammy bar, a composé une bande-son prenante et épique, qui elle aussi nous transporte, un peu à la façon d’Ennio Moriconne.

La fin de la pièce est elle aussi très réussie.
Dans le livre, d’Artagnan a définitivement perdu celle qu’il aime, et Dumas annonce dans son livre la suite de la trilogie, Vingt ans après, publiée en feuilleton dans la foulée.

 

Ici, l’adaptation fait en sorte de délivrer un message d’espoir, un message positif.
Quoi qu’il arrive, il faut lutter et surmonter les épreuves. Il faut aller de l’avant. (Axel Drhey en Athos bouleversant est alors épatant...)

Un tonnerre d’applaudissements retentit dès que le noir tombe sur le plateau, et ce n’est que justice.

Il serait vraiment dommage de laisser aux seules et chères petites têtes plus ou moins blondes ce spectacle.
Ne manquez pas cet ardent et intense moment de théâtre d’une générosité, d’un souffle épique et d'un panache exemplaires.

Venez retrouver pour votre plus grand plaisir les d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis de votre enfance !

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